‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 256 sur 455 · LIVRE xxxiir · texte numérisé non relu

LIVRE xxxiir

attribuer uniquement au grand zèle qu'il avait pour les gens de bien et à la volonté invariable qu*il avait toujours de conserver la justice le soin qu'il prenait de conserver Tordre et la discipline de la Faculté, ce qui lui donnait même, à lui qui parlait, une entière confiance que quand ce prince du sénat serait pleinement instruit de la chose dont il s'agissait, il ne souffrirait pas qu'on innovât rien dans la Faculté de théologie, n'y qu'il s'y fît aucun changement; qu'il permettrait aux docteurs de Paris de se maintenir dans les mœurs de l'ancienne discipline dont ils avaient toujours fait profession ; que leur corps n'était pas une assemblée composée des membres eonfus d'une vile populace, dans laquelle il fût permis indifféremment à tout le monde de dire indiscrètement tout ce qui lui viendrait dans la bouche ; que l'on y observait avec rigueur l'ancienne sévérité; que l'on y gardait la modestie; que Ton y maintenait la discipline; que les anciens docteurs y présidaient par leur autorité et par leur conseil ; que les jeunes y demeuraient dans le respect etTobéissance ; que ron y proposait peu de choses d'une autre manière que par la bouche même du doyen ou du syndic, ou avec leur consentement. Qu'à la vérité, il était permis à tous les docteurs particuliers de proposer ce qu'ils jugeaient nécessaire, mais que personne n'avait encore abusé de ce pouvoir, ni même usé de cette licence*; que tout s'y était toujours passé d'une manière fort sérieuse, avec beaucoup de gravité et de modestie ; et qu'il ne savait sur quoi la plainte de M. Grandin pouvait avoir été fondée, ou quel motif il avait eu en la faisant. Qu'il priait M. le président de lui donner audience avec son équité ordinaire, en l'assurant de sa pari que ce qu'il lui dirait serait la pure vérité ; que cette plainte avait été faussement fabriquée par M. Grandin, pour ne pas dire témérairement, et portée malicieusement à M. le Premier président : « Il s'est plaint de moi, dit M. Fortin, de ce que j'ai déféré à la Faculté de théologie pour l'engager à prononcer sur la nouvelle hérésie que les Jésuites ont exposée dans le collège de Clermont ; il dit que c'est un affront que je lui ai fait, et que la dig-nité du syndic a été violée en sa personne. Mais s'il vous avait rapporté la chose. Monseigneur, ainsi qu'elle s'est passée, s'il vous avait dit qu'après que je l'avais averti dix fois de rapportera la Faculté cette dispute du collège de Clermont,

que je Tai été trouver exprès dans sa maison pour lui en parler ; que l'ayant trouvé dans les rues et en Sorbonne pour Ten prier, il Ta toujours refusé, auriez-vous souffert qu'il vous eût porté sa plainte contre moi? Ne lui auriezvous point fait une sévère réprimande de ce qu'ayant eu tant de différents avis de la part de ses confrères sur une thèse qui concerne tous les royaumes du monde [et toute rËglise, il n'a jamais pu se résoudre à faire une chose qui était indispensablement de son devoir, et à laquelle il se devait porter de lui-même par la considération de sa charge et par l'engagement de son ministère? Est-ce donc quMl a fallu abandonner le soin de tous les royaumes et la cause de l'Église pendant que M. Grandin était muet? Ou plutôt, ne méritions-nous point, nous tous tant que nous sommes qui étions assemblés en Sorbonne, d'être relégués aux extrémités du monde par un juste jugement de la Cour et par le vôtre, si, nous conformant au silence de M. Grandin, nous n^eussions rien dit, non plus que lui, et ne nous fussions pas mis en peine d'abandonner la cause publique de rÉglise et de l'État?

« Mais quel témoin prodairai-je. Monseigneur, pour justifier ce que je dis, sinon M. Grandin lui-même? Et s'il a la hardiesse de nier la vérité de ce fait, il est aisé de le convaincre de mensonge par le témoignage de tous les docteurs. Ces messieurs, mes collègues et mes maîtres qui sont ici présents, pourront me reprendre si en cela j'avance aucune fausseté. Ils ont ouï de ma bouche qu'après que j'eus prié la Faculté de nommer des députés pour examiner cette dernière question des Jésuites, je l'avais prié d'en faire son rapport à l'assemblée; mais qu'il répondit qu'après lui avoir promis ces thèses du collège de Clermont, je ne les lui avais pas fournies. Quel sujet a donc eu M. Graudin de me traduire ainsi devant vous et devant la Cour de Parlement d'une manière si odieuse, moi qui non seulement ne l'avais pas désobligé, mais qui, pour parler avec confiance, moi qui avais en cela voulu rendre service à l'École de Paris, au Parlement, à ma patrie et au roi, et à toute l'Église; et m'en faire un crime comme si j'étais un méchant, un brouillon, un séditieux, pour faire retomber cette accusation sur tout le corps de la Faculté et sur tous messieurs nos maîtres?

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