LIVRE XXXIl
Plusieurs d'entre eux étaat réduits à abaûdonner leur patrie avec leurs familles entières, vont ou courir le monde comme des vagabonds, nu mourir comme des gueux, ou mendier un autre ciel et se faire sujets d'autres princes, ce qui tourne à notre confusion. Et en effet cela est la cause que dans l'État ecclésiastique on compte aujourd'hui presque la moitié moins de sujets qu'il n'y en avait autrefois, quoiqu'il soit certain que la richesse et la puissance d'un prince consistent dans le grand nombre de ses sujets. Les Génois, qui se trouvent avoir employé plus de quatorze millions en nos monts de piété, en prévoient maintenant la perle, ou par l'impuissance où l'on est de les satisfaire, ou par quelque pressant aiguillon de nécessité et de désespoir qui presse les peuple.s à secouer uq joug qui les accable. Que Dieu le pardonne aux ministres de ce temps, qui avec si peu de prudence et d'équité ont porté V. S., presque dès les premiers jours de son pontificat, à se résoudre sans aucune nécessité pressante à la réduction de ces monts, de laquelle ayant tiré tant de millions entiers, ils auraient pu rendre immortel le nom de V. S. en les appliquant a éteindre quelque partie de ces dettes, parce que cette conduite et l'extraction scandaleuse et ruineuse tout ensemble faite depuis ce temps-là de ces monts en tant d'autres lieux par un prélat étranger aurait été jugée tout à fait bien employée... et je puis assurer, comme j'ai déjà fait ci-devant à plus d'une personne, que les premiers traits qui ont percé son cœur si noble et si généreux ont été ceux de la compassion envers ses peuples épuisés de sang. C'est pour cela qu'elle a destiné une congrégation pour connaître de leurs surcharges, et qu'elle s'y est trouvée plus d'une fois avec tant de charité que tout le monde en attendait un remède universel. Mais Dieu n'a pas voulu que ses saintes intentions fussent secondées par des effets sincères des ministres intéressés. Il est encore temps, très saint Père, d'en faire recueillir le fruit, comme c'a été fort à propos qu'elle a pourvu aux abus qui s'étaient introduits dans l'administration des vivres, lorsqu'ils étaient venus jusqu'à un tel excès que les esprits des peuples, en étant étrangement irrités, pouvaient causer de très grands désordres. Mais on ne peut pas dire qu'on y ait pourvu suffisamment, ou par un châtiment exemplaire en la personne du ministre qui en a fait la fonc-
tion pendant tant d'années avec tant d'indiscrétion et de plaintes de tout le monde. Ce feu ne s*est pas éteint. On n*a point ôlé aux autres l'occasion de commettre la même faute, et on n'a point eiïacé de l'esprit des peuples l'opinion que le prince en était complice. L'autorité de ces personnes, jointe au dessein qu'ils ont formé de faire, au mépris des lois humaines et divines, et de celles de votre très sainte charité, sans se mettre nullement en peine de rendre le nom de V. S. odieux, de faire, dis-je, des monopoles non seulement sur les grains, mais aussi sur Thuile. sur les chairs sur le blé, et sur toutes les autres choses nécessaires à la yie et à l'usage de l'homme, tout cela méritait bien certainement quelque mortiûcation. Mais puisque V. S. a voulu encore aller au delà de son admirable clémence à l'égard de ces ennemis déclarés du bien public, il faut néanmoins qu'elle veuille donner quelque ordre pour l'avenir, particulièrement pour ce qui regarde les vivres de ses sujets, puisqu'elle est encore obligée de les nourrir, et qu'ils ne sont pas de pire condition que les bétes qui vivent des fruits de la terre selon qu'ils les reçoivent de la main et de la providence de leur Créateur, sans être altérés par la malicieuse cupidité des hommes. Dans les congrégations qui se sont tenues sur cela, et où je me suis trouvé comme un des députés, je me suis appliqué à déclarer nettement mes pensées sur cette matière, et sur ce qu'il est à propos de pourvoir d'une grande quantité de grains, non seulement la ville de Home, mais aussi tout l'État ecclésiastique, et je n'ai rien à ajouter présentement à un long écrit que j'ai fait sur une commission de cette nature dont elle m'avait chargé, et que je lui avais présenté au commencement de son pontificat. Je vois la ruine de ses sujets irréparable si elle ne leur donne point quelque espèce de soulagement. V. S. peut bien le faire en ôtaut quelque partie des impôts qui se lèvent sur les choses que l'on mange, en réprimant l'avidité dévorante et insatiable des trésoriers des provinces et des autres ministres publics qui, pour faire les recettes et les monopoles qui réduisent, par leurs artifices barbares, leurs propres sujets à n'être plus les maîtres de ce qu'il recueillent sur leurs terres avec la bénédiction de Dieu, en rouvrant le commerce avec les Vénitiens qui a cessé jusqu'ici depuis l'interdit; et il faut espérer que ces sei-