‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 272 sur 455 · LIVRE xxxm · texte numérisé non relu

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à ce bref; qu'ils avaient même arrêté entre eux de faire tous leurs efforts de le faire supprimer, et qu'il ne voyait pas qu'il y eût aucune difficulté à pouvoir obtenir cette grâce si ces Messieurs voulaient tant soit peu s'aider, (c'est-à-dire faire quelque chose de plus que ce qui était porté par le bref); qu'il leur promettait de la part du R. P. Annat de se servir de tout le crédit qu'ils avaient à Rome pour faire réussir cette suppression.

Ces deux prélats, étant sortis aussi satisfaits que l'on se peut imaginer de ces beaux discours, mandèrent en diligence MM. de La Lane et Girard, pour les avertir qu'il y avait un bref venu de Rome. Lorsqu'ils furent arrivés, ils les trouvèrent tous deux presque interdits, particulièrement M. de Gomminges qui, se portant mal et s'étant couché sur un lit, pria M. de Sens de leur faire le rapport de ce qu'ils avaient appris du P. Ferrier. Mais M. de Sens s'en étant excusé, M. de Gomminges leur dit qu'il était venu un bref le plus terrible du monde, que le pape avait fait tenir au P. Annat afin de le faire envoyer aux évêques du royaume. Il déclama dans ce premier transport contre l'infidélité et la fourberie des Jésuites, dont il dit des choses assez considérables, et protesta qu'il ferait voir à tout le monde la malice de ces Pères, par une relation fidèle de ce qui s'était passé dans cette affaire; qu'il l'enverrait dans tous les diocèses du royaume, et qu'il ne pourrait pas s'empêcher de s'en plaindre au roi. La colère le faisait parler, mais la prudence le fit taire, ou du moins l'obligea de baisser^ sur cet événement, le ton de sa voix.

On fut surpris de voir, quand cette nouvelle fut répandue, non seulement qu'une si fameuse négociation eût un succès si déplorable, mais même que des personne s aussi éclairées que ces deux prélats, mais aussi que ces deux théologiens qui étaient entrés en conférence sur cette afl"aire, se fussent laissé jouer par deux jésuites, quoiqu avant cela ils n'eussent point eu d'autre idée de ceux de leur société que celle que l'on peut avoir des ennemis publics delà sincérité chrétienne, et de leurs ennemis particuliers. Mais comme si M. Arnauld n'eût pas encore assez éprouvé leur ressentiment, ils lui firent encore soutenir tout le poids de leur indignation, comme s'il eût été l'unique auteur de leur disgrâce.

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