‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 226 sur 455 · LIVRE XXXUI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXUI

tableau, dit-il, représentait une Minerve armée d'un petit bâton, d'un bouclier, d'un casque ombragé de plumes. Cette Minerve, qui avait des ailes aux pieds, semblait s'être envolée de la tête de Jupiter encore tout lassé du travail de cet accouchement, et soutenu par [Mercure] que le peintre avait représenté avec le casque et les talons ailés. Audessus de cette partie du tableau on voyait une nuée qui portait quatre divinités : Momus, bouffon des dieux, fort reconnaissable à son geste moqueur, Saturne avec sa faux, Junon toute nue, Cupidon sans flambeau. Dans la partie opposée à Jupiter, il y avait le devant d'une maison occupée de beaucoup de monde. A côlé de celte maison était la figure d'une femme bien faite, majestueuse et revêtue d'un manteau royal, laquelle compassait un globe et représentait la France. Le reste du tableau était de la mer. de la terre et des herbes, parmi lesquelles on voyait un caméléon, qui est un animal susceptible de toutes les couleurs. »

On commença l'explication de cette figure énigmatique par ces vers :

Rien ne se peut cacher au fond de cette nue. L ombre cède à l'éclat de tant d'esprits fameux ; Et sitôt quun [sic) énigme a pu toucher leur vue, Il n'est plus énigme pour eux.

Ces juges souverains des grandes aventures, Qui découvrent partout du haut des tribunaux, Ont reconnu d'abord ces divines peintures; Ils en sont les originaux.

Ils sont les grands moteurs des états politiques Ils savent rencontrer le véritable point ; Et les lettres chez eux passant pour domestiques, Celle-ci ne les surprend point.

C'est la lettre ou missive :

« Epistola est, adeo facili scripta caractère ut primo intuitu perlegatur. Quis non videt in virgine Minerva sanclam epistolae fidem, et inviolabile sacrum? QuisJovem non intelligit epistolarum auctorem, ita ut frustra sit aliorum auctoritas? Numquid in eleganti Mercurio epistolae concinnitatem omnes intuentur? In hilari Momo jucunditatem, in

Salurno secretum.in Amore materiam, objectiimin Junone, in variabilicameleontevariumscribendi modum, et diversa nationum idiomala? Sed epistolam hanc Gallice scrîptam ipsa Gallia demonstrat, et sic a me legendain, si faveritis. »

La lettre est un esprit détaché de son corps, Un génie emporté par d'aimables transports, Une intelligence féconde Qui par de secrets mouvements Préside au cercle du beau monde, Et cause tous ses changements.

Par ces divins esprits, on connaît l'inconnu,

On perce au fond du cœur, on voit l'amour tout nu ;

On lit tous les cas de réserve,

Et toujours quelques traits nouveaux ;

Enfin, c'est la belle Minerve

Que Jupiter fit du cerveau.

Mais on dit que Junon, pleine d'étonnement. Conçut tant de douleur de cet accouchement

Qu'elle en devint grosse de rage,

Et ce mystère nous instruit

Qu'une lettre dans un ménage

Est souvent cause d'un grand bruit.

C'est pourquoi cet Amour commande le secret, II est de tous les dieux l'esprit le plus discret ; On ne dirait pas qu'il y touche Et cet enfant mystérieux Craint tant de mal ouvrir la bouche Qu'il parle bien souvent des yeux.

Vous le voyez qui rêve avec beaucoup de soin, Sans bruit et sans éclat dans un petit recoin

Fort[éloigné des avenues ;

C'est qu'une lettre en fait d'amour

Doit être semblable à des nues

Qui forment la nuit en plein jour.

On ne montre jamais qu'un dehors déguisé, On cache finement ce qu'on s'est proposé

Sous quelque apparence impossible ;

Ainsi Junon fait entretien

Avec Saturne l'insensible,

Afin qu'on ne soupçonne rien.

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