‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 271 sur 455 · Livre xxxiii · texte numérisé non relu

Livre xxxiii

laissant courir des bruits si contraires à la vérité et à leur réputation, sans s'y opposer en aucune sorte? Et de quelle manière recevront-ils l'honorable conjouissance qu'ils doivent attendre dans un bref, de ce qu'enfin ils auront reconnu leurs erreurs, et les auront humblement rétractées, et auront encore promis d'en faire toutes les déclarations qu'on souhaitera?

« Mais ce serait assurément mal connaître les lumières et l'équité d'une personne comme vous, que de se mettre en peine de lui en faire de longues preuves d'une chose aussi évidente que l'est ce que je vous dis. Je ne veux donc point m'étendre davantage là-dessus avec vous, et je me contente de vous assurer que je suis tout à vous en N.-S.

« La cour passera dans deux ou trois jours devant nos fenêtres, mais nous aurons la rivière de Marne et un champ entre elle et nous, et nous ne la verrons bien distinctement qu'avec des lunettes d'approche. Ainsi nous aurons le divertissement de voir la marche sans en souffrir l'incommodité du bruit. Ces objets sont beaux à voir ainsi en éloignement, comme on les verrait dans des tableaux ou dans des tapisseries, de sorte que le repos de notre solitude ne sera non plus troublé du passage de tant de gens qu'il le serait par la peinture d'une bataille ou d'une tempête qu'on verrait dans une salle. »

Enfin ce bref, si longtemps attendu et souhaité avec tant (le passion comme le lien le plus étroit et le plus précieux gage de la paix, arriva à Paris ; mais il [ne] se trouva par sa lecture que de nouveaux orages et de nouvelles tempêtes. On vit d'abord ce qu'on en devait espérer, puisqu'il tomba entre les mains du P. Annat, et qu'il n'était point adressé à M. de Comminges comme à un arbitre et un négociateur autorisé par le pape même, mais à tous les archevêques et évêques de France. Le P. Ferrier avait reçu deux jours auparavant une lettre du P. Fabry, qui mandait que le pape envoyait trois brefs : l'un à M. de Comminges, l'autre au H. P. Annat, et le troisième à tous les évêques du royaume, et il l'assurait que dans le premier M. de Comminges était honorablement traité, que dans le second le pape témoignait être satisfait de sa conduite et de celle du P. Ferrier, et dans le troisième, il déclarait aux évêques la joie qu'il avait ressentie dans les nouvelles qu'il avait reçues qu'il n'y

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avait plus sujet d'appréheuder en France que l'Église souHrit dans sa doctrine et dans son unité; qu'enfin les choses allaient bien. Le P. Ferrier fît part de ces agréables nouvelles le vendredi et le samedi aux prélats intéressés, et entre autres à M. l'archevêque 'de Sens et à M. de Comminges, qui le fît savoir à M. l'abbé de Valcroissant et à M. Girard. Mais TafTaire changea de face dès le lundi, car ce jésuite ayant mandé à ces deux prélats qu'il avait reçu des nouvelles de Rome, mais qu'il ne pouvait pas les leur communiquer, parce que le carrosse du P. Annat, destiné à son usage ordinaire, était chez le charron qui le raccommodait pour le voyage du roi, MM. de Sens et de Comminges les allèrent apprendre de sa bouche dans Timpa- (ience qu'ils avaient d'en être instruits. Ce Père leur dit d'abord que les nouvelles qu*il avait reçues n'étaientpas telles qu'on lui avait mandé par l'ordinaire du jeudi; qu'il n'était venu qu'un seul bref, que le pape adressait à tous les évéques de France, qui n'était nullement conforme à leurs intentions; que le P. Annat et lui en étaient sensiblement touchés, et qu'en cela il pouvait les assurer qu'on n'avait nullement suivi les avis qu'ils avaient donnés. Ensuite de cette petite préface, il ouvrit le bref et le lut en leur présence. Ce bref, ainsi que Ton a rapporté ci-dessus, louait dès rentrée le zèle que les évéques faisaient paraître dans l'extirpation de l'hérésie de Jansénius, hœresimjansenianam. Il les exhortait ensuite de continuer à s'employer dans l'extirpation des restes de cette hérésie. Il leur déclarait qu'il avait appris que quelques-uns d'eux ayant reconnu leurs erreurs les avaient abandonnées, qu'il s'en réjouissait et les exhortait à en détruire les restes. Enfîn il les conjurait de se servir de toute leur sagesse pour faire que les autres qui ne s'étaient pas encore reconnus condamnassent cinq propositions tirées du livre de Jansénius et condamnées dans son sens, Excerptas e tibro Jansenii et in ejus sensu damnatas, se promettant que son fîls, le roi très chrétien, employerait son bras royal pour les assister dans cette exécution de ses ordres.

La lecture de ces mots obligea MM. de Sens et de Comminges de se plaindre au P. Ferrier de leur conduite. Mais le bon Père leur fît de très grandes et de très fortes protestations, que ni le P. Annat ni lui n'avaient point eu de part

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