LIVRE XXXIII
aucune part à un si mauvais accommodement ; et qu'il estimait ces gens-là bien simples de se mettre si facilement entre les mains de Rome ; qu'assurément ils en recevraient bientôt « un coup de patte » (ce fut son terme), et qu'ils en seraient quittes à bon marché s'ils s'en tiraient pour signer seulement les constitutions.
La 2®, que M. Singlin était un de ceux qui avaient signé Tacte envoyé à Rome ; qu'il le savait des plénipotentiaires mêmes, et qu'ils lui avaient dit qu'ils étaient neuf qui avaient signé, ce qui lui faisait croire que M. Tabbé de Saint-Cyran en était un.
La 3®, que M™» la marquise de Sablé ayant parlé à M. de Comminges de la contre-lettre qu'on lui avait donnée, il avait répondu que c'était si peu de chose qu'il l'avait jetée au feu.
La 4®, que ce prélat avait dit à M™e de Liancourt qu'il avait [refusé] de s'ingérer dans cette négociation, et que c'avait été M. Arnauld lui-même qui l'en avait pressé et qui l'avait fait venir à Paris, lui ayant mandé plus d'une fois où Dieu l'avait engagé. On a vu ci-dessus comment cette négociation s'était embarquée sans la participation de M. Arnauld, qui n'en avait jamais eu aucune bonne espérance.
La 5», que le P. Annat avait dit à M. de la Miletière touchant l'arrêt du Parlement du 13 mai dernier, que le pape ne souffrirait jamais ce mot de chimère d'infaillibilité ; que le moins qu'il cesserait {sic) serait de faire censurer et brûler à Rome cet arrêt ; que le Parlement ne manquerait pas de faire ici la même chose à sa censure, et qu'il voyait les choses à la veille des plus grands troubles qu'on eût jamais vus.
Que le P. Des Mares ajoutait que le P. Annat ne disait pas cela sans en avoir quelque nouvelle de Rome, de même qu'il ne s'était pas avancé à traiter avec les jansénistes sans être assuré de ce côté-là auparavant. Qu'il leur avait dit aussi que les Jacobins avaient mandé qu'on avait reçu l'acte des jansénistes avec grande joie à Rome ; à quoi il ajoutait que c'était tant pis, et que c'était une fort mauvaise marque, et que les plénipotentiaires attendaient réponse le dimanche suivant.
M. Arnauld était alors en chemin pour son pèlerinage de
Ctteaux ; mais la nouvelle propositian de M. Des Lyons pour le rétablissement des docteurs lui donnait une si grande inquiétude, de peur que l'on n'exigeât de lui dans ce traité des choses contraires à la disposition de sa conscience, qu'il ne put s'empécher d'en témoigner sa peur par une lettre qu'il écrivit dans une hôtellerie le premier jour d'août :
u Je vous ai déjà mandé , disait-il , que cette nouvelle affaire... '. »
La peine d'esprit que lui causait cette délibération l'ayant porté à consulter M. de Sainte-iMarthe sur le voyage de Paris qu'on lui proposait, il lui lit cette réponse le 5 août :
u 11 me semble, monsieur, qu'en l'état où je suis, je devrais ne me mêler que d'une seule chose, et cela est peutêtre nécessaire pour mon salut. Cependant, vous qui me connaissez, vous voulez que je vous dise ma pensée sur [le voyage] * dont on vous sollicite. Ce qui me fait rendre à vous obeir^ c'est que vous laisserez là. ma pensée pour ce qu'elle vaut, et vous nous donnerez vous-même conseil selon vos lumières. Vous savez que je suis de ces prophètes qui ne prédisent jamais que des maux. Je craius toujours tout, el je n'espère quahi rien, et tout ce que j'ai vu jusqu'à cette heure a toujours servi à me confirmer dans cette humeur.
« En l'occasion présente, je ne vois pas que le voyage proposé puisse avoir de grands succès. L'animosité des parties adverses est iuQexible et insolente ; ils sont en droit d'exiger tout et de n'accorder rien à des personnes qui saos injustice ne peuvent rien accorder. S'il n'y a donc que cette espérance qui vous fit faire ce voyage, vous n'auriez qu'à demeurer eu repos. Je prévois quen traitant d'accord vous vous allez jeter dans des tempêtes terribles, et qu'au lieu que maintenant vous n'avez des procès qu'avec des ennemis, il faudra résister ei plaider presque tout seul avec vos propres amis, et je sais combien il est difficile de s'opposer au torrent. Mais cependant je vois, ce me semble, monsieur, une nécessité de se jeter dans cette mer pour apaiser une autre tempête. Vous savez qu'on traite toujours de chicaneurs et d'obstinés ceux qui ne veulent point entrer en arbitrage, quelque raison qu'ils en aient, et qu'on est tou-