LIVRE XXXIIl
jours pour ceux qui veulent s'accommoder. Pourquoi ne tâcheriez- vous pas d'empêcher ce scandale et de maintenir votre droit, non en fuyant, mais en le soutenant, même contre les amis, s'ils prétendaient vous faire relâcher? Pourquoi ne condescendre pas à une chose qui dans le fond n'est point mauvaise, pour empêcher une mauvaise opinion qu'on concevrait contre vous? Venez donc armé de patience. Je ne puis vous rien mander de vos questions. On se réserve fort à mon égard, et en ne me disant rien, on m'épargne la peine de savoir de mauvaises et pénibles choses. Je vous assure tout de bon que je m'en sens fort obligé. Je prie Dieu que votre pèlerinage ait été heureux. »
Cependant M. Arnauld ne crut pas pouvoir différer de répondre à la lettre que M. de La Lane lui avait écrite, et il le fit ainsi le 6 août, avec une liberté chrétienne et ecclésiastique :
« Je suis très persuadé et très reconnaissant de l'affection dont vous m'honorez * »
M. Arnauld ne pouvait user de trop de précautions dans une occasion de cette importance, car Rome profitait en ce temps-là de toutes les propositions que Ton faisait pour la paix, et les Jésuites, qui travaillaient pour eux-mêmes, altéraient tellement les choses que le plus sûr était de se tenir en repos, sans faire d'inutiles efforts pour cueillir un fruit qui n'était pas encore mûr. C'est ce qui paraît par cette lettre écrite de Rome le 7 août :
« Je vous suis bien obligé des nouvelles que vous nous ave/ données touchant ce qui s'est passé entre les jansénistes et les Jésuites, Il y a plus de six semaines que le P. Fabry me dit avoir reçu une lettre du P. Annat, qui lui mandait comme enfin les jansénistes se rendaient et donnaient la carte blanche en se soumettant à tout ce que le pape leur voudrait faire signer. Néanmoins, depuis quelques jours , il a dit à quelque autre que lesdits jansénistes n'avaient fait cela que parce qu'on les poussait à bout, et s'y étaient résolus en un temps auquel ils voyaient bien qu'attendu l'état des affaires, le pape n'y voudrait point toucher.
« J'ai vu les articles que les disciples de saint Augustin
\. V. Œuvres d' Arnauld, t. I, p. 379.
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ont mis ès-mains de M. de Comminges qui les a, à ce qu'on dit> envoyés au pape. Mais ou ne sait si les Jésuites ont aussi donné leurs articles, et s'ils sont demeurés d'accord de l'explication des autres, et s'ils ont signé conjointement quelque acte ou quelque verbal.
« J'ai appris ici qu'on avait envoyé commission à l'évéque de Lavaur pour citer devant lui M. Tévêque d'Alet sur quantité de chefs, desquels les principaux de la noblesse du pays avaient aussi fait plainte au roi, avec offre de se constituer prisonniers et encourir telle peine qu'il plairait à S. M., s'ils ne prouvaient ce dont ils l'accusaient . Mandez-moi un peu ce qui en est, comme aussi si M. Arnauld s'est trouvé eu personne aux conférences tenues devant M. de Comminges. Je vis l'autre jour un cardinal qui le croit en Hollande. »
La curiosité de l'auteur de cette lettre était fondée sur le bon sens, sur l'équité naturelle et sur la prudence, n'étant pas juste que les Jésuites exigeassent des articles des disciples de saint Augustin sans donner aussi les leurs, ni que ce traité se conclût que par des engagements et des signatures réciproques. Mais plusieurs personnes mettaient alors toute leur sagesse à vouloir bien se tromper.
CHAPITRE XIII Lettres de M. le doyen de Senlis à M. Aroauld, avec les réponses i.
Toutes ces délibérations de M. Arnauld étaient fondées sur l'ouverture d'un accommodement que M. le doyen de Senlis avait fait d'abord en secret à quelques-uns de ses amis, et dont il lui avait écrit ensuite [une lettre] sur la fin de juillet, mais qu'il n'avait reçue qu'au commencement du du mois d'août. Voici ce qu'elle contenait :
« Quoique les pensées des hommes ne puissent être que timides...^ »
M. Arnauld, ayant à se déclarei- sur cette lettre, ne le voulut pas faire de lui-même, parce qu'il en jugeait les
1. La lecture de ce chapitre est particulièrement difficile au ms.