‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 229 sur 455 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

ment sur la missive, et pour eux ils l'expliquèrent sur la mode et sur la chanson du Pont-Neuf, c'est-à-dire qu'ils ont consacré la vanité du monde en la mettant sur l'autel, et qu'ils chantent des bacchanales dans un lieu où Ton chante les louanges de Dieu et où Ton publie TÉvangile.

« Vous voyez bien quel sujet c'est là pour une personne qui voudra les pousser et qui sera presque engagée de le faire. Car je leur dis que pour justifier mon discours je trouverais cent apologies, et que si je ne les trouvais pas, je les ferais. Ces mots serviront à faire voir que je ne crains pas de dire la vérité, et que je me sers de la sainte liberté que donne N.-S. J.-C. à tous ceux qui ont l'honneur d'être de ses membres, et que j'ai beaucoup de rapport avec vous de qui je suis le très humble serviteur.

Barbier.

« Eu attendant toute la pièce, je vous envoie l'endroit le plus libre de tout mon discours. Et pour l'entendre, il faut voir le tableau, ou s'imagiqer une Junon toute nue que je devais expliquer par quelque rapport à la lettre qui était le mot de mon explication. Et comme pour une lettre il faut des pensées, je dis que cette Junon toute nue en pouvait donner ;

Dans cette letlre aussi Junon doit avoir part; Qu'on n'imagine point que par un coup d'hasard

Elle ait été si bien placée;

On connaît trop que ses appas

Peuvent donner quelque pensée

A ceux qui n'y penseraient pas.

tt Et à côté de cette stance,j'ai écrit dans toutes les copies que j'ai faites, ces mots : « On ne peut parler plus modestement d'une femme nue, ni reprendre plus doucement ceux qui ont eu C imprudence de l'exposer sur l'autel du Seigneur. »

Ce n'est point là l'unique affaire que ce jeune homme a eu à démêler avec les Pères de la Société , et il s'est rendu en plusieurs autres rencontres formidable à leurs polis, à leurs doucereux et à leurs braves.

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CHAPITRE m Lettre de M. de Saint-Amour pour la justi&catioo desoQ Journal.

Le Journal de M. de Sainl-Amour, que l'on prétendait être venu si à contre- temps, et qui avait été sur le point de trouver des dénonciateurs zélés dans le nombre des amis mêmes, faisait alors de si bons effets pour désabuser la plupart du monde peu instruit jusqu'à ce temps là du fondement de l'affaire, que ceux qui avaient blâmé l'auteur de beaucoupd'indiscrélion commençaient à relever son ouvrage, et à avouer qu'il ne se pouvait rien faire de mieux pour le service de l'Église. 11 n'y avait guère que M. de Sainte-Beuve et quelques-uns de ses amis qui se plaignaient du violement du secret par l'impression que l'on avait faite de ses lettres sans sa participation. Mais ce bruit s'étant répandu jusqu'au lieu où M. de Saint-Amour s'était mis à couvert, il crut ne devoir pas se tenir plus longtemps dans le silence sur ce sujet, et fil son apologie par cette lettre qu'il écrivit à un de ses amis le 4 de juillet :

« Je n'osais vous [écrire] * de crainte de troubler le repos où je vous croyais, et pour vous laisser l'avantage de pouvoir dire que comme vous n'aviez point eu de part à la résolution que j'avais prise de faire distribuer mon Journal, aussi vous n'aviez depuis aucun commerce avec moi. Je vous suis fort obligé de le renouer par votre billet du 12 juin, que je reçus dimanche, et bien joyeux des suites que vous me mandez que celte distribution a eues. Je ne crois pas néanmoins qu'il soit encore temps de chanter victoire, et quand on continuerait de se tenir aussi calme à Paris sur ce sujet, comme on l'a été jusqu'à la date de votre billet, il y a trop de choses qui blessent les Révérends Pères pour penser qu'ils n'éclatent pas contre cet ouvrage tôt ou tard. Mais ce n'est pas ce qui me met le plus en peine, je le suis sans comparaison davantage de [celle]* que vous me mandez que M. de Sainte Beuve et quelques-uns de ses amis ont eue que je n'ai pas gardé la fidélité que je lui devais, parce que j'ai produit ses lettres sans cacher son

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