‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 268 sur 455 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

besoin de beaucoup de temps pour considérer les choses. Et c'est ce qui fait voir combien il est dangereux de précipiter les résolutions, et de prendre même tout ce que dit une personne sur la première vue d'une affaire qu'il n'a pas encore considérée pour son véritable sentiment. Que si on a eu tant d'égard à une parole dite en Tair, il me semble que je fis et dis tant de choses pour montrer que je ne prenais point de part k cette affaire et que j'étais bien éloigné de l'approuver, qu'on ne devait pas au moins douter qu'elle ne me parût très périlleuse. Et en effet, ayant eu quelque temps d'y penser pendant qu'on dressait l'acte, je fus accablé de tant de crainte qu'il me fût impossible de demeurer davantage dans le lieu où Ton était, et de m'empêcher de témoigner par ma sortie que je ne voulais en aucune sorte avoir part à tout ce qu'on allait conclure. Il était difficile de témoigner ma disposition d'une manière plus ouverte, puisque j'avais déjà protesté que je ne pouvais dire mon sentiment sur une matière si importante ; que je n'avais ni lumières ni engagement pour le faire, et que l'on m'avait même dit qu'on ne me le demandait pas, et que Ton se contentait que j'en fisse le rapport à M. Arnauld. Je le fis, et il déclara ensuite ce qu'il pensait de cet acte, tant sur le fond que sur le succès. Et si ses raisons n'ont pas empêché qu'on ne passât outre, elles n'auraient pas dû empêcher qu'on ne s'y engageât, étant certain qu'il faut faire pour la paix de l'Église tout ce qui est juste, et que l'on doit plus considérer l'intérêt du général que celui d'un particulier.

(• Ainsi, ou cet engagement était juste, et il fallait y entrer contre son sentiment, ou il était injuste, et il était nécessaire de le rompre, du moins après qu'il eut fait connaître son sentiment.

« Mais je ne m'aperçois pas que ces éclaircissements ne sont plus guère nécessaires, puisque le bref du pape nous va mettre tous d'accord, et qu'apparemment on sera désormais persuadé, ou par raison, ou par expérience, que tout ce traité n'a jamais été qu'un piège où les Jésuites ont voulu nous faire tomber, et qu'ainsi il n'y a qu'à se préparer à souffrir patiemment les effets de leur animosité.

« Au reste, monsieur, vous ne devez pas appréhender que M. Arnauld dise jamais que vous avez eu intention de vous engager à condamner Jansénius, puisqu'il n'est jamais per-

mis de dire une chose conlraire à la vérité, et qui lui est même préjudiciable. Mais vous ne devez pas aussi exiger de lui qu'il ne dise pas que, quoique ce n'ait pas été votre intention, néanmoins les paroles de l'arte semblent y porter. Car quelle raison aurait-il de rejeter cet acte, s'il n'en était persuadé? H ne peut donc séparer ces deux choses, ni s'empêcher de défendre votre intention et de rejeter Tacle qu'il n'approuve pas. L'un sans l'autre ferait tort ou à vous, ou à lui ; et l'un avec l'autre ne fait tort à personne, mais représente simplement la vérité. »

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