‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 224 sur 455 · LiVre xxxiti · texte numérisé non relu

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tel de saint Sébastien le jour qu'ils avaient pris le nom et la qualité de docteur; qu'ils devaient tous se souvenir de cette promesse et de ce vœu, ne leur étant pas permis de demeurer muets pendant que le syndic ne disait mot; que par la thèse du collège de Clermont on méprisait la domination et la majesté, qu'on attaquait et renversait le droit du roi; que l'on se jouait de la très juste précaution de messieurs les gens du roi, de plusieurs très importants arrêts de son Parlement et des décrets de la Faculté de théologie; qu'il ne fallait pas douter que M. le premier président, après avoir averti tant de fois les docteurs de Paris de demeurer dans leurs premiers sentiments et de détester les opinions nouvelles, et après avoir fait de si graves et de si sévères réprimandes à quelques-uns d'entre ceux qui s'acquittaient mal de ce devoir, demeurerait ferme dans sa première résolution et dans la pratique constante où il était de condamner les mauvaises et pernicieuses maximes, et trouverait fort mauvais que de méchants maîtres se fussent servis du nom de son fils, jeune homme d'un grand mérite et qui ne songeait i\ rien moins qu'à tout cela, pour soutenir leurs erreurs pernicieuses. Qu'ils n'avaient donc qu'a faire leur devoir en cette rencontre, à employer volontiers leurs soins et leur zèle pour le service de TÉglise, du roi, delà patrie, de la justice et de la vérité; qu'ils devaient lever l'étendard, déclarer une guerre sainte à l'erreur, et ruiner jusqu'au fonelement la forteresse de la doctrine du collège de Clermont; que si quelqu'un tremblait de peur et se laissait épouvanter par des pensées indignes d'un docteur en théologie et par des considérations tirées de la circonstance des affaires, des temps et des personnes, il était obligé de s'appliquer ce qui se lit sur ce sujet dans les Écritures, et se représenter que Dieu lui dirait un jour : « Je souhaiterais que vous fussiez ou froid ou chaud; mais parce que vous êtes tiède, et que vous n'êtes ni entièrement froid ni entièrement chaud, je suis prêt de vous vomir de ma bouche. »

Cette plainte, faite avec beaucoup de véhémence, déconcerta le syndic et ses partisans qui avaient promis à M. le premier président qu'il ne serait point parlé dans la Faculté de cette affaire. Ils firent tout ce qu'ils purent pour interrompre et troubler M. de Flavigny, et M. Guyard entre VI 21

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les autres se distingua fort par le tumulte qu'il lâcha d'exciter pour l'empêcher de produire à la Faculté la thèse du collège de Clermoat qu'il avait entre les mains. M. Grandin prit le parti d'agir avec moins d*emportement et de chaleur, et tâcha d'adoucir par une modération apparente les esprits de ses confrères. 11 dit qu'il n'était nullement besoin de faire ce bruit pour une dispute de mathématiques qui ne touchait ni la religion ni la foi; qu'il ne s'agissait que du mouvement ou du repos de la terre; que ce mouvement ayant été improuvé par le jugement de Tlnquisition de Rome, il ne voyait pas que l'on dût trouver à redire à ce que Ton avait préféré le sentiment de plusieurs cardinaux qui président dans Rome à cette Inquisition à l'opinion de quelques particuliers; que l'on pouvait soutenir et expliquer en un bon sens ce qui était porté dans ces thèses du collège de Clermont touchant ce jugement de l'inquisilion ; mais que quand même cela mériterait quelque légère correction, il fallait avoir de la considération pour M. le Premier Président, de peur que son hls, qui avait soutenu cette thèse, ne fût flétri par quelque marque fâcheuse, et son père en sa personne; qu'il fallait tellement poursuivre ses ennemis qu'en leur faisant la guerre on ne donnât point le coup mortel à ses amis.

Un docteur lui répondit qu'il ne fallait avoir en cela ni amis, ni ennemis, et ne rien donner ni à l'amitié ni à la haine, ne s'agissant que de la seule défense de la vérité ; que plus ce jeune homme qui avait soutenu la thèse des Jésuites était considérable, au-dessus des autres par ses bonnes qualités et par son esprit, et illustre par sa naissance, plus il touchait de près un Premier Président du Parlement de Paris, et plus il fallait prendre garde que sous l'éclat de ce grand nom la vérité ne se trouvât obsurcie, et que Terreur n'en devînt plus insolente, comme si elle fût devenue toute brillante par la pourpre d'un prince du Sénat, et en sa personne par celle de tout le Parlement; que personne ne pourrait s'imaginer à la [Faculté] que le fils eût pu embrasser des sentiments qui auraient été désagréables au père, ou qu'un Premier Président eût pu approuver une doctrine que toutleParlementauraitiraprouvée. Mais parce qu'il n'y avait personne [qui] ne sût quel était le jugement de ce grand magistrat, ni celui du Parlement touchant l'Inquisi-

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lioQ et la puissance du pape, il n'y avait pas lieu de craindre qu'ils eussent du déplaisir de voir que la Faculté se mit en état de défendre, par de nouveaux décrets de ses docteurs contre de nouveaux libelles, Tancienne doctrine de l'Église établie par tant d'arrêts; et qu'au contraire il y avait plutôt sujet d'appréhender que M. le Premier Président et toute la Cour du Parlement ne blâmassent les docteurs sMls avaient manqué en quelque chose au soin qu'ils devaient prendre et à [la] diligence dont ils devaient user en cette occasion ; [qu'ainsi] on nepouvaitpass'empêcherde mettre cette affaire en délibération. Les anciens docteurs inspiraient à M. Grandin d'en faire son rapport à la compagnie; mais il répondit qu'ayant consulté sur cela des personnes graves et de grande probité, ils Savaient détourné de cette réquisition. Quelques autres docteurs pressant avec plus d'instance le doyen de rapporter cette affaire pour lamellreen délihérMtion, M. Guyard, docteur de Navarre, «lit qu'il était défendu par les statuts de la Faculté qu aucun autre que le syndic fit nulle proposition à la compagnie. A quoi M. de Mince soutint que cela ne. se trouverait pas véritHbti\ et q un s il s'était fait autrefois quelque statut de cnitf' niitur*'. ij v avait longtemps qu il avait ete aboli par un usage coût r aire, qu'il élait même arrivé depuis peu qu'il s'était fait une délibération sur la proposition de M. Thomas Fortin, en présence de M. Grandin même, sans qu'il s'en plaignit, et il apporta encore plusieurs autres exemples pour autoriser cette coutume. MM. Grandin et Guyard dirent qu'ils ne le souffriraient point, et s'y opposeraient hautement si l'on passait outre. M. Louis Messier, doyen de la Faculté, pressé par les anciens docteurs de proposer l'examen de la thèse du collège de Clermonl, ne s'en put défendre et mit la chose en délibération, sans que MM. Guyard et Grandin s'y opposassent, et même lorsqu'on recueillit les suffrages, ils furent d'avis comme les autres que l'on nommât des commissaires pour cet examen; mais ils ajoutèrent qu'il fallait que le nombre en fût petit pour faire la décision, quoiqu'il fût à propos de demander l'avis de toute l'assemblée des docteurs. M. Grandin dit de plus que si les docteurs de la Faculté entreprenaient de vouloir connaître de cette affaire, ils n'y feraient rien et seraient contraints de l'abandonner sans exécution. La pluralité alla à nommer six commissaires.

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savoir : MM. de Mince, Morel, Guischard, Guyard, Fortin^ et Louvet, de l'ordre de Cileaux, pour examiner la 25» position des thèses du collège de Clermoat où il était parlé de l'Inquisition de Rome.

Pour apaiser ces nouveaux troubles qui s'élevaient parmi les docteurs, M. de Laon offrit ses offices et son entremise à M. le Premier Président, et demanda à M. de Mince si la Faculté se trouverait satisfaite si le P. DaroUys, jésuite, qui avait présidé à cet acte, se présentait devant les commissaires pour rétracter ce qu'il avait allégué dans ses thèses touchant rinquistion de Rome. M. de Mince agréa celle offre, pourvu que cette rétractation fût sincère de la part du P. DaroUys, qu'il la signât de sa propre main, et qu'il apportât pour cet effet la permission de ses supérieurs avec leur signature en bonne forme. Mais quand on eut fait cette proposition aux Jésuites, ils dirent qu'ils étaient prêts de dire de vive voix tout ce que l'on désirerait d'eux ; mais qu'ils n'en donneraient jamais rien par écrit et ne signeraient point cette déclaration.

La négociation de M. de Laon n'ayant point passé plus avant, M. de Rodez, nommé à l'archevêché de Paris, s'en chargea lui-même, et s'étant rendu à la maison des Jacobins du faubourg Saint- Jacques, il fit venir de Sorbonne M. de Mince pour lui dire qu'il fallait mettre la doctrine à couvert et conserver sa pureté; mais en même temps s'abs. tenir de faire affront à des personnes illustres. Ce docteur tombant d'accord de cette proposition, M. de Paris ajouta que le P. DaroUys, jésuite, convenait bien d'expliquer la position dont il s'agissait, mais non pas d'en faire une rétractation. Que dans la prochaine assemblée des docteurs il s'expliquerait publiquement sur cette matière, et qu'il fallait espérer qu'ils en seraient satisfaits.

« Cela va fort bien, répliqua M. de Mince, nous ne nous arrêtons pas à cette rétractation, pourvu qu'il explique sans déguisement et sans artifice quel est son véritable sentiment sur cela; qu'il apporte la permission de ses supérieurs signée de leur maiu pour l'autoriser dans l'explication qu'il donnera, et avec ces conditions, la paix sera faite. » M. de Paris tomba d'accord de cet expédient pourvu que la chose fût faisable, et ils se séparèrent après cette proposition.

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