‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 234 sur 455 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sentiment de M. l'abbé de Pontchâleaa touchant les articles de la paii. 11 les envoie à M. Hermant, qui témoigne être mal satisfait de tout le procédé. Embarras de M. Girard. Réserves des négociateur-î.

Le mystère de la paix commençait à se développer peu à peu par la découverte que quelques disciples de Saint- Augustin firent des articles de doctrine qui étaient demeu-

rés longtemps fort secrets parla réserve des négociateurs. M. l'abbé de Pontchâteau en ayant eu la communication ne put s*empécher d*eu déclarer son sentiment avec beaucoup de liberté à M. Arnauld par ce billet qu'il lui écrivit le 6 du même mois :

« Je vis hier les articles et je les lus, ce que je n*avais pu encore faire, ces Messieurs les tenant fort secrets. Je prendrai la liberté de vous dire la pensée qu'ils m'ont donnée.

« Sur le 5®, je me suis étonné qu*en parlant de la doctrine de la prédestination gratuite, il n'en soit parlé que comme d*une doctrine qui est d'une grande considération dans les écoles catholiques. 11 me semble que c'est un affaiblissement bien grand de traiter ainsi la foi de TÉglise, car pour moi, j'en suis persuadé, et je ne voudrais pas la traiter de la sorte. Mais ce qui me fait encore plus de peine, c'est qu'il semble par la suite de l'acte qu'on se contente que la doctrine qui y est rapportée ne soit pas condamnée, et qu'on reconnaisse que nous la pouvons soutenir, et si l'on y trouve quelque chose qui paraisse difficile à entendre, on l'expliquera. Je ne doute pas qu'encore que jles termes dont on se sert ne soient pas de saint Augustin, il n'y a rien dans le fond qui ne soit conforme à sa doctrine, mais je vous avoue que j'ai bien de la peine à digérer que l'on n'ait pas dit aussi fermement qu'on le doit croire que la doctrine de la prédestination gratuite et de la grâce efficace de J.-C. est la foi de l'Église. Car les molinistes demeurant d'accord comme ils ont toujours fait, au moins la plupart d'entre eux, que l'on peut soutenir la prédestination gratuite, ils feront croire que ce n'est qu'une tolérance, et qu'il est vrai qu'on n'est pas hérétique en soutenant cette doctrine, mais ils n'en demeureront pas là, et ruineront peu à peu la saine doctrine pour établir leur erreur dans l'Église. Je vous demande pardon si je parle si librement d'un acte que vous avez signé, mais je crois que vous avez assez de charité pour moi pour le souffrir et pour m'éclaircir mes difficultés, surtout en un temps où ces articles devenant publics et faisant partie de raccommodement, on sera peut-être obligé d'en dire son sentiment.

« M. Hermant n'avait rien su du détail de l'affaire, je lui ai mandé tout ce que j'en savais, et j'attends qu'il m'en mande son sentiment. Il m'a écrit qu'on pourra dire à ceux

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