‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 270 sur 455 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

do me [sic), qui avait renvoyé cette affaire au P. Laui-ia afin qu'il pût l'étudier, avait dit depuis que c'était une pique des deux partis, dont l'un avait mieux pris ses mesures que l'autre, et qu'ensuite on avait continué à témoigner de la joie de leur accommodement.

Mais on commençait à dire que la paix de la cour de Rome avec celle de France était arrêtée, et outre ce qu'en publiaient quelques personnes des plus instruites des nouvelles de la cour, on attribua à cette réconciliation un arrêt du Conseil du roi qui établissait des commissaires pour examiner le Journal de M. de Saint- Amour, savoir M. l'archevêque de Paris, M. de la Fosse, conseiller d'état, et M. Grandin, et on ne douta pas que ce fût dans le dessein de flétrir et condamner cet ouvrage, parce que l'on avait tenu la même conduite quand il s'était agi de la condamnation de Wendrock.

Pendant que les médiateurs de la prétendue paix de l'Église étaient transportés de joie, quelques autres disciples de saint Augustin en gémissaient, et il parut en ce tempslà l'extrait d'une lettre où on lisait ces paroles :

« Nous devons, ce me semble, être maintenant plus que jamais dans l'affliction et dans le gémissement, puisque nous avons plus que jamais sujet de craindre ou que tout le monde nous abandonne, ou que nous n'abandonnions nous-mêmes la vérité pour être une portion de ce monde. J*ai peine à m'imaginer qu'une espérance qui serait solide, pure et appuyée sur la seule foi, fût capable de produire ces épanouissements de joie et de propre satisfaction qu'on peut remarquer dans un grand nombre de personnes. Quand je les vois si hardis à se flatter eux-mêmes, à louer leur ouvrage, à prétendre qu'il est sans doute que toutes choses réussiront comme ils désirent, et même selon Dieu, je vous avoue que je tremble pour eux.

« Est-il donc possible que l'on puisse se persuader que les mauvais jours sont passés? Et n'a-t-on pas maintenant occasion d'appréhender davantage les embûches du serpent qu'on ne faisait un peu auparavant le rugissement du lion? Croit-on que ce lion n'ait plus de fureur, qu'il se soit retiré • bien loin, et qu'il cesse de chercher sa proie? Que j'ai de peur, monsieur, que la joie que l'on conçoit d'une paix si équivoque ne soit qu'une paix de mensonge; que ce ne soit

pas la paix de l'Église, mais celle du monde, et que Dieu ne nous en laisse jouir dans sa colère en punition de ce que nous avons si mal ménagé les intérêts de J.-C, et de ce que nous avons cherché les nôtres avec trop d'empressement! Salva nos y Domine perimus. »

M. l'abbé Le Roi, qui n'avait encore rien appris des nouvelles de l'arrivée du Bref, était toujours fort peu persuadé de Tespérance de la paix, et s'en expliquait ainsi par un billet adressé à M. d'Andilly le 23 du même mois :

« Nonobstant tout ce que vous m'avez dit et écrit à l'avantage de l'accommodement, et ce que vous avez encore pris la peine de m'en écrire, je ne veux nullement douter, monsieur, que vous n*ayez absolument changé de sentiment là-dessus, et que la paix dont il s'agit n'ait commencé à vous paraître aussi périlleuse, aussi humiliante et aussi honteuse qu'elle vous paraissait sûre et triomphante, tout aussitôt que vous aurez appris ce que le P. Ferrieradità M"'^ la marquise de Sablé touchant les articles de la doctrine et touchant les paroles que ces Messieurs ont données. Car, je vous prie, monsieur, comment oserait-on dire que la doctrine est maintenant à couvert, puisque les Jésuites en parlent comme ils en parlaient, et s'en montrent les adversaires autant que jamais? Et comment l'honneur de ces Messieurs est-il en quelque assurance, puisqu'ils se sont engagés à faire toui ce qui leur serait prescrit, ce qui est une chose dont les suites peuvent les jeter dans la dernière confusion ; mais qui seule et par elle-même est si diffamante, quand les conjectures présentes l'empêcheraient d'avoir les suites qu'on a dû prévoir? Cessons de nous flatter, monsieur; où est le bon succès de l'accommodement, puisqu'on a déjà commencé à ruiner ce qu'il pouvait avoir de plus considérable et déplus avantageux, qui est que les Jésuites auraient reconnu que la doctrine de ceux qu'ils ont déjà nommés hérétiques est orthodoxe? Où en seront ces Messieurs, s'ils refusent de signer tout ce que les Jésuites voudraient faire venir déclarer? Et s'ils pensent recourir encore au retranchement si ruineux des restrictions, comment conserveront-ils la bonne opinion qu'on doit avoir dans le monde de leur courage et de leur sincérité? Comment se , pourront-ils exempter devant des personnes un peu instruites de passer pour des lâches et des prévaricateurs en

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