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positions comme une chose qu'il eût approuvée, quoiqu'il protestât qn'il l'avait toujours désapprouvée comme une chose qui lui paraissait équivoque, et qu'il avait témoigné à cette personne que si l'on ne cessait de publier cette pièce, ou que ces Messieurs ne lui fissent connaître que cette publication ne venait point de leur part, il serait obligé de faire paraître l'explication qu'il avait voulu substituer à la place de celle que ces Messieurs avaient voulu absolument envoyer à Rome, et qu'il croyait n'y devoir pas être assez bien reçue.
M. Taignier se confirma par cette lettre dans la pensée qu'il avait toujours eue que les fondements de cette paix si éclatante, et publiée par tant de bouches, étaient peu solides, ce qui l'avait empêché de sortir de sa solitude de Troyes pour venir comme se brûler à la chandelle dans Paris, et de se laisser éblouir à la lueur de cet accommodement imaginaire. Il avait eu la consolation de voir dans cette ville de Champagne MM. Arnauld et Nicole, qui étant sortis de Paris pour y faire quelque séjour, furent obligés d'en sortir fort promptement par la rencontre d'un page qui les reconnut lorsqu'ils y pensaient le moins. Mais ils se retirèrent quelques jours après dans l'abbaye de Haute- Fontaine, où M. Tabbé Le Roi les reçut avec tant de cordialiaté qu'ils préférèrent incomparablement l'accueil et le bon visage de ce cher hôte à la belle vue et aux agréables eaux de ce monastère, qui passe pour l'une des plus agréables solitudes de tout le royaume.
Ils s'étaient cachés à la plupart de leurs meilleurs amis pour pourvoir durant quelque temps à leur sûreté et à leur repos dans cette retraite, et n'être plus tourmentés sans cesse par tant de nouveaux projets de paix, qu'ils ne pouvaient écouter sans trouble de conscience, ni rejeter sans affligerquelques-unsdeleursamis. M. Lancelot, qu'ils avaient laissé à Paris pour leur mander ce qui s'y passait, en informa M. Arnauld, par cette lettre du 6® jour de juillet :
« Ce mot n'est que pour [vous] rendre mes justes respects et vous témoigner la joie que j'ai de l'heureux succès de votre voyage, et de la consolation que je sais que votre hôte en recevra, à laquelle la grande bonté qu'il a pour moi m'oblige de prendre beaucoup de part.
« Pour des nouvelles, je sais qu'on vous en mande d'ail-
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leurs. La persécution de M. d'Alet continue toujours, et les moines s'en mêlent. La Faculté a donné six examinateurs à la thèse du fils de M. le Premier Président. Le Journal a été sauvé du feu dont on l'avait menacé. La défaite des Espagnols par les Portugal se confirme toujours, avec la perte de leur bagage, de leur artillerie, d'une infinité de prisonniers et de seigneurs de marque et du recouvrement d'Ebora. La paix de Home est tout à fait rompue, jusqu'à en être venus aux injures, le duc de Créquy et le Rasponi. Mais l'autre paix se publie toujours ici de plus en plus. Celui qui en est le principal auteur fait venir ses amis de tous côtés pour les faire entrer dans ses sentiments par la participation de Tacte envoyé, et présentement M. Cordon et M. Dorât sont ici pour ce sujet. Le P. Ferrierdit pourtant que les jansénistes n'ont fait la paix qu'en promettant pour le fait d'en passer par tout ce que le pape voudrait. D'autres publient que grâces à Dieu les jansénistes sont revenus de leur opiniâtreté et ont abandonné Jansénius, et que M. Arnauld en est lui-même; ce qui obligea dernièrement le duc de Roannez à se déclarer hautement làdessus, quoiqu'on l'ait un peu trouvé mauvais. D'autres aussi se plaignent de cette paix, et la supposant faite la regardent comme si c'était une plaie qu'on eût faite à l'Église d'y recevoir les jansénistes à si bon marché. Et enfin d'autres étant dans une plus grande simplicité en louent Dieu hautement et en chantent presque le Te Deum, L'on lient pour certain que le pape est las de ces brouilleries, et que s'il a néanmoins aflecté de paraître toujours mal avec les jansénistes, ce n'est que pour se couvrir davantage. Si cela est, ce ne sera point leur acte qui donnera la paix, mais la disposition des affaires, qui l'aurait toujours donnée sans leur acte; en quoi ils seront peut-être blâmés devant Dieu, puisqu'ils semblent n'avoir pas eu assez de patience pour le laisser faire en un temps où il paraissait visiblement agir pour eux. Je n'en trouve point de plus heureux en tout ceci que M. Arnauld. Car outre la consolation qu'il doit avoir de n'avoir jamais voulu prendre de part à une procédure qui ne lui paraissait pas assez sincère, il aura encore celle-ci, que si cette paix réussit, comme Dieu tire quelquefois du bien du mal même, l'on sera toujours redevable à sa fermeté de ce que l'on n'aura pas baissé davan-
tage. Mais le moyen d'espérer que cela réussisse, si ce n'est peut être par un jugement de Dieu sur nous, puisque celui qui s'appuie sur l'équivoque et le mensonge repaît les vents, selon l'expression de l'Écriture, et court après des oiseaux qui s'envolent : Qui nitifur mendaciis, hic pascit ventosy idem autem ipse persequitur aves volantes! ku lieu qu'il est écrit peu après : Qui ambulat simpliciter ,ambulat confidenter. Et encore : Simplicitas juslorum diriget eos. Et de plus : Juslitia justorum liberabit eos, pour montrer que l'Écriture ne nous recommande rien tant que cette candeur et cette simplicité qui réussit beaucoup plus heureusement et agit beaucoup plus simplement que toutes les finesses. Celui qui a signé depuis peu la censure de M. Arnauld en est une preuve visible, car tant s'en faut que cette lâcheté lui ait réussi, qu'il en est au contraire plus méprisé. Dernièrement, dans une assemblée de cinq ou six docteurs qu'il avait fait venir chez lui pour avoir quelque avis, l'un d'eux, qui était M. Des Lyons^ lui demanda s'il était vrai qu*il eût signé cette censure, et qu'il souhaitait fort en être éclairci par lui-même^ tant il avait de peine à se le persuader. Il lui répondit que oui, et qu'il avait cru le pouvoir faire en conscience, parce que la Sorbonne, en signant le formulaire s'était assez expliquée, ayant déclaré qu'elle ne condamnait la première proposition (à laquelle a relation cette censure) que dans le sens des huguenots. On envoya quérir l'acte de la Faculté, et on y trouva tout le contraire, n'y ayant rien qui témoigne plus d'emportement contre la vérité et contre les jansénistes. De sorte que le personnage demeura un peu bien confus, et dit pour toute réplique qu'on lui avait fait croire la chose comme il la leur avait exposée, et que c'était sur cela qu'il atait cru pouvoir signer. Sur quoi M. Girard, qui était de l'assemblée, prenant la parole, lui fit un rude reproche s'il serait permis de signer des choses qui regardent la foi et de condamner un innocent sur un ouï-dire. Une autre personne, à qui depuis on fit ce récit, répondit, moi présent, que M. Girard avait bien besoin qu'on lui fit à lui-môme un semblable reproche, après ce qu'il a fait pour cette paix prétendue.
« J'eus dernièrement un entretien avec la première personne du petit logis*, où je le pressai fort sur ce qu'il n'y
t. Le MallredeSacy, auteur de XaVie de dom Barthélémy des Martyrs.
avait que lui qui pût soutenir un peu de la conduite de M. Arnauld, et que je Ty croyais obligé en conscience, lui représentant beaucpup de petites injustices qu*on commettait contre M. Arnauld. Il écoula fort paisiblement ce que je lui dis et témoigna l'approuver, ajoutant que ce qu'il y avait de fâcheux en cela, c'est qu'on n'en parlait jamais que les choses ne finissent toujours par mettre les personnes en colère. Je lui répondis qu'en effet je le plaignais dans la place où il était; mais qu'après tout il n'y avait que lui qui le pût faire avec quelque fruit, parce que M. de Saint-Gyran n'écoutait presque pas les autres, et que tant qu'on laissait les personnes dans leurs préoccupations, ils s'accoutumaient tellement à croire avoir raison en tout, qu'ils croyaient enfin que ce leur était un droit acquis qu'on ne leur pouvait plus disputer, et obligeaient presque ainsi les autres à adorer ce qu'il y a en eux de plus faible. Il m'écouta, mais je pense néanmoins qu'il se servira plutôt de la personne qui vous écrit pour le faire. On parle do censurer une expression de son livre de Barthélémy où parlant du pape, il use du mot de puissance sur toute VÈglise.
« Je doute que cette nouvelle la réjouisse fort, mais en vérité je ne sais si nous en devrions être bien marris, car après tout, ce ne serait qu'une petite expression qu'il faudrait changer, et cette censure ne servirait pas peu sans doute à établir la vérité et à donner de la crainte à Rome, voyant que la Faculté de Paris serait ennemie jusqu'au scrupule de l'empire qu'ils tâchent de s'attribuer. Cependant il y avait déjà quelque temps que j'avais averti l'auteur que cette expression avait fait du bruit, et qu'il la faudrait modérer, mais toute la réponse que j'en eus fut que les règles de l'élocution ne permettaient pas d'entrer dans l'exactitude des termes de l'École, et il veut que : puissance dans toute V Église aurait été moins français que : puissance sur toute l'Eglise. F eui-èire néanmoins que ce serait mieux, et que d'une manière ou d'une autre, Dieu en tirera sa gloire.
« Je baise très humblement les mains de M. Nicole, et avec votre permission, j'offrirai ici mes respects à M. votre hôte. Je me recommande aussi bien fort à vos prières. Je prie Dieu qu'il vous soutienne toujours de plus en plus
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dans sa vérité, et qu'il vous comble de ses grâces, et je vous supplie de croire .que je suis entièrement à vous.
« Depuis ma lettre écrite, j'ai vu l'auteur, qui m'a dit qu'il souhaitait lui-même que cette censure se fît. Nous sommes aussi tombés sur la conduite de l'abbé, sur le sujet de la paix, où je me suis encore pleinement déchargé. Il a assurément beaucoup de bonté, et trouve bon tout ce qu'on lui dit, mais il faut se résoudre d'abord à fendre une glace à chaque fois qu'on lui parle, et Ton a peine à se résoudre à chaque fois de le faire.
« Il est demeuré persuadé de beaucoup de choses que j'ai pris la liberté de lui représenter ; mais sur le sujet de la paix, je ne l'ai pas vu en disposition d'y être si fort opposé. 11 dit qu'intactas et illabaias, etc., ne dit autre chose sinon que sans leur donner aucune atteinte et sans les contredire ^ei qu'on les traduirait ainsi. Je lui ai dit que puisque d'autres le pouvaient prendre autrement, et qu'ils avaient cru euxmêmes avoir besoin d'un autre acte pour s'en justifier, c'était une marque que les termes étaient ou douteux ou équivoques, et que c'était marquer ou peu de générosité ou de sincérité de ne pas prendre les plus clairs pour s'expliquer dans une cause qui regarde la foi et la piété. Que les saints qui avaient présenté des apologies aux princes payens lorsque la persécution était la plus chaude contre les chrétiens n'en avaient jamais usé de même, témoin saint Justin (il travaille présentement sur sa vie), qui met son nom et saqualilé à la tête de la sienne, et déclare nettement de quoi il parle. Que ceux qui ont agi depuis envers les papes, comme saint Bernard dans le concile de Reims, n'ont pas été ni moins sincères ni moins généreux, et que Ton trouverait partout que c'avait toujours été la marque des vrais défenseurs de la vérité de marcher la tète levée, au lieu que la conduite opposée est plus propre à ceux qui soutiennent l'erreur. Il dit à cela que les termes signifiant précisément ce que ces Messieurs prétendent, et eux-mêmes s'en étant expliqués par un acte exprès pour plus grande précaution, si on les prend autrement, ce n'est pas eux qui trompent le monde, mais le monde qui se trompe soi-même; et qu'en cas qu'on prétende le contraire, ils seront toujours reçus au second acte pour montrer qu'ils u'ont reçu que comme cela le premier, et qu'en efl'et les termes ne portent que
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cela. A quoi je lui ai répliqué : S'ils voulaient que le pape devant qui ils ont à se justifier les prît comme cela, pourquoi ne le lui pas dire nettement à lui-même, et s'ils sont bien aises qu'il ne s'en aperçoive point tout à fait et qu'il se flatte de quelque autre pensée, où est la sincérité? Je vous prie d'avoir la bonté de m'écrira quelque chose là-dessus pour fortifier ceci et satisfaire ceux qui croient que Ton peut en ces rencontres rendre quelque déférence semblable aux supérieurs qui ont failli, mais qui ne veulent pas avoir le démenti, afin de rentrer eu grâce avec eux et de donner la paix à l'Église. Car je crois pour moi que quand la faute est considérable et traîne une grande suite après elle comme celle-ci, tout ce qu'on peut au plus est de ne la leur pas reprocher, mais non pas d'aller encore après cela adorer la bête, pour me servir du terme de l'Écriture.
c Je lui dis de plus : Pourquoi aller mettre omnium noîninef 11 me répondis : il est assez notoire que deux personnes qui parlent à Paris ne peuvent pas répondre de ceux qui n'y sont pas. Et d'ailleurs chacun sait que M. Arnauld n'y a point de part, outre qu'ils s'en sont expliqués encore par le second acte. Je lui dis que c'était encore ce qui infirmait le premier que de l'expliquer par un second, il me répondit que c'était à M. de Comminges à le faire lui-même s'il ne s'en voulait pas contenter, puisqu'il les avait reçus l'un et l'autre. Mais, dis-je, s'il a voulu chercher en cela sa propre gloire et avoir l'honneur de la paix, il n'a pas pu être lui-même véritable, suivant l'arrêt prononcé par la bouche delà vérité même : Quiasemetipso loquiiur^ gloriam propriam quœnt; qui autem quœrit gloriam ejus qui misit eumy hic verax est, et injustiiia in illo non est ; ce qui marque qu'il n'y a dans l'autre ni vérité ni justice. Or est-il permis de se servir du péché d'un autre pour faire une action qu'on croirait même bonne, ou au moins y a-t-il lieu d'espérer que cela attire beaucoup de bénédictions ou sur la cause ou sur les personnes, vu que suivant les maximes de feu M. de Saint-Cyran et de l'Évangile même, tout dépend des principes? Il me répondit : « Ho ! monsieur, pour les personnes, « c'est en quoi l'affaire est heureuse, puisqu'elle n'engage « point les autres ; il n'y a que ces deux messieurs, et ils ont «cru pouvoir agir delà sorte, c'est à eux à voir s'ils ont eu raison »