LIVRE xxxin
Lorsqu'on est à couvert et dans la sûreté, Mome, qui sait railler, peut suivre en liberté Sa plaisante façon d'écrire; Son style plaît infiniment, Et pendant qu'on s'amuse à rire, On surprend un cœur aisément.
L'Amour ne manque pas de fournir au sujet. Il a toujours raison, toujours matière, objet,
Et jamais ce dieu ne demeure.
Il a tant de fécondité,
Que souvent d'un petit quart d'heure
Il compose une éternité.
Dans cette lettre aussi Junon doit avoir part ;
Qu'on n'imagine point que par un coup d'hazard Elle ait été si bien placée ; On connaît trop que ses appas Peuvent donner quelque pensée A ceux qui n'y penseraient pas.
Enfin pour une lettre, il faut un messager. Mais saurait-on jamais en prendre un plus léger
Et qui sache mieux les ruelles?
Mercure est le dieu des valets,
Et Ton voit assez par ses ailes
Qu'il sait bien porter des poulets.
Ici le sieur Barbier fut interronipu par un jésuite comme blessant rhoiméteté, et ils ne voulurent pas considérer qu'ils l'avaient blessée eux-mêmes par une espèce de sacrilège en plaçant les divinités profanes et toutes nues sur le même autel où Jésus-Christ, fils d'une vierge si pure, s'offre tous les jours en sacrifice. Cela n'empêcha point cet avocat de distribuer à des personnes de qualité et à quelques-uns de ses amis le reste des vers qu'il avait encore, à prononcer, et voici ce qu'ils contenaient :
Aussi la lettre agit comme agirait un dieu. De l'un à l'autre bout sans passer au milieu,
Et l'on dirait qu'un dieu la porte ;
Le plus subtil en est séduit
Et ne la croit pas à la porte
Qu'elle est déjà dans le réduit.
Mais un si petit lieu ne finit point son tour. Elle va librement partout où va le jour;
Elle fournit la même ronde, Et semble par son mouvement Rejoindre la terre avec l'onde, Et n'en former qu'un élément.
Elle est aussi l'esprit qui meut tout l'univers. Elle fait l'union de cent peuples divers
Avec une admirable chaîne,
Et c'est par ses divins projets
Que la majesté souveraine
Est partout prudente aux sujets.
Elle a le droit des gens, la voix des potentats La règle des conseils et l'agent des États ;
Tous les lieux lui sont accessibles,
Et par un effet merveilleux
Elle rend les corps invisibles
El fait voir les esprits aux yeux.
Mais après tant de coups, voici le dernier trait, La cire, le cachet, les couleurs, tout est prêt,
Et la lettre me semble expresse,
J'en dirais trop d'en dire plus,
Et puisque la poste me presse,
Il faut écrire le dessus.
Illustre de Rezé, son adresse est à vous,
Au cœur le plus galant, à l'esprit le plus doux,
A l'âme la mieux tempérée.
Je ne saurais l'adresser mieux.
Et sans doute elle est assurée,
Avec un nom si glorieux.
On Tempècha par son interruption de prononcer ces six dernières stances; mais cela même lui fournit une nouvelle matière et donna l'occasion à ces autres vers :
Contre les Jésuites qui ont osé mettre sur Vautel du Seigneur une peinture lascive, où Junon, Cupidon, Saturne ^ Momus, Mercure, Jupiter étaû-nt représentés nus.