‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 266 sur 455 · LIVRE xxxni · texte numérisé non relu

LIVRE xxxni

vingt-quaire heures à la chaleur de M. de Comminges, qui leur devait être suspecte quand il les contraignait d'en délibérer sur le champ ? La complaisance allait trop loin de leur part, et ils renfermaient la justice et les devoirs de Tamitié dans des bornes trop étroites. La nouvelle de Rome que Ton reçut en ce temps-là, et de laquelle on parlera dans la suite, pouvait dispenser M. Nicole de répondre à cette lettre de M. l'abbé de Valcroissànt. Il le fit néanmoins le 27 août en ces propres termes :

« Monsieur,

« Il est bien aisé de vous satisfaire sur la plainte que vous me faites, que je vous ai reproché que Pacte envoyé à Rome avait été concerté entre vous et M. Girard, avant même que vous eussiez vu M. Arnauld. Car il faut que vous reconnaissiez vous-même qu'en la manière que la chose fut proposée à la queue d'une autre délibération sur laquelle on avait employé inutilement le temps qu'on devait mettre à délibérer sur celle-là, elle avait toutes les apparences d'avoir été concertée. Et en effet, c'est l'adresse ordinaire dont on se sert pour faire passer toutes les délibérations qui peuvent être choquées. Mais comme les apparences doivent céder aux assurances positives, je n'ai nulle difficulté de croire ce que vous m'en écrivez, que la chose s'était faite assez simplement, et que vous n'en saviez rien lorsque vous vîtes M. Arnauld.

« Il est donc juste que vous souffriez que je vous aie proposé ce soupçon, puisqu'en effet les apparences y étaient; comme il est juste aussi que je le quitte sur les assurances que vous me donnez du contraire ; et cela ne doit s'appeler ni reproche ni injure. Il me semble qu'on devrait réserver ces mots pour ceux qui ont quelque intention de vous blesser, et qu'on ne les peut jamais appliquer justement à ceux qui nous exposent leur pensée, et qui sont prêts d'en changer sur la moindre déclaration qu'on leur fait qu'elle n'est pas véritable.

« Je crois aussi, monsieur, que vous cesserez aisément de vous plaindre que je n'aie pas dit mou sentiment dans l'assemblée, et que je n'aie pas insisté [pour] qu'on montrât Tacte à M. Arnauld, si vous prenez la peine de considérer l'étal où étaient alors les choses. Il y avait plus de trois mois

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que M. Arnauld était accablé de reproches de toutes parts, et qu'on le faisait passer partout pour l'unique obstacle de la paix et de Tunion de TËglise. On en parlait de cette sorte dans Paris, et on en écrivait de même dans les provinces. Il n'est pas besoin de nommer les personnes, et il suffit de vous dire que cela était tout à fait étrange. Le nom même de docteur était devenu odieux à cause de lui, et Ton remarquait dans ceux qui le portaient un certain caractère qui n'était propre qu'à g&ter les meilleures affaires. Cette disposition n'était pas seulement dans tous les amis du monde, mais dans la plupart de ceux qui avaient eu part en cette affaire. M. Girard n'était pas d'humeur à souffrir que les propositions qu'il trouvait justes en soi et propres à procurer la paix fussent troublées par l'opposition d'un seul homme, et il s'en expliqua assez le jour même de cette conférence, en traitant de romanesque toute la conduite de ceux qui n'entraient pas dans ces pensées. Enfin il y avait un murmure formel parmi tous les docteurs, qui se plaignaient qu'une seule personne entretenait toute ritglise dans la confusion. Il est vrai qu'il y a plus de sujet de se plaindre de l'excès des civilités que vous lui avez rendues, aussi bien que M. Feydeau.

« Mais enfin, puisque vous n'êtes pas de son sentiment dans le fond, si vous eussiez fait quelque chose à sa considération, ce ne pouvait être que par complaisance. Et vous me permettrez de vous dire que dans une affaire de cette nature la complaisance n'est pas un motif qui nous puisse longtemps soutenir. En vérité, il est bien difficile qu'elle ne soit bientôt suivie de repentir, quand on se voit exposé, en suivant un avis qu'on n'approuve pas par une persuasion intérieure, à la perte de son repos, de son bien, de son pays; qu'on ne trouve aucun moyen de sortir de cet état, et qu'on s'imagine qu'on a négligé des occasions favorables par une complaisance purement humaine. Il faut au moins, pour souffrir avec fermeté toutes les suites d'une affaire si périlleuse, être bien persuadé que les voies qu'on a négligées n'étaient ni justes ni sûres, et c'est ce q\jte vous n'avez pas cru en signant cet acte.

« Que pouvait faire M. Arnauld dans une si étrange conjoncture, que laisser faire les autres? Et que devaient faire ses amis, que de souhaiter qu'on ne lui donnât aucune

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