CHAPITRE XI
Délibération de la Faculté de théologie touchant Tarrôt de M. Graodin contre M. de Flavigny.
Depuis que la nouvelle de Tarrôt du Parlement obtenu par M. Grandin, sur une simple requête, pour lier les mains à la Faculté de théologie en lui interdisant Texamen de la thèse du collège de Clermont touchant Copernic eut été répandu dans Paris, et que Ton sut que M. do Klavigny avait été mandé au Parlement en vertu de cet arrêt, on élai
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dans une grande impatience de voir ce qui se passerait sur ce sujet dans la prochaine assemblée des docteurs. Plusieurs personnes, qui ne savaient qu'en général ce que c'était que le tribunal de l'Inquisition de Rome, que la France avait toujours eu en horreur, en venaient d'être instruites plus particulièrement par l'avis que M. de Flavigny venait de faire imprimer avec quelques réflexions, et par une lettre française qui venait tout fraîchement de sortir de la presse pour éclaircir cette matière; et il y avait peu de personnes désintéressées qui ne parlassent avecchaleurde l'obligation que Ton avait en cette rencontre de la nécessité de conserver les libertés de l'Église gallicane, qui ne concernent pas moins le repos des peuples que Tautorité de nos rois.
Dans l'assemblée de la Faculté qui se tint en Sorbonnele l""" jour d'août, M. de Mince rapporta à ses confrères ce qui s'était passé quelques jours auparavant par Parrôt du Parlement qui leur avait été signilié, et qui défendait aux docteurs de mettre en délibération aucune chose qui n'eût été proposée par le syndic; et qui obligeait M. de Flavigny de venir au Parlement rendre raison de la liberté qu'il avait prise de déférer lui-même à la Faculté de théologie sans se mettre en peine de cette formalité. Et dès que l'on vit que cet arrêt était rendu sur la requête de M. Grandin, il s'éleva un très grand murmure contre lui, et plusieurs de ses confrères, en très grand nombre, lui reprochèrent d'avoir abusé (le la qualité de syndic pour opprimer la liberté de son corps ; au lieu que la charge qu'il occupait n'avait été établie que pour conserver les droits de leur compagnie. Il voulut s'en justifier par un grand discours en prolestant que cette accusation était mal fondée, et que sa requête ne tendait à jiutre but que de repousser l'injure que M. de Flavigny lui avait faite en le maltraitant dans son écrit. Il allégua pour se disculper l'exemple de M. de Saint-Amour, qui seul s'était autrefois opposé à la délibération de tous les autres docteurs pour régler le nombre des suffrages des moines, et, contre l'intention de toute la compagnie, avait porté au Parlement ses plaintes sur cette affaire. Sou apologie ne ^(irvit qu'à accroître l'indignation de ses confrères, et à faire lier hautement que c'était un traître qu'il fallait déposer incessamment du syndicat, pour éviter de plus grand maux que la Faculté avait sujet de craindre do sa conduite, s'il
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demeurait plus longtemps dans cette charge ; qu'il fallait qu'il se retirât promptement de l'assemblée, et qu'il donnât lieu par son absence à la liberté de la délibération. Il essuya toutes ces injures sans dire mot, parce qu'il se sentait appuyé d'une faction puissante, et éluda par sa patience et par le secours de ses amis la proposition si honteuse de son abdication.
Comme l'on en vint aux avis, Messire Eustache Le Clerc de Lesseville, évéque de Coutances en Normandie, docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne, et qui, d'aumônier du roi s'était fait autrefois conseiller de la Cour du Parlement, blâma fort cet arrêt, dit qu'il était contre les formes; qu'il fallait s'y opposer ; que chaque docteur avait droit de proposer à la Faculté ce qu'il jugeait à propos pour le bien public, comme chaque conseiller du Parlement peut proposer à la Cour lorsque le Procureur Général ne fait point son devoir. Qu'il fallait en porter ses plaintes au roi pour lui demander la liberté de censurer cette thèse, et lui représenter que par cet arrêt du Parlement, on ôtait à la Faculté le moyen de défendre la vérité, de condamner les erreui*s et les hérésies, d'y opposer une juste et vigoureuse censure, et de résister aux nouvelles opinions qui tendent à détruire l'autorité du roi, et à fouler aux pieds l'autorité souveraine que Dieu seul lui a donnée. Un avis si fort, donné par une personne si faible et si étroitement attachée aux Jésuites, surprit tous ceux qui le connaissaient. Car on l'avait vu souvent avant son épiscopat au sortir des vêpres de Sorbonne, aller au collège de Clermont dans les bounes fêtes de l'année, pour assister aux exercices de la Congrégation de ces Pères dont il était, quoique, dans sa première jeunesse, ses intrigues lui eussent fait tenir autrefois le rang de recteur dans l'Université de Paris. On l'avait même toujours vu attaché au parti de M. Duval, le principal appui de la doctrine de l'infaillibilité du pape, et un changement si subit causa un assez grand étonnement parmi les docteurs.
M. de Mince fut d'avis de déposer M. Grandin, et de faire un autre syndic sur le champ.
M. de Bréda trouva un milieu, et fut d'avis que l'on présentât requête au Parlement, parce que cet arrêt avait été donné sans la participation de MM. les gens du roi. Que si
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on n'y avait point justice, on irait ensuite la demander au roi. Que cependant M. de Mince et les autres commissaires iraient la demander à M. le Premier président lui-même, au nom de la Faculté, et s'adresseraient aussi à MM. les gens du roi, pour les supplier de faire révoquer présentement par leurs soins et leurs entremises un arrêt que M. Grandin n'avait obtenu que par surprise et par artifice, et qu'il fût permis à l'avenir à la Faculté de théologie de rendre à l'Église et à l'État tous les services qu'elle avait accoutumé de lui rendre en de' pareilles occasions pour la conservation de la véritable doctrine ; et que si tout cela ne servait de rieA, on se jetterait aux pieds du roi pour lui demander justice. Cet avis fut suivi, et M. de Coutances nommé pour porter au roi la parole de la Faculté.
Cependant M. Grandin, qui savait la résolution que l'on avait prise du mois d'août précédent, de s'assembler extraordinairement pour cette affaire, alla prévenir M. Messier, doyen de la Faculté, pour lui dire qu'étant sur le point de faire un voyage à Noyon, où il serait obligé de demeurer jusqu'à la fin du mois, il le priait de ne pas permettre qu'on s'assemblÂt pendant son absence.
M. Messier lui engagea sa parole, et lorsque M. de Mince le pressa de convoquer les docteurs, il le refusa absolument, et s'excusa sur la promesse qu'il avait faite au syndic.
Messieurs les gens du roi témoignèrent beaucoup de douleur de ce qu'on leur avait ôté la connaissance de cette affaire par un arrêt prononcé furtivement; que les docteurs avaient raison de s'en plaindre, et qu'eux-mêmes s'en étaient aussi plaints à M. le Premier président, mais qu'il les avait priés de n'en point parler à la Cour, et leur avait demandé quelque temps pour terminer cette affaire à l'amiable. Que s'il ne le faisait point, ils les assurèrent que, de leur part, ils ne manqueraient point à leur devoir.
Lorsque les cinq docteurs députés par la Faculté pour cette affaire, le P. Louvet qu'on avait nommé le sixième ayant été rélégué, furent introduits chez M. le Premierprésident, M. de Mince, qui était le plus âgé de tous, portant la parole, lui représenta qu'ils étaient envoyés vers lui par la Faculté pour tâcher d'obtenir de son équité la révocation de l'arrêt qui avait été donné sur la requête de M. Grandin contre la liberté et Tusage ordinaire de leur
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corps, et pour faire dire qu'il leur fût permis, comme il l'avait toujours été à tous les théologiens, de proposer à leur compagnie et de lui donner avis selon qu'ils le jugeraient à propos, ou pour leur utilité particulière, ou pour l'avantage de la Faculté, ou pour le bien public, selon qu^il avait toujours été pratiqué par leurs prédécesseurs, qui leur en avaient laissé des exemples dignes de louanges. Qu'il le priait cependant de lever la défense qui leur était faite d'en user ainsi, et qu'il leur fût permis, àeux qui lui faisaient cette prière et qui avaient été commis et députés par la Faculté pour cet effet, de dire leur sentiment touchant la thèse du collège de Clermont après l'avoir examinée, et de l'exposer au jugement des autres docteurs dans rassemblée prochaine. Qu'ils n'ignoraient pas qu'ils parlaient à un magistrat qui avait lui-même donné cet arrêt par l'inlérét personnel qu'il pouvait avoir dans cette affaire; mais qu'il y avait lieu d'espérer qu'agissant en juge, et en juge souverain, il se dépouillerait entièrement de toute affection particulière, et ne prendrait pour règle de sa conduite que l'amour du bien public, et n'aurait point d'autres sentiments que ceux qu'exigeaient de lui le roi, l'État, l'Église, la vérité et la justice.
M. le Premier président, ayant écouté paisiblement ce discours, les pria d'abord d'être fort persuadés qu'il ne faisait rien en cela par aucun intérêt particulier, et n'avait en vue que le bien public, et l'avantage de la Faculté même de théologie de Paris; qu'il était de la dignité de leur école de conserver l'honneur du doyen, du syndic et des anciens docteurs, de faire que tout se passe parmi eux selon l'ordre et les règles de la discipline ; que chacun demeure dans les bornes de sa fonction ; que le syndic propose aux autres les choses dont il est à propos de délibérer, et que les autres l'écoutent; que les anciens docteurs opinent les premiers et les jeunes les derniers, chacun dans son [rang]*; que l'ordre donne de l'éclat aux choses, et qu'une licence tumultueuse est capable de gâter tout; que ce serait un désordre étrange s'il était permis à tous les docteurs de dire tous à la fois ce que chacun d'eux en particulier se serait mis dans l'esprit; que leur compagnie deviendrait