CHAPITRE XXVI
Bruits de la paix de TÉglise répandus de toutes parts.
Ceux qui avaient procuré ces lettres se flattaient tellement de la pensée de la pdx qu'ils ne croyaient presque point qu'elle leur pût échapper. Le 14 juin, M. Girard s'étant trouvé chez le libraire Savreux, qui écrivait un billet à M. Taignier, l'obligea à rouvrir son paquet pour y ajouter de sa main des compliments à ce docteur, auquel il mandait qu'ils travaillaient toujours à accommoder la grande affaire, et qu'il lui pouvait dire dans un extrême seci'etque la chose était presque faite; qu'il ne pouvait pas lui en marquer le détail, ne lui étant pas permis de parler clairement. Et il
1. Suit au ms. la traduction française de cette lettre, faite par Arnauld d'Andilly.
ajoutait qu'entre les biens <|ue [cet accommodement] produirait s'il se faisait, il comptait son retour pour un des principaux.
M. Angran, qui avait été à Rome parmi les députés pour Taffaire des cinq propositions, et qui depuis s'était fait conseiller au Parlement de Metz, mandait au même M. Taignier son cousin, le 20 du même mois, que les bonnes nouvelles qu'il lui avait mandées de la paix de l'Eglise lui avaient été confirmées de tant d'endroits, et étaient devenues si publiques que ce docteur ne pouvait pas avoir le moindre sujet d'en douter. Que les circonstances exactes et véritables de cette affaire, qu'il ne savait pas encore lorsqu'il lui avait écrit la dernière fois, étaient que M. de Comminges ayant eu une longue audience du roi, et l'ayant assuré que de l'aveu même des Jésuites, la foi de ceux qu'on appelait jansénistes était pure, et qu'ainsi il était facile de les accommoder, que S. M. lui avait répondu que si ce qu'il lui disait était véritable, il était facile de les accommoder; qu'il serait bien aise de leur donner la paix; et que lui ayant demandé ce qu'il y avait à faire pour cela, ce prélat lui avait répondu qu'il serait bon d'en écrire au pape ; que la chose se devait exécuter ainsi, mais que ce serait M. de Comminges qui écrirait lui-même, et non ces Messieurs. Qu'on ne doutait point que le P. Annat n'eût disposé le roi à donner à M. de Comminges une audience favorable, et que M. de Paris n'y eût aussi beaucoup contribué. Qu'on lui avait dit que M. Arnauld n'avait aucune part à cet accommodement, qu'il n'y voulait point entrer, et qu'il demeurerait caché tout le reste de ses jours comme il avait été quinze ou vingt ans, sans que dans cette conjoncture, on parlât de lui en bien ou en mal. M. Angran ajoutait que pour lui, M. Taignier à qui il écrivait, il savait bien combien il aimait la paix; qu'il se persuadait qu'aussitôt qu'il serait persuadé que c'était tout de bon que ses adversaires se voulaient réconcilier avec lui et que les propositions qu'ils lui faisaient étaient sincères, il ne se séparerait point de ceux de leurs amis qui croyaient les devoir accepter pour rendre à toute l'Eglise et aux particuliers qui étaient dans ses intérêts le repos dont ils étaient privés depuis si longtemps. Que le bruit de ces nouvelles, qui s'était répandu partout Paris, avait furieusement surpris quelques docteurs