LIVRE XXXIIl
Sainteté confirmât le formulaire, mais je sais fort bien que M. de Créquy n'avait charge de faire cette instance qu'à Toc. casion de notre rupture avec le P. Ferrier, de laquelle le roi était alors indigné, et prenait occasion de nous regarder comme des gens irréconciliables et qui ne voulaient point de paix. Ainsi ce qu'a dit M. Le Tellier eût été sans le renouement ; mais cela n'est plus à craindre, les choses étant renouées, et le roi satisfait de nous. Tout ce que je conclus du discours de M. Le Tellier est que nous devons avoir beaucoup de joie d'avoir agi comme nous avons fait, puisque sans cela il eût été inévitable d'être pressés de signer le formulaire par l'autorité du pape, au lieu que maintenant cela n'est nullement à craindre, l'accommodement n'étant fondé que sur la suppression du formulaire, dont on ne pourrait nous parler dans l'état où sont les choses qu'en violant ouvertement le droit des gens, et en rendant notre résistance plus favorable qu'elle n*a jamais été.
« Ce que M. Le Tellier a ajouté, que si le pape ne fait point de réponse, les évêques continueront d'exiger la signature du formulaire, est peut-être sa pensée, mais je suis certain que ce n'est pas celle du roi, qui dit positivement à M. de Comminges que si le pape n'exigeait rien, les choses demeureraient dans l'état où notre acte les avait mises, et que TafTaire finirait. J'ai pourtant peine à croire que M. Le Tellier se soit exprimé d'une manière si crue; et s'il en faut juger par les discours qu'il a tenus, il n'a voulu dire autre [chose] sinon que notre accommodement n'ôtera pas ?^\i\ autres évoques le droit d'exiger les signatures si le pape ne parle point, ce qui est vrai en soi, M. de Comminges n'étant pas le supérieur de ses confrères. Mais assurément M. Le Tellier n'a point dit qu'on contraindrait les évêques d'exiger la signature du formulaire si le pape ne répondait point. Or, si on ne contraint point les évêques d'exiger la signature du formulaire, nous serons entièrement à couvert dans le diocèse de Paris, puisque notre prélat futur est de ceux avec qui nous avons traité, et qu'en entrant dans la négociation il a volontairement renoncé au droit de rien demander sur le formulaire.
« Il est aussi bon d'observer que M. Le Tellier a de la peine qu'une aussi grande affaire que la nôtre ait été terminée VI 24
sans la participation des évoques et des docteurs qui y sont intéressés. Ce fut pour cela qu'il proposa rassemblée des prélats après avoir appris de M. de Comminges le succès «le l'entreprise, et il se peut faire que ce qu'il a dit à M™* de Sablé soit ce que M. de Comminges répond lui-même aux évéques qui se plaignent, savoir qu'on ne leur ôte point le droit d'exiger le formulaire si bon leur semble, et qu'ils sont toujours les maîtres chez eux, mais que l'expérience ayant fait voir que le formulaire n'est pas propre à procurer la paix de l'Église, ils ne doivent pas trouver mauvais qu'on ait essayé un autre moyen.
a Voilà où je réduis ce qu'on m'a rapporté du discours de M. Le Tellier, et je ne vois point qu'il ait un si mauvais sens ; mais quand il l'aurait, il me semble que je n'en serais pas moins calme. Car si le pape ordonnait la signature du formulaire, nous aurions un prétexte très apparent de résister, puisque notre acte ne met point le pape en droit d'exiger de nous rien de pareil, et qu'il l'exclut même positivement par la clause de limitation qui y est insérée. Si, le pape ne répondant point, les évéques entreprenaient d'euxmêmes de faire revivre le formulaire, notre défense serait encore plus spécieuse, savoir qu'ayant rendu le pape juge de notre foi, et lui ayant fait nos soumissions, les prélats qui préviendraient son jugement feraient injure au Saint-Siège qui est saisi de l'affaire; l'envoi solennel de nos pièces fait par lé consentement du roi étant plus suspensif que les appels les plus authentiques.
«J'ai cruvousdevoir informer de toutes ces particularités purce qu'on m'a dit que vous étiez inquiétée du discours de M. Le Tellier. Si vous savez quelques autres particularités, je vous supplie de m'en faire part afin que nous prenions nos précautions. »
Le songe de M. Girard durait trop longtemps, et c'est avec compassion [que l'on voit] que tant de bruits n'avaient pas la force de le réveiller, et que le pape seul était capable de le faire sortir de son assoupissement.
M. Feydeau, qui était à Paris comme les autres, en par* lait avec un peu plus de retenue. Il avait écrit à M. Taignier dès le 17 de ce mois qu'il n'avait pu s'empêcher de le conjurer d'y revenir au plus tôt ; qu'il n'y voyait aucun péril et avait peur que, s'il différait, on ne le confondît avec les