‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 249 sur 455 · LIVRE xxxin · texte numérisé non relu

LIVRE xxxin

Mais on ne peut rien faire en cela sans vous, et vous êtes en effet le seul avec qui il faut traiter, parce que tout ce que vous ferez sera reçu et approuvé par tous les docteurs interdits, et eux ne veulent ni ne peuvent rien faire que par vous et avec vous. S'il ne s'agissait que de votre seule personne, vous pourriez peut-être y avoir plus d'indifférence, mais il y en a tant d'unis avec vous et d'intéressés en votre cause qu'il ne se peut pas faire sans doute que vous ne fassiez tout ce que la vérité et la conscience vous permettront. Vous ne connaissez que trop la peine que plusieurs souffrent de se voir exclus, et vous seriez fort fâché de leur avoir donné occasion de se plaindre, s'ils voyaient que vous ne fissiez pas tout ce qui dépendrait de vous, selon les règles de la vérité et de la justice, pour aider à les délivrer. Je vous parle avec d'autant plus de liberté que vous savez que, par la grâce de Dieu, je n'ai aucune impatience ni aucune tentation sur cela, et que tout ce que vous ferez me paraîtra toujours fort juste et fort raisonnable. Je vois à la vérité beaucoup de difficultés dans cette affaire, mais je ne les crois pas invincibles. Car pour le droit, il sera assez aisé de convenir, et on pourra trouver sur le fait des termes que vous pourrez passer et qui satisferont.

« C'est un étrange changement quand l'inclination du roi paraît et qu'elle appuie la vérité et la justice, et l'on voit par la disposition du plus grand nombre des docteurs qu'il y a tout lieu d'espérer que la pluralité approuvera les propositions dont on sera convenu. C'est pourquoi je ne doute point que, quelque résolution que vous preniez d'être plus éloigné et plus inconnu que vous n'avez jamais été, vous n'accordiez ce que tous vos amis vous demandent, de vous approcher d'ici et de vous mettre en état de conférer avec qui il faudra.

« Je crois que vous jugerez à propos de tenir votre voyage forl secret. Nous n'en parlerons ici qu'à ceux qui ont intérêt de le savoir. J'écrirais aussi à M. Nicole si cette lettre suffisait. Il recevra s'il lui plaît mes très humbles baisemains. Je vous salue de tout mon cœur et prie Dieu que tout réussisse pour sa gloire. »

Cette nouvelle ouverture n'était qu'un nouvel embarras pour M . Arnauld, que l'on ne cessait de fatiguer par de telles propositions qui, dans le fond, n'étaient que de belles idées.

376 MÉMOIRES DE GOBEFROI BERNANT

Néanmoins les personnes qui lui étaient les plus intimes dans Port-Royal ne laissaient pas de les écouler ; parce que M de Lnçon ayant agréé que M. Des Lyons, doyen de Senlis, en traitât, on croyait qu*il ne le faisait pas sans la participation de M. Colbert, ni que M. Colbert voulût y entrer sans Tagrément du roi même. Ce fut ce qui porta M. de Sacy à en écrire cette lettre à M. Arnauld, le 29 juillet :

« Il serait inutile de vous répéter ici le détail de TafiTaire dont celui qui va vous trouver vous entretiendra, puisque d'autres qui sont mieux informés vous en écrivent les particularités. Je vous dirai seulement que je ne pense pas que, l'ayant bien considéré, vous trouviez difficulté à revenir ici présentement. La proposition même vous en est très avantageuse, et elle se fait sans la participation ou d'un entremetteur qui ne vous agréerait pas, ou des parties de la bonne foi desquelles il n'y a pas lieu de s'assurer. L'entremetteur qu'on a choisi paraît favorable pour beaucoup de choses. Et quoique dans la suite de cette affaire, il se puisse mêler des incidents importants qui pourront former quelques diffi'. cultes, néanmoins il semble que c'est une nécessité très heureuse que d'y entrer en la manière qu'on y entre, et qu'il y a lieu d'en espérer de grands avantages. C'est pourquoi je ne crois pas que vous mettiez en doute votre retour, après avoir bien consulté devant Dieu ce qu'on vous mande et ce qu'on vous pourra dire. Vous verrez bien que le secret est absolument nécessaire pour cette affaire. On y sera ici très exact, comme on l'a désiré absolument, et nous ne doutons point que vous n'en usiez aussi de même.

« Je vous avoue que, sans cetle occasion, j'avais déjà résolu de vous écrire pour vous supplier de hâter votre retour. Il « s'est passé ici, et il se passe tous les jours des choses qui nous font bien voir que si l'éloignement est quelquefois nécessaire, il est toujours très fâcheux pour beaucoup de choses. Je prie Dieu qu'il vous conseille et qu'il vous ramène, et qu'il nous donne bientôt la joie de savoir votre retour.

«Je salue de tout mon cœur M. Nicole et suis tout à vous.

« Je ne doute pas qu'il ne vous vienne aisément dans la

pensée qu'encore que de vous-même vous vous missiez peu

en peine de rentrer par ce moyen dans l'état et dans le lieu

dont on vous avait éloigné par une si grande violence, vous

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