LIVRE xxxin
Mais dès que M. de Mince fut revenu en Sorbonne, il trouva chez lui un arrêt du Parlement donné sur la requête de M. Grandin, et qu'un huissier de la cour y avait laissé pour le lui signifier, portant défenses de connaître de la thèse de mathématiques du collège de Clermont, parce que la conclusion qu'ils avaient prise sur cela dans leur assemblée précédente avait été faite sur la proposition d'un autre docteur que le syndic, et ordonnant à M. de Flavigny de venir comparaître à la cour pour rendre raison de sa conduite et de l'injure qu'il avait faite au syndic.
M. de Mince assembla aussitôt les autres docteurs nommés par la Faculté en qualité de commissaires, pour connaître de cette affaire, sans en excepter même M. Grandin qui était du nombre, et il sut d'eux que l'arrêt leur avait déjà été signifié aussi bien qu'à lui. M. le Président de Nesmond avait beaucoup plus agi en cela que M. le Premier Président, son beau-frère. Car étant disciple du jésuite Garasse, et l'un des principaux membres de leur congrégation, où il se faisait un honneur d'allumer les cierges, il agissait autant en cela par son inclination personnelle que par l'affection qu'il pouvait avoir pour son neveu, dont le nom avait été employé dans cette thèse. 11 avait même envoyé le 12 de juillet chez le sieur Bouvot, bedeau de la Faculté, pour savoir de lai en quel élat était cette affaire, et se plaindre de ce qu'ayant toujours appuyé les Facultés supérieures contre celle des Arts, on avait si peu de considération pour lui qu'on n'épargnait pas même son propre neveu pour avoir soutenu cette thèse. On avait étudié l'absence de MM. les gens du roi pour prononcer cet arrêt, et il avait été donné de grand matin, avant qu'ils fussent entrés au Palais.
Les commissaires maltraités par cet arrêt s'en plaignirent hautement. Le P. Louvet, bernardin, en fit paraître beaucoup d'indignation contre M. Grandin, qu'il considérait comme l'un des principaux auteurs de tout le mal, l'appelant fauteur d'une doctrine pernicieuse, traître à toute la Faculté, et lui dit plusieurs autres douceurs de cette nature. Et tous ensemble ils convinrent d'en faire leur rapport en la première assemblée de la Faculté. Cependant les sieurs Grandin, Guyard et Guischard firent les derniers efforts pour abattre les quatre autres commissaires, à qui
l'on fît parler des personnes d'autorité qui ne leur pouvaient pas être désagréables. M. le président de Nesmond, qui était voisin du collège des Bernardins, et qui les avait obligés en plusieurs rencontres, représenta au P. Louvet le pouvoir que M. le Premier Président, son beau-frère, avait dans la suite de cette affaire, ce qu*il y pouvait lui-même, et ce que tous deux désiraient de lui. Voyant que ses prières étaient inutiles auprès d'un homme si inflexible, il y joignit les menaces, et enfin, le voyant toujours intrépide, il le fit reléguera la campagne par ses supérieurs, en lui ôtant sa chaire de théologie, et lui procurant Texil comme Tunique récompense de la fermeté qu'il faisait paraître dans une occasion où il soutenait Thonneurde Tordre de CIteaux, du collège des Bernardins, de TÉglise, de TÉtat et de son roi.
Mais ce procédé ne fît qu'augmenter l'indignation publique, déjà assez échauffée par Timpression que M. de Flavigny avait fait faire de son suffrage, et tout le monde attendit avec beaucoup d'impatience ce que la Faculté ferait sur cela dans sa prochaine assemblée.
CHAPITaE II
Énigme des Jésuites du collège de Clermont expliquée par le sieur Barbier, avocat, qi*e ces Pères ne peuvent souffrir sans l*lDterrompre.
Le collège de Clermont' était un théâtre si fameux qu'il fournissait de matière aux entretiens des curieux pendant tous les mois. Ils en eurent une assez divertissante par un petit incident qui arriva pendant l'explication d'une énigme proposée par le fils de M. Besnard Rezé, maître des requêtes, et que Ton ne peut mieux raconter que par les propres paroles d'un avocat du Parlement nommé Barbier', dont la personne était peu agréable à ces Pères, mais qui^ se signala à leurs dépens en celte rencontre.
Voici ce qu'il en écrivit alors à un de ses amis : « Le
i. Jean Barbier d'Aucourt (1641-1694), avocat au Parlement et membre de l'Académie Française. Auteur de nombreux écrits contre les Jésuites, et même contre Racine en 1667.