‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 236 sur 455 · LIVRÉ XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRÉ XXXIII

omnium nomine ; que eorum qui in hac causa versantur pouvait suffire, et n'était pas si fort contre la vérité. — Qandjele revis, je lui témoignai encore que cette fausseté me faisait de la peine. — 11 me répondit que c'était unechose inévitable, que leur acte ne servait de rien sans cela, et qu'on ne pouvait pas traiter si ce n'était au nom de tous. — Il ajouta cette fois-là que cela ne lui faisait nulle peine, et que s'il y eût eu quelque chose qui lui en eût fait dans l'acte, c'eût été intactas et illabatas, parce que cela faisait peine à plusieurs personnes, et se pouvait prendre avec trop d'étendue ; et que si c'eût été à recommencer, il eût voulu ne pas le mettre. Cette dernière fois, il m'a traité ces termes de très sûrs, et en me disant que ce n'était pas là votre difficulté, et qu'aucune personne de raison n'en ferait sur cette bagatelle ; que vous ne faisiez difficulté que sur ce qu'on promet, si quid prœterea^ etc. Voilà la contradiction, et comme la conscience s'accoutume. Mais ce que je vous vais dire vous va à mon gré paraître bien plus étrange. Il y a quelque trois semaines que prévoyant ensemble ce que le pape pourrait répondre, il témoigna qu'un bref de congratulation serait fort à craindre. — Je lui demandai encore comment ils se pareraient de ce coup à quoi ils s'exposaient. — Il me répondit qu'il y aurait encore un remède, qui serait de faire imprimer alors leur second acte pour prouver qu'on aurait mal pris leur sens si on pensait qu'ils eussent abandonné Jansénius. —Je répliquai que je douterais qu'on prit alors une telle résolution, qui ruinerait une paix toute faite, puisque l'on s'exposait à cela dès à présent dans la vue de contribuer à cette paix. — Il me répondit que s'il méritait bien que Ion eût cette défiance de lui qu'il manquât de courage, il n'y avait point de sujet de le craindre des autres amis plus généreux que lui ; et que pour n'en être point le maître, il en avait donné cinq copies aux plus forls, qui pourraient sans lui le publier s'il arrivait une occasion qu'il le fallût faire. — La dernière fois que je le pressai sur ce même sujets parce qu'il disait encore, ou qu'apparemment le pape ne répondrait point, ou qu'il le ferait ainsi. Savezvous ce qu'il me répondit en raillant? — Cela vous fait-il si grand'peur? Après tout, s'il n'était question que de cela, et que la paix en dépendît, je transigerais tout à l'heure. Quoi! il n'irait que d'une petite humiliation, nous serions

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catholiques par l'aveu du pape, et la foi serait à couvert dans nos articles. Je ne crois pas qu'il fallût être .si fort sensible à sa réputation que de rompre la paix sur cela. — Je fis paraître que cela m'étonnait beaucoup ; que ce serait abandonner l'innocence, non seulement de Jansénius, mais de soi-même, ce que je ne croyais pas permis. — Il dit qu'en effet cela n'était pas permis; mais qu'étant justifiés par leurs articles, le reste n'était qu'une calomnie qui ne faisait plus de tort à la vérité, et qu'il établissait la paix ; qu'il s'appliquerait alors ce que vous aviez dit dans un de vos écrits au temps de Sorbonne, où (vous) fîtes parler Jansénius, et lui attribuâtes les paroles de saint Bernard, qu'il se réjouit d'être le bouclier de Dieu ; qu'ils le seraient de même de la grâce efficace, qui était triomphante dans leurs articles. — Je ne pus m'empécher de dire que cela était parfaitement bien dit à saint Bernard et à quiconque souffre et est percé des traits de la médisance comme lui, parce qu'en effet la souffrance rend témoignage à la vérité pour laquelle on souffre ; mais que dans cette occasion où par ce qu'ils font ils se mettent à couvert, je trouvais qu'il leur conviendrait mal de se dire les boucliers de la vérité. — 11 dit qu'il serait toujours vrai en ce point que le pape aurait approuvé la grâce dans leurs articles. — Je répondis que ce serait en même temps la condamner dans leurs livres, et qu'eux se taisant elle voudrait une rétractation.— Je poussai cela bien fort; et il ne répondit pas bien. J'entends qu'il ne prouva pas bien, car il voulait se bien défendre ; mais au fond il est malaisé, car la conséquence est claire. — Voilà où il en est. Cela ne montre-t-il pas que quand on commence à s'éloigner de la voie, on en sort bientôt tout à fait?

« Mais sur votre sujet, parlant du tort qu'ont ceux qui disent que vous désapprouvez ce qu'ils ont fait, il dit qu'ils avaient d'autiint plus de tort que cela n'était pas vrai, et qu'il avait appris depuis peu vos sentiments par une voie très sûre, mais qu'il n'était pas à propos de dire, qui sont que vous ne trouvez rien à redire à la chose, mais seulement que vous trouvez l'entreprise hasardeuse, et que de plus vous avez mandé à M. SingUn que vous ne vouliez pas qu'on parlât de ce que vous n'en êtes pas. — Ce bruit court, et je crois qu'eux-mêmes le font et le répandent.

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