LIVRE XXXIII
une assemblée de fous et d'étourdis, et ne serait plus un corps composé de graves théologiens; qu'il était donc plus à propos qu'ils déférassent à l'arrêt du Parlement, que le seul syndic eût la liberté de proposer à l'assemblée ce qu'il serait à propos de faire ou dont il faudrait délibérer, à moins que le syndic négligeât ou refusât de faire son devoir après en avoir été averti. Que cela ne s'élant point observé pendant la délibération qui s*était faite sur ces thèses de mathématiques, il la fallait considérer comme non faite. Comme M. le Premier président s'étendait sur cette matière avec tout l'esprit et l'éloquence qui venaient ordinairement à son secours dans les affaires les plus difficiles, M. Morel, qui n'a jamais su commander à la colère, prit la parole et se plaignit de ce que la liberté de leur école était opprimée par cet arrêt; qu'on les privait de la liberté si louable dont ils avaient toujours joui jusqu'à ce temps-là; qu'on chargeait leurs épaules d'un joug tout à fait insupportable, et qu'on assujettissait tout le corps à la discrétion d'un de ses ministres; que le syndic n'était autre chose qu'un ministre de la Faculté; qu'elle avait nommé et choisi elle-même ainsi qu'elle avait jugé à propos, et qu'elle pourrait déposer quand il lui plairait. Que ce serait une chose étrange que M. Grandin, en qualité de syndic, eût le pouvoir de brider tous ses confrères, et que personne n'osât ouvrir la bouche pour s'en plaindre, quand même on verrait périr toutes choses par un renversement manifeste ; qu'il fallait voir sans dire mot que les hérésies se répandissent de toutes parts ; que la foi de l'Église ou le bien de l'État fussent exposés aux derniers périls; que la Faculté de théologie fût ruinée de fond en comble; que les docteurs ne le souffriraient jamais et ne subiraient pas la servitude à laquelle un de leurs ministres tendait visiblement à les asservir. M. Guischard dit qu'il fallait avouer que c'était une chose tout à fait embarrassante et contre la bienséance, de voir que plusieurs docteurs tout à la fois fissent des propositions à la Faculté, et que les plus jeunes même se donnassent quelquefois cette liberté. Que le Parlement avait raison de réprimer cette licence pour éviter les contestations et le trouble, et de commettre au seul syndic la liberté de proposer ce qu'il jugerait à propos. M. Guyart, qui ne voulait pas moins flatter M. le Premier président que ce con-
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frère, ne se contenta pas de dire la même chose que lui, mais il ajouta même de son chef que tous les docteurs n*étaient point d*accord sur le différend dont il s'agissait; que les uns demandaient que Ton censurât la thèse du collège de Clermont, mais que les autres n'étaient point de cet avis. M. de Mince Tinterrompant lui dit : « Est-ce que M. Morel et moi nous voulons imposer dans cette résolution ? Ou n'imposez-vous pas vous-même, vous qui ne pouvez nier d'avoir été nommé par toute l'assemblée de la Faculté, avec M. Guischard et M. Fortin que vous voyez, et avec le P. Louvet, de l'ordre de Citeaux, pour discuter et examiner avec nous les thèses dont il s'agit, et pour dire votre sentiment touchant l'Inquisition de Rome ? Pouvez-vous nier que vous n'ayez encore été nommé par la même Faculté, le premier jour de ce mois, pour vous plaindre avec nous du procédé de M. Grandin. et de l'arrêt qu'il a obtenu par surprise, et pour demander qu'il nous soit permis d'exécuter la commission qui nous a été donnée par tout notre corps d'examiner la thèse du collège de Clermont, d'en dire notre jugement et d'en faire notre rapport? Est-ce ainsi que vous remplissez votre devoir, et que vous vous acquittez de la commission que vous avez acceptée sans contrainte et sans violence? Est-ce ainsi que vous dégagez votre parole après l'avoir donnée si publiquement? Qu'appelle-t-on prévarication, si ce que vous faites ne mérite pas ce nom? »
M. le Premier président jetait souvent les yeux sur M. Fortin, et attendait de quelle manière il parlerait en cette rencontre. Mais ce docteur lui témoignait par quelque léger mouvement de ses yeux qu'il affectait le silence pour laisser parler ses anciens. Enfin, après que ce grand magistrat l'eut pressé par plusieurs fois de déclarer son sentiment, il le salua avec respect, et dit que tous les gens de bien étaient obligés de lui donner des marques sensibles [de] leur éternelle reconnaissance pour les bienfaits signalés dont toute l'Université lui serait toujours redevable, et pour les services si considérables qu'il avait rendus à l'Église, à J.-C. (sic), à l'État et au roi très chrétien. Qu'en effet personne ne pouvait ignorer que ce qui avait été défini avec tant de sainteté, de force et de constance depuis quelques années contre les erreurs des doctrines étrangères, avait été fait et arrêté principalement par sa sagesse. Qu'il fallait aussi bien