LIVRE XXXIII
qui ayant engagé l'affaire seront peut-être cause de la persécution qu'on excitera contre ceux qui ne l'approuveront pas : Occidistis eos gladio filiorum Ammon. »
Ce fut ce jour là même que cet abbé envoya à M. Hermant une petite relation de ce traité de paix, lui témoignant un fort grand étonnement de ce que M. de Beauvais, son évêque, qui y avait tant d'intérêt n'en avait point été averti. Il en reçut cette réponse le 9 :
« Votre lettre du 6 est à mon égard ce que serait la lumière à un homme nouvellement sorti de prison ; car je vous avoue mon ignorance et mes ténèbres, et vous êtes le seul qui nous avez éclairés en m'apprenant le sujet de cet embarras nouveau dont on fait la réjouissance publique. Il est si grand pour ce qui me concerne en particulier qu'il faut me perdre et m'abîmer en me confiant en Dieu, si je veux sortir du mauvais pas que celte nouvelle me représente comme inévitable. Je vous avoue, monsieur, que cela est un peu surprenant. 11 y a sept ou huit ans que nous tc^chons d'entretenir ici la paix au milieu de la tempête, et de tenir dans Tunion des esprits que diverses considérations y ont engagés. Vous pouvez croire que cela ne s'est pas fait sans peine, et que les amis nous exercent souvent d'une manière plus rude et plus sensible que les ennemis. Cependant on nous veut déconcerter, et si votre lettre était tombée entre les mains de ceux qui y ont ici quelque intérêt, je ne vois pas que notre union pût subsister sans miracle. Le mépris avec lequel on nous traite, et l'indifférence que l'on affecte d'avoir pour ce qui nous touche choqueraient furieusement des personnes qui sont d'autant plus sensibles qu'il y a si longtemps qu'on les foule aux pieds. Aussi l'aîné des deux plénipotentiaires (M. l'abbé de La Lane) s'en est aperçu, et m'a mandé que l'arbitre et lui s'étant attendus l'un à Taulre sur notre sujet, ils n'ont point trouvé d'autre moyen de s'en disculper que de faire ici un voyage qu'il nous promettait pour cette semaine, mais il le différera sans doute jusqu'à la suivante, quand il saura l'occupation que le synode nous va donner dans deux jours. S'il exécute sa parole, il nous dira sans doute des choses extraordinaires, et peut-être se servira-t-il de ces termes : Aperiam in parabolis os meum, loquar propositiones ab initio. Il aura affaire à des hommes peu instruits.
car ces articles dogmatiques dont vous nous parlez nous sont des mystères inconnus. L'arbitre n'a écrit qu'une seule fois à celui dont l'autorité est si outrageusement violée. Mais ce ne fut qu'après la première rupture du traité, et, autant que l'on peut en juger, par l'espérance de nous trouver abattus et susceptibles de toutes sortes de propositions. Ce qui ne lui ayant pas réussi^ et le prélat à qui il s'adressait ayant remiâ jusqu'après Pâques leur entrevue qui se pourrait ménager dans le voisinage de Paris pendant le cours de ses visites, un profond silence a succédé à cette ouverture; de sorte que l'on s'est seulement servi de nous pour nous faire porter toute la haine ^e la rupture; et j'ai même su que comme j'ai passé pour le plus opiniâtre, on s'est arrêté à moi pour réduire notre ami à l'unité ou à la nécessité de se rendre. Dieu ne Ta pas encore permis, et ne le permettra pas s'il lui platt ; car ceux qui le voulaient vaincre sont déjà vaincus eux-mêmes par cette subtilité si peu conforme à la manière d'agir dont des théologiens et des prêtres doivent faire profession. Peut-être serons-nous heureux d'avoir été traités de la sorte ; et ceux [qui] nous exceptent nous ont obligés en nous ofiensant. Ne vous mettez pas en peine, monsieur, d'en écrire le détail à M. Taignier ; car je lui envoie la copie de votre lettre, et il y a plus de quatre jours que je me suis plaint des réserves que l'on a voulu avoir pour lui. Je crains un piège. Celui qui me le découvre m'en garantira s'il lui plaît. Ayez la bonté de le prier pour moi. »
Il n'y avait rien en ce temps-là de si inconstant que les discours et la situation de l'esprit de M. Girard sur toute cette procédure. Comme il voyait assez souvent la sœur Angélique de Saint-Jean, il paraissait avoir oublié à chaque instant ce qu'il lui avait dit dans la visite précédente, et cette religieuse, ne pouvant assez admirer une si subite contradition dans un même homme, en écrivait cette relation le 9 juillet à M. Arnauld son oncle :
« En attendant qu'on puisse vous faire tenir des lettres, il faut en écrire de provision, et vous faire le récit d'un nouvel entretien que j'ai eu avec M. Girard vendredi dernier. Rien ne me parut si horrible que de voir qu'on s'engage de jour en jour plus avant dans le précipice quand on a fait le premier pas. Il me témoigna qu'il avait eu du regret à