‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 241 sur 455 · LIVRE XXXIIT · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIIT

qui se passe ici, il serait bien en colère, et je ne sais pas ce qu'il ferait. On dit d'ordinaire que jamais Tun ne perd que l'autre ne gagne. Il est bien de même ici. Car la réputation de M. Arnauld est augmentée de toute celle que les autres avaient, qui est réunie présentement en sa personne. M">« de Sablé a été bien aise de voir le P. Ferrier, et elle a trouvé le moyen de le faire aller chez elle. 11 lui a dit une infinité de choses qu'on m'a rapportées, mais cela serait trop long. Je vous dirai seulement ce qui est de plus remarquable.

€ Il dit positivement et formellement qu'il n'avait point approuvé les articles sur la foi. Et sur ce qu'on lui objecta que tout le monde disait qu'il n'y avait eu de difficulté que sur le mot posse^ sur lequel on s'était expliqué, et qu'ainsi on était demeuré tout à fait d'accord, il dit qu'il était vrai qu'il y avait eu dispute sur le moiposse, et qu'on était convenu, mais qu'il ne demeurait pas d'accord de tout le reste, et qu'il n'avait garde d'approuver cette confession de foi pleine d'erreurs, d'équivoques et ambiguës, et qui se pouvaient expliquer de différentes manières. H ajouta aussi que M. de Comminges avait envoyé cette déclaration au pape avec la soumission de ces messieurs, et qu'il craignait bien que cela ne rompît l'accommodement, parce qu'il croyait qu'on n'approuverait pas à Rome une chose si pleine d'équivoques. Et sur cela M"»® de Sablé lui ayant témoigné qu'elle craignait que l'accommodement ne se fît donc pas, il lui dit d'un ton négligé et en souriant : t Si fait, si fait, il se fera, et il ne peut pas manquer de se faire, car ces messieurs ont déclaré qu'ils recevaient les bulles, et que si le pape n'était pas content de cela, qu'il n'avait qu'à dire ce qu'il désirerait, et qu'ils étaient prêts de faire tout ce qu'il demanderait d'eux ; ils ne manqueront pas de s'y soumettre, de sorte que l'accommodement ne peut manquer. 11 y a pourtant beaucoup de personnes qui disent qu'ils s'entendent bien, et que si le pape demande d'eux quelque autre chose que ce qu'ils entendent, ils sauront bien n'accorder que ce qu'ils ont entendu. Mais pour moi, je les crois trop sincères pour manquera la parole si formelle qu'ils ont donnée de faire tout ce que le pape voudrait. Il dit qu'il a écrit à Rome pour trois choses : la première, qne le pape écrivît un bref à M. de Comminges, plein de louange et dé gratulation. La seconde, qu'il prie qu'on traite doucement ces messieurs.

La troisième, que si le pape ii*est pas content et qu*il demande quelque chose au delà de ce qu'on a fait, que ce soit en termes si généraux que tout le monde en soit content. »

« 11 vint ensuite à parler du fond des matières; il dit quantité de choses sur le mystère de la prédestination; entre autres, sur ce passage de saint Paul que : Dieu a haï Esau etc., il dit que saint Augustin expliquait ce passage comme si saint Paul avait seulement voulu dire que Dieu avait moins aimé Esail que Jacob, comme quand Notre-Seigneur dit dans TÉvangile : qu'il faut haïr son père, etc. Mais ce qu'il dit sur ce sujet de plus remarquable, ce fut que la doctrine de la grâce efficace par elle-même n'est la doctrine d'aucun Père, et ne se trouvera dans pas un des Pères, et que la doctrine de l'Église était celle que lui et tous ceux de sa compagnie tenaient.

« M. de *** a dit à MM. *** qu'on lui avait fait reproches que ces Messieurs abandonnaient Jansénius, et qu'il avait répondu que M. Arnauld avait bien abandonné saint Augustin pour saint Thomas.

« M. de Laon se raille tout franchement de l'accommodement; il rit quand on lui en parle, et dit qu'il ne sait pas qui a raison, mais qu'il sait bien qu'après avoir contesté vingt ans, ils ont accordé tout ce qu'on leur a demandé et que cela s'appelle faire la cacade.

« M. Girard a dità M. Du Buisson qui lui demandait comme il avait pu promettre qu'il garderait les bulles illabatas atque inlactas^ qu'il entendait qu'il ne les déchirerait pas.

« M. de Paris m'a dit que lesJésuites avaient contesté sur le formulaire de foi, et qu'ils avaient voulu qu'on se servit de leurs termes et expressions, ce qui ne changeait pas le sens du formulaire, à ce qu'il dit, mais j'en doute fort. On leur dit qu'ils ne pouvaient pas s'opposera ces expressions, puisqu'on se soumettait au pape, lequel corrigerait les défauts qui sont dans ce formulaire. Tout plein de zèle et de foi qu'il était, il me dit qu'il espérait qu'il y aurait une bonne réponse du pape, puisque la vérité serait renversée sans cela, et que Dieu avait promis qu'elle ne périrait point. »

Il était difficile que ceux qui ne voyaient les choses que de loin pénétrassent dans toutes ces ténèbres, puisque ceux-

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