‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 3 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

raccommodement soit l'ouvrage de Dieu seul ; et cela étant, que ne doit-on pas attendre de sa toute-puissance et de sa fidélité dans les promesses qu'il nous a faites de n'abaadonner jamais son Eglise, qui ne peut néanmoins subsister que dans l'union, laquelle est si fort altérée qu'il n'y a quasi plus rien qui la conserve?

« La dispute qui divisa saint Cyrille et les évêques qui condamnèrent avec lui Nestorius d'avec Jean, patriarche d'Antioche, Théodoret, et les autres évêques orientaux qui étaient de leur parti, fut encore beaucoup plus ardente que ne l'est celle qui divise ceux qu'on appelle jansénistes d'avec ceux qui sont nommés molinistes (quoique celle-ci le soit beaucoup).Cependant Tâpreté de cette contestation, dans laquelle il s'agissait de toute la religion, ce qui faisait qu'on déclamait et qu'on écrivait de part et d'autre avec tant d'amertume et qu'on se portait à de si grandes extrémités, n'empêcha pas que Jean et Théodoret étant entrés en éclaircissement avec saint Cyrille par les religieux soins de l'empereur, la charité ne fût victorieuse des cœurs de tous ces grands hommes et ne triomphât de tous leurs ressentiments. Après s'être expliqués, bien loin de se condamner, ils devinrent les défenseurs les uns des autres, et personne n'étant obligé à se dédire, parce qu'ils avaient tous combattu pour la vérité, et que chacun était dans un sens catholique quoiqu'il fût enveloppé dans des termes qui paraissaient ne l'être pas à ceux de chaque parti contraire qui étaient les moins pénétrants ou les plus passionnés ; enfin, par un sentiment et des paroles uniformes, ils se déclarèrent tous contre l'erreur, chacun fut rétabli dans son premier état et [ils] s'embrassèrent tous avec une charité vraiment chrétienne. Ils rassurèrent toute l'Église, qui avait tremblé de leur divison, en lui rendant la paix, et donnèrent occasion au souverain pontife et à l'empereur de leur témoigner la joie qu'ils eurent de cette réunion si désirée.

« J'espère, Monsieur, que Dieu, de qui la grâce n'est pas moins puissante qu'elle l'était, et qui n'aime pas moins l'Église qu'il l'aimait en ce temps là, dissipera tous lesnuages qui en obscurcissent présentement la beauté, et qu'il nous rendra le calme après lequel tous les gens de bien soupirent depuis si longtemps, et qu'Alexandre VII et Louis XIV, qui travaillent avec tant de zèle et d'application au repos des

fidèles^ auront le même sujet de joie qu'eurent Sixte III * et Théodose II'.

« Confions-nous seulement, Monsieur, sur la bonté du même Dieu, et in spem contra spem credamus. Rien ne doit paraître difficile à qui conserve la foi quand il s'agit du bien de l'Église, qui est l'Épouse de Jésus-Christ^ et qui selon l'expression toute divine du grand saint Augustin est Jésus- Christ même.

m Je vous conjure donc encore une fois, Monsieur, parce grand amour que vous avez toujours eu pour cette sacrée mère des fidèles, de moins consulter en cette occasion votre prudence et la raison humaine que la toute puissante providence de Dieu, qui se joue de tous nos projets et les renverse quand il lui plaît pour nous faire connaître notre faiblesse ; et de persuader à vos amis d'entrer avec vous dans cette disposition,

« Considérez, s'il vous plaît, quels avantages leur suffisance et leur piété pourraient procurer à l'Église quand ils ne seront plus forcés de s'occuper à des contestations dans lesquelles ils consument presque toutes ces grandes lumières que la nature et la grâce leur ont données, et toutes les connaissances qu'ils ont acquises par leur travail. Ces disputes. Monsieur, que Dieu a permises pour nos péchés, et desquelles je ne prétends rendre personne coupable, font gémir les gens de bien et les plus éclairés, et scandalisent les faibles. En vérité la vue qu'on a dans le dessein de cet accommodement est si pure^ et va si droit à Dieu, qu'il me semble que quelque sujet qu'on puisse avoir de craindre qu'il ne réussisse pas comme on le désire, on ne saurait sans quelque espèce de prévarication n'y vouloir pas entrer. On a souvent entrepris de bonnes choses sans un heureux succès. L'exemple des saints nous doit en cela fortifier et consoler, quoi qu'il en puisse arriver.

« Je vous supplie de me faire promplement réponse et de me croire, Monsieur,

« Votre très humble et très obéissant serviteur^ « Gilbert, évêque de Comminges.

« De S. Bertrand de Comminges, le 5 de septembre 1662. »

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