LIVRE XXXIII
Dieu me pardonne. — Il y aurait encore tant de choses à dire qu'il faut que je les laisse. — Seulement il faut marquer que sur ce sujet il me dit que s'ils avaient su d'abord que vous eussiez improuvé ce qu'ils ont fait, ils ne s'y seraient pas engagés, parce qu il est toujours fâcheux de se désunir; qu'à présent que Taffaire est engagée, il ne peut être que désavantageux pour vous qu'on dise que vous n'en êtes pas; puisque pour eux cela ne leur importe; qu'ils ne laisseront pas d'aller leur train, et que pour le caprice d'un homme ils n'abandonneront pas la paix de l'Église. — Mais ne vous oflfensez pas de ce qu'on vous traite ainsi ; les autres ne le sont pas mieux. — Sa sœur lui témoignant l'inquiétude qu'elle avait de tout cela, lui demanda si M. de Sacy l'approuvait : il répondit qu'il l'est timait pour un homme sage, mais qu'il ne se serait pas avisé de le consulter sur ces choses-là. — Elle lui demanda l'avis de M. de Sainte-Marthe qu'elle regardait comme un saint; il lui dit qu'en effet c'était un bon homme, bien propre à prier Dieu, et à sonner au clocher. — Je crois vous devoir tout dire, aûn que vousjugiez ce que c'est que cette personne. Je ne voudrais pas que d'autres que vous le sussent à qui cela ne servirait de rien.
M H faut quitter ce discours pour vous entretenir d'autres nouvelles que j'ai apprises depuis. Car j'écris à plusieurs fois, et je reprends ceci la troisième. 11 y a trois jours que M""e de Guéméné nous dit qu'elle avait vu M. de Paris; qu'elle lui avait demandé s'il était vrai que l'accommodement fût fait; qu'il avait dit que ces Messieurs s'étaient soumis au pape, que peut-être il ne ferait pas de réponse, et que les choses traîneraient. Elle répliqua si l'on ne rendrait point au moins les novices. Il dit qu'il fallait qu'il eût ses bulles pour cela, et qu'il ne s'attendait point de les avoir de ce pontificat. Elle lui demanda ce qu'il croyait qu'il répondrait.ll ditqu'il pourraitdemander de signer les bulles, ou faire un bref à peu près comme celui aux grands vicaires; que cela réglerait tout; et qu'alors il faudrait bien que les religieuses signassent; qu'elles n'étaient pas plus saintes que M. d'Alet, qui dit qu'il y a péché mortel de ne pas signer quand le pape le commande. — Elle lui dit que nous l'avions fait, et lui donna la signature. — Il dit que c'était trop raisonner ; qu'il fallait signer plus simplement.
352 MBMOlRiilS DE GODEFROl HEKMANT
« Le lendemaiQ elle vit M. Le Tellier. On parla encore d'abord de la chose. Il lui dit que les Jésuites manquaient bien d'habiles gens, qu'ils venaient de se méprendre dans l'accommodement, ne s'étant point aperçus que la soumission qu'on leur avait donnée ne disait rien plus que ce que les évêques comme M. d'Angers avaient écrit au pape ; mais qu'il fallait attendre la réponse ; qu'il les obligerait peut-être à signer; mais qu*il était assuré que vous n'en feriez rien. — Elle lui demanda comment il le pouvait savoir. — Il répondit qu'il ne le pouvait mieux savoir. — Elle insista pour Port Royal, si cependant on n'en aurait point pitié; qu'on les avait réduites à la nécessité de gagner leur vie. — Il se rit de cela, et dit qu'elles n'étaient pas si pauvres, qu'elles faisaient bâtir dans une ile. — Sur quoi elle s'écria que c'était une nouvelle calomnie; qu'il était temps de les laisser en repos; et qu'après avoir satisfait par leur signature à tout ce qu'on leur pouvait demander, on devait les avoir depuis laissées en repos. — Il dit qu'elles n'avaient pas signé; qu'on leur avait mené la main, qu'on n'avait garde de leur attribuer le tour qu'avait cette signature. — Vous voilà un peu plus informé de bien des choses, comme vous voyez. Et il n'est pas mauvais, par parenthèse, qu'il soit faux qu'elles n'aient nulle part à l'Isle.
« Le P. Ferrier fut, il y a trois ou quatre jours, trois heures avec M°" la marquise de Sablé, et ce serait un grand discours^ mais étrange de rapporter le narré qu'il y fit de l'accommodement; que cela ne s'était fait que par rencontre; que c'était M. de Comminges qui les en avait recherchés; qu'à ce qu'ils en avaient pu juger, les jansénistes, étant lassés de se voir si opprimés, étaient plus aises de revenir par une voie plus honnête d'accommodement que d'y cire contraints ; qu'ils avaient pris des mesures d'abord de convenir du sens de Jansénius ; sur quoi on leur avait tout d'abord manqué de parole; qu'il s'en fût retourné dès lors sans les instances que lui en avait faites M. de Comminges; que depuis ces Messieurs avaient donné des articles de leurs sentiments qui ne valaient du tout rien, et qu'il avait rejetés comme dangereux et pernicieux; que depuis ils avaient un peu changé, et qu'ils étaient pourtant tels qu'il n'en demeurait nullement d'accord; mais