LIVRE XXXTII
part dans cette négociatioa, afin qu'on ne le chargeât pas de toutes les suites? Et ils v étaient d'autant plus obligés qu'ils savaient qu'il était dans des pensées si opposées à celles des autres qu'ils voyaient bien qu'il était impossible, ni qu'il les en fît revenir, ni qu'il en changeât. On a toujours agi dans cette affaire sur ces deux fondements : que les Jésuites étaient sincères, et qu*on pouvait espérer quelque chose de Rome ; et il avait deux fondements tout contraires : que les Jésuites étaient des fourbes, et qu'il n'y avait à attendre de Rome que du mal.
« Les autres ont conclu de leurs principes qu'il fallait prolonger la négociation et que la rupture était un grand mal. Et il concluait des siens qu'il fallait la terminer le plus tôt que l'on pourrait, et que Ton ne pouvait trop tôt sortir d'une si méchante affaire. Aussi tous les reproches que M. d'Andilly et M. Girard lui ont faits si souvent, qu'il cherchait à rompre et qu'il souhaitait la rupture, étaient vrais dans le fait ; et il est seulement question d'examiner s'ils étaient justes dans le droit. D'ailleurs il avait beaucoup de regret de plusieurs clauses qu'on lui avait fait passer, parce qu'il voyait bien que Rome et le commun du monde le prendraient en mauvais sens; ainsi il n'était plus résolu de les passer.
¥ Il n'est pas étrange, monsieur, que ceux qui connaissaient comme moi cette disposition mutuelle des esprits aient souhaité que chacun fît ses affaires à part, et qu'on ne communiquât plus à M. Arnauld toutes ces voies d'accommodement. Je ne voyais aucun bien à espérer de cette communication; car ou l'on n'aurait pas laissé d'exécuter la résolution que Ton a prise, comme il y a beaucoup d'apparence, puisque vous témoignez n'avoir pas été persuadé de ses raisons, et que la complaisance n'est pas un motif ni juste ni suffisant pour omettre de faire une chose que l'on croit nécessaire pour la paix ; ou l'on aurait quitté ce dessein à cause de lui, et ce n'aurait été pour jamais que plaintes et que reproches. Ceux qui lui auraient rendu cette déférence pour un temps n'auraient jamais manqué de s'en repentir dans la suite, et de reprendre en une autre occasion la voie qu'ils auraient négligée en celle-ci.
« Il était donc en quelque sorte nécessaire que l'on tentât ce qu'on a tenté, et il n'y avait que cette expérience qui pût
faire connaitre qu'il n*y avait rien à attendre ni de Rome ni des Jésuites. A la vérité, le mal du bref que l'on a attiré par là, et dont on vient d'apprendre des nouvelles, est très grand; mais c'est un mal en quelque façon nécessaire, et celui de l'état où l'on était auparavant n'était pas moindre. 11 était trop violent pour pouvoir durer. Personne n'est bien disposé à souffrir une persécution qu'il s'imagine avoir été attirée pdr l'imprudence d*un autre, et dont il croit se pouvoir délivrer par quelque moyen. On en fût venu donc nécessairement à une division, au lieu que la persécution qui pourra suivre ce bref réunira ceux qui étaient divisés. C*est le bien que j'en espère. Je ne désavoue pas de m'être servi du raisonnement que vous m'attribuez, que si ce qui viendrait de Rome était bon pour donner la paix, ceux mêmes qui n'approuvaient pas l'acte pouvaient jouir de la paix qu'il aurait procurée, et s'il était mauvais, on se réunirait pour y résister. Mais comme ce fut un discours que je fis en passant et sans l'avoir bien considéré, il n'est pas étrange qu'il se trouve faux et défectueux, étant appliqué aux circonstances particulières de cette affaire, auxquelles je ne faisais et ne pouvais faire aucune réflexion, n'ayant ouï lire l'acte qu'une fois, et ne me souvenant point en particulier de ce qu'il contenait. Car il est bien vrai que l'on peut jouir paisiblement de la paix qui a été procurée par un acte auquel on n'a point eu de part, sans qu'on soit obligé de s'élever publiquement contre cet acte lors qu'on n'y est point engagé. Mais cela cesse d'être vrai lorsque l'on est compris dans l'acte même, et que tous ceux qui le voient doivent raisonnablenient juger que l'on y a part et que l'on y a consenti. Car il n'est permis ni de consentir à un acte que l'on croit mauvais, ni de souffrir que le commun du monde ait une raison juste et suffisante de croire qu'on y ait consenti Et c'est ce qui arriverait par la manière dont cet acte est dressé. Car le nom de M. Arnauld se trouvant dans la signature des articles, et étant de notoriété publique qu'il a parlé au commencement de la négociation, il est visible que l'engagement où sont entrés ceux qui ont signé comprend aussi M. Arnauld; et qu'à moins qu'il paraisse du contraire, tout le monde a droit de conclure qu'il y est entré. Toutes ces choses ne se présentent pas d'abord à l'esprit, principalement à une personne comme moi, qui ai