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« Vous voyez donc, Monseigneur,, combien il est juste que cet arrêt que M. Grandin a extorqué de vous par ses artifices, et qui n'est fondé que sur un mensonge manifeste, tombe de lui-même, et qu'il disparaisse en la présence de cette lumière.
« La même chose lui est aussi arrivée à l'égard de cette dispute du collège de Clermont touchant Tlnquisition de Rome. Ayant été averti, prié, pressé par plusieurs théologiens d'en faire son rapport à la Faculté, il a dit hautement qu'il n'en ferait rien. Vous savez. Monseigneur, que le nom seul d'Inquisition jette la terreur dans l'esprit de tous les Français. Cependant les Jésuites égalent son autorité à la puissance de l'Église, prétendent qu'elle est très certaine, souveraine et infaillible, même dans les sciences mathématiques. La Faculté de théologie n'a pas dû souflfrir qu'on enseignât publiquement une doctrine si nouvelle et si pernicieuse, et qu'on l'exposât pour être crue comme des mystères de notre religion, sans que M. Grandin en dît mot, et au contraire l'autorisant par son silence. Il ne se peut donc pas faire que je ne sois extrêmement surpris de l'extraordinaire sagesse de MM. Guischard et Guyart, qui non seulement dissimulent tout ce que je viens de vous dire, quoiqu'ils soient convaincus de la vérité de tous ces faits, mais même étant députés avec moi par toute la Faculté de théologie, et avec MM. Morel et de Mince, hommes très graves, pour la conservation de sa liberté et de ses droits, combattent leur commission contre leurs collègues, parlent contre les ordres qu'ils en ont reçus et contre les droits de leur compagnie, se rendant honteusement les déserteurs de la charge qu'ils ont entreprise, et n'en sont pas seulement prévaricateurs, mais les transfuges et les ennemis déclarés.
« Certainement j'ai plus de raison de prétendre avec MM. de Mince et Morel, ou plutôt nous prétendons tous tant que nous sommes, et demandons au nom de tous les docteurs nos maîtres, que l'arrêt dont il s'agit ayant été obtenu par la tromperie et le mensonge de M. Grandin, et n'ayant pu être donné juridiquement sans ouïr la Faculté, et n'étant pas juste que selon le caprice d'un seul homme on ôte k toute l'École le droit qui lui est acquis ; que l'on change l'ancienne coutume ; qu'on retranche son pouvoir, qu'on opprime sa liberté, le corps des docteurs n'ayant
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rien fait ni rien entrepris contre Thonneur et la dignité de la Cour, cet arrêt obtenu par surprise ne lui ayant pas été signifié, et n'étant venu à leur connaissance que depuis qu'on a proposé à leur assemblée cette affaire de l'Inquisition de Rome, et qu'on avait nommé des députés pour en faire l'examen. Nous vous demandons instamment, Monseigneur, que vous permettiez que la liberté que nous avons reçue de nos prédécesseurs demeure dans son entier; que nous vivions selon nos anciennes mœurs et nos usages, que nous puissions achever, ainsi que nous avions commencé, de conserver le droit ancien pour conserver l'ancienne doctrine de la France, ou plutôt celle de l'Église, pour combattre ces opinions nouvelles, étrangères et pestilentes. et que les arrêts qui nous ont été [donnés] sous le nom de M. Grandin demeurent cassés et abolis. »
M. le premier Président reconnut bien par cette députation que Tarrêt donné sur requête en faveur de M. Grandin aurait peu d'effet, et qu'il fallait prendre d'autres mesures pour sortir de cette affaire. Les députés se séparèrent de lui sans rien conclure, car ce magistrat prétendit toujours qu'ils devaient déférer à son arrêt et s'abstenir d'entrer plus avant dans l'examen de Rome; et eux soutinrent que cet arrêt ne les devait point arrêter, parce que la Cour ne différerait point de le casser lorsqu'elle aurait reconnu qu'il aurait été donné contre les formes et sur une fausse supposition.
M. de Flavigny ne laissa pas de comparaître à son assignation, et de se défendre, non seulement par son procureur, mais aussi par un second imprimé qui marquait tous les mauvais effets de l'Inquisition, et l'horreur que la France avait toujours eue de ce tribunal étranger.
Cependant M. le Premier président faisait négocier un accommodement par le moyen de M. l'abbé Poucet, docteur de Sorbonne, qui depuis devint évêque de Sisteron et est mort archevêque de Bourges, et demandait une surséance* jusqu'après la Saint-Martin pour avoir le temps de régler ce différend. Mais on ne laissait pas de faire une forte brigue chez les moines afin d'emporterpar la pluralité des suffrages le succès de celte affaire, qui ne valait rien dans l'ordre de la justice. M. de la Mothe-Houdancourt, nommé à l'archevêché d'Auch,s*y appliqua avec toute la chaleur et l'impé-
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tuosité de son naturel, et on le vit durant trois jours courir dans toutes les maisons de l'Université afin de se rendre le chef d'un puissant parti dans la prochaine assemblée du mois de septembre.