‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 222 sur 455 · LIVRE XXXIl · texte numérisé non relu

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gneurs n'y auront pas de répugnance, tant à cause du profit qui leur en reviendra à eux-mêmes, que parce qu'ils trouveront dans leurs besoins un si prompt secours du Siège apostolique, qui ne craindra pas même de charger leurs propres sujets pour les assister. Eu introduisant des mestres ' en divers lieux de l'État, en déchargeant d'impôts les ports de Civita-Vecchia et d'Ancône, en favorisant Tart de ragricullure, en employant les sujets habiles dans les gouvernements, dans les charges et dans les offices, ces moyens et ces secours serviraient à repeupler promptement rÉtat, et à faire revivre le siècle d'or à l'avantage de la Chambre apostolique.

<i J'aurais aussi quelque chose à vous dire des affaires de Portugal, mais par ce que je sens que Thaleine est sur le point de me manquer, que ma tête ne branle pas moins que ma main, et que je crains encore d'ennuyer si longtemps V. S., je la supplierai seulement de repasser dans son esprit et de s'appliquer une matière de si grande conséquence, et qu'après avoir ensuite consulté Dieu plus que les hommes, dont la plupart sont combattus par leurs passions, qu'elle prenne sur ce sujet la résolution qui lui sera inspirée par sa sagesse divine.

« J'ai le cœur percé du peu d'espérance avec laquelle on a laissé partir de Home le gentilhomme anglais qui y avait été envoyé pour procurer la promotion de M. l'abbé d'Aubigny, sujet qualifié par sa naissance, par son mérite, par sa bonté, et qui aurait pu servir de colonne et de ferme appui à la religion catholique chancelante d'Angleterre, comme un autre cardinal Polo" de nos jours. Ayant déjà sur cela exercé mon zèle à supplier V. S. d'orner la tête de ce grand homme d'un chapeau de cardinal que la mienne porte si indignement, et que jusqu'ici je l'ai suppliée de déposer de bon cœur à ses pieds qui sont si saints, je lui réitère maintenant de tout mon cœur ces mêmes supplications, afin que, comme il lui doit être restitué à l'heure de ma mort qui est si proche, elle veuille bien l'employer en une si digne occasion, et afin d'ôter l'occasion aux personnes malicieuses de dire que ces récompenses se donnent en ce

1. Ce mot est d'une lecture très difficile, oq peut lire aussi meslries.

2. Polo, ou Polus, légat de Jules 111 en Augleterre, mort en 1558.

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royaume à Tor que I'oq offre pour les recevoir et non au mérite ni à la nécessité de notre religion en ce royaume.

« Il me resterait encore quelque chose à dire sur la facilité des audiences, qui est ce qui conserve le gouvernement, ce qui le conserve des tromperies des ministres, et ce qui lui fit acquérir Taffection et la vénération des peuples. V. S., qui dans le commencement se proposait d'imiter en cela les louables établissements de ses prédécesseurs, et particulièrement de Pie V et de Clément VIII, en saura bien faire admirer la continuation, en écoutant favorablement ceux qui s'adresseront à elle, afin que Ton ne puisse dire d'elle en quelque temps que ce soit ce qu'une vieille importune criait à Philippe de Macédoine : « Si vous ne voulez point m'écouter, ne soyez donc point roi. » Je prendrai seulement la hardiesse de supplier simplement V. S. d'une seule chose, savoir qu'elle se garde de se laisser renfermer entre quatre murailles, et de s'éloigner de la connaissance des affaires de son État et des besoins de ses sujets, parce que ce mal est le comble de tous les autres en la personne d'un prince. Quand cela arrive, la justice n*est plus libre, les ministres ne sont plus fidèles, les peuples ne sont plus gouvernés, mais abattus et méprisés, et le prince cesse luimême [cesse] d'être aimé et respecté. « Quatre ou cinq personnes s'unissent ensemble et tiennent conseil pour surprendre l'empereur. Ils disent ce qu'il faudrait prouver. L'empereur qui est enfermé dans sa maison ne connatt point la vérité, il est seulement contraint de faire ce qu'ils disent; il fait juires ceux qu'il ne faudrait pas faire, il éloigne de la république et du gouvernement des affaires ceux qu'il faudrait chercher. Enfin, disait Dioctétien, on vend un empereur, quelque bon, sage et excellent qu'il soit. » Qu'à Dieu ne plaise que cela ne puisse jamais vérifier dans le temps du gouvernement si heureux de V. S. !

« Ce serait ici l'occasion de dire quelque chose du choix qu'il faut faire des ministres et des conseillers, parce qu'encore que quelquefois le peu de bonne fortune du prince l'emporte, c'est une chose décidée en toute manière que le mauvais choix est la cause de cette faute, étant difficile que l'on manque quand on y apporte toutes les diligences et toutes les circonspections nécessaires. Le jugement si prudent de V. S. rend superflu tout ce qu'on pourrait lui

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représenter sur cette matière. Avec tout cela, je ne laisserai pas de la supplier avec saint Grégoire de Nazianze d'avertir ceux qui seront engagés de l'assister de leurs travaux et de leur conseil pour soutenir le pesant fardeau du gouvernement de faire éclater dans leur conduite ces trois qualités si considérables : Tusage des choses, une grande autorité, la liberté dans les discours.

« Pour ce qui regarde les choses spirituelles, qui étaient les premières dont j'aurais dû parler lorsque j'en aurais trouvé Toccasion, je ne pourrais y entrer sans offenser extrêmement l'extrême piété de V. S., qui depuis son exaltation au pontificat à fait voir qu'elle en faisait l'objet principal de sa sollicitude pastorale. Avec tout cela, ce ne sera que bienfait de renouveler les ordres à ceux qui sont établis pour la direction des âmes, comme aussi aux curés et aux confesseurs d'éloigner les scandales, de réprimer l'excessive licence de pécher; de persécuter et de déraciner les blasphèmes, qui ne sont devenus aujourd'hui que trop domestiques et trop communs parmi le peuple, de faire observer le respect qui est dû aux églises, de peur que Dieu ne répande sa colère sur nous. La loi évangélique, très Saint Père, ne se voit que trop aujourd'hui foulée aux pieds, et on ne se révolte* que trop contre Tobservation des divins commandements, et saint Cyprien et saint Eusèbe de Césarée auraieut plus de sujet que jamais de déplorer la corruption et le désordre de notre temps « où tous les particuliers s'appliquent à augmenter leurs revenus, et oubliant ce que les fidèles ont fait autrefois au temps des Apôtres, ou ce quMls devraient toujours faire, ils ne pensent qu'à accroître leurs biens par l'ardeur insatiable de leur avarice. La religion se trouve sans dévotion dans les prêtres, la foi n'est point entière dans les ministres; il n'y a plus de miséricorde et de charité dans les œuvres, plus de discipline dans les mœurî-'. On met en usage les artifices et les fourberies pour tromper les cœurs des simples. On veut surprendre ses frères par des fraudes et des déguisements. Non seulement on juge témérairement, mais, ce qui est encore pis, on se parjure. » El que pouvons-nous attendre autre chose de tant d'actions si détestables, sinon les pernicieux et lamentables effets que Jérémie a prédits par ces paroles : « Dieu a obscurci Sion dans sa co ère, il a fait tomber

du haut du ciel la gloire d'Israël; il ne s'est pas souvenu de son marchepied au jour de son indignation, mais le Seigneur a noyé toute la beauté d'Israël, il a démoli toutes ses haies. » De sorte que nous pouvons nous écrier avec saint Polycarpe : « Bon Dieu ! à quel temps nous avez-vous réservés I » De sorte qu'étant beaucoup plus affligé de l'état si malheureux où est le monde, la chrétienté et la religion, que de la cruauté de ma maladie, tournant les yeux vers mon Jésus crucifié, je m'écrie du plus profond de mon cœur : « Je désire la séparation de mon corps et d'être avec vous. » Et parce que je sens que l'haleine me manque, je quitte la plume après l'avoir reprise pour la troisième et la quatrième fois, et me prosternant devant V. S. je lui demande sa bénédiction, en recommandant à sa vive et paternelle charitél'âmedesonserviteurquilaiestentièremeDtdévouée, parce que devant être présenté dans peu de temps devant ce redoutable tribunal pour rendre compte de ce qu'il a fait et jusques à la moindre pensée, il est certain qu'il ne voudrait pas tromper V. S. par ces remontrances très sincères. Au contraire, j'assure V. S. qu'en l'autre vie je ne manquerai pas de prier notre bon Dieu qu'il vous [la] fasse vivre longtemps sur la terre, qu'il la préserve de tout péril, de la malice des flatteurs qui sont la peste des royaumes et des principautés, qu'il lui donne un cœur docile, et qu'il comble d'une grâce particulière V. S. et ses successeurs, afin que l'usage passager que vous ferez des biens temporels ne vous fasse point perdre les éternels.

« Et après cela, en donnant le dernier adieu à V. S. avec une vénération pleine de tendresse, j'embrasse et baise ses très saints pieds.

« De V. S. le très humble et très dévoué et très obligé serviteur.

« Guillaume, cardinal Sacchetti.

« De ma maison, le 17 juillet 1663. »

Le rang que ce cardinal tenait dans l'Église et la réputation qu'il avait acquise dans les conclaves devaient donner un grand poids à la lettre qu'il écrivait au pape Alexandre Vil, sur le point de comparaître devant le tribunal de J.-C, souverain et terrible juge des cardinaux et des papes aussi bien que du commun des fidèles. Ce fut peut-être un elTet

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de [la] miséricorde de Dieu sur lui de n'avoir point porté la tiare, qui paraissait lui être acquise après la mort d'Urbain VIIl et après celle d'Innocent X. Mais c'était un effet visible de sa charité de donnera Alexandre des avis si salutaires; et s'il n'en a pas entièrement profité, on peut déplorer en cela combien il est dangereux aux vicaires de J.-C de s'engager d'une trop grande affection à leurs parents, qui sont des ennemis domestiques.

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