CHAPITRE VI
Lettres de M. de Coramioges à M. d'Andilly et à M. d'Angers sur le traité de paix. Plaintes de M. le Chancelier contre les Jésuites. M. de Hoannez blâme la conduite des négociateurs.
Ceux qui liront celte histoire seront surpris que d'habiles théologiens aient pu se flatter si longtemps de l'espérance, pour ne pas dire de l'assurance de la paix dans toutes ces circonstances qui la leur devaient faire regarder comme infaisable. Mais on sera encore beaucoup plus surpris que M. de Comminges, qui avait incomparablement plus d'expérience qu'eux des choses du monde, se soit entretenu si longtemps de cette pensée, qui parait dans deux de ses lettres datées du 13 juillet, dont l'une était écrite à M. d'Andilly et l'autre a M. d'Angers. Voici la copie de la première, extraite de l'original : « Je vous envoie la réponse à l'admirable lettre de M. d'Angers. Vous verrez comme je me soumets à vos pensées, et que je demeure parce que vous le jugez nécessaire. Ce n'est pas que je ne me trouve étrangement embarrassé d'être ici sans y avoir d'action ni de loisir. Je n'y ai point d'affaires, et cependant je suis occupé de tant de choses inutiles qu'il ne me reste qu'à gémir de la perle de mon temps. L'hôtel de Nevers, où nous parlons quasi toujours de vous, me console uniquement. Mais encore y vient-t-il tant de monde qui m'ôte cette douceur que vous savez si bien goûter dans la communication intime avec vos amis, qu'à peine y puis-je avoir des moments libres. Voilà mon état ; plaignez m'en, je vous en conjure, et faites-moi savoir par vos très agréables lettres que vous compatissez à ma misère.
« Je crois que vous savez que M™* de Motteville* a lu à la
1. Françoise Bertaut, veuve de Nicolas Langlois de Motteville (1615- 1689), et auteur des Mémoires sur Anne d'Autriche.
358 MÉMOIRES DE GODEPROl HERMANT
reine-mère ce que vous lui avez écrit. Sa Majesté l'a fort bien reçu. Je lui ai fait demander par cette même dame la permission de lui rendre compte de ma conduite dans notre grande affaire. Elle a répondu qu'elle m'écouterait volontiers, mais que j'attendisse encore quelques jours qu'elle ait un peu plus de force. M« de Motteville dit qu'elle approuve notre ouvrage ets*en réjouit. Cela nous doit donner une très grande estime de sa justice, de sa piété et de sa fermeté dans les bonnes choses. Car je sais qu'elle n'a pas manqué d'être violemment tentée par beaucoup de gens qui, ne craignant rien tant que la fin des divisions de l'Église, déclament publiquement contre ce qui s'est fait. Je vois bien qu'ils n'ont pas assez peu de religion pour souhaiter que l'Église soit divisée ; mais ils ne peuvent souffrir que la paix soit procurée par d'autres voies que par celles qu'ils se sont imaginées, et qui ont jusqu'à présent produit tout un contraire effet. Ce qui me console est que les RR. PP. Annat et Ferrier sont fermes comme des rochers, et que toutes ces tempêtes ne les émeuvent point. Cependant la rupture de raccommodement des affaires de Rome m'épouvante et me fait craindre que le retour de M. le duc de Créquy en ce pays, et de M. Rasponi en Italie, ne jette bien loin la conclusion de notre affaire. Dieu est le maître ; c'est sa cause. Reposons-nous sur sa Providence, et n'ayons aucune confiance en la prudence humaine.
« Bonjour, mon cher monsieur, mon cœur est en vérité pour vous tel que je sais que vous le désirez.
« Je ne sais si vous savez que Mlle Perriquet * a mené le P. Ferrier chez M"»« la marquise de Sablé. » ' La lettre à M. d'Angers, dont on a aussi l'original, contenait ce qui suit :
« Monseigneur,
c Vous me permettrez s'il vous plaît de vous dire que vous n'êtes pas assez juste distributeur des louanges quand vous m'en donnez pour une chose en laquelle j'ai si peu de niérite. Il est vrai, monseigneur, que la paix de l'Église est un très grand bien et qu'on ne peut en ce monde rien désirer de plus grand. Mais cette paix ne doit-elle pas être
ii Marie Perriquet, amie de Mme de Sablé, morte vers 1668<