‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 276 sur 455 · LIVRE XX XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XX XIII

Ces subtilités de M. Girard ne lui pouvaient être qu'une consolation très métaphysique, et il présumait trop de la crédulité de M. Taignier, s'il le croyait capable de se payer de cette monnaie de mauvais aloi. 11 affectait de ne lui pas mander que le pape établissait dans son bref une hérésie jansénienne. Mais il n'était pas bien d'accord avec M. de La Lane, qui croyait le fond de la doctrine et leurs articles à couvert par ce bref, puisque selon lui, il n'avait nul rapport à leurs conférences, n'étant point adressé à M. Tévêque de Comminges. De sorte que ce que ce prélat considérait comme un grief dont il avait à se plaindre au roi était regardé par M. Girard comme un avantage considérable. Enfin, il paraît par toutes les circonstances de sa lettre qu'il était persuadé que ce bref ne tomberait jamais entre les mains de M. Taignier, puisqu'il était impossible de le lire sans en concevoir des sentiments différents des siens, et sans avouer qu'il était directement contre eux, puisque le pape les congratulait de leur retour à la bonne doctrine.

Aussi tous les disciples de saint Augustin qui n'avaient point été de la conférence ne le purent lire sans déplorer la crédulité de leurs confrères, qui s'étaient attirés cette confusion publique par de trop grandes avances, et avaient exposé à une nouvelle persécution ceux qui ne les avaient point chargés de leur procuration pour se soumettre si bassement à toutes les décisions de Rome. M. Le Koi, abbé de Hautefontaine, en dit sa pensée plus fortement que jamais à M. d'Andilly, à qui il écrivit ce billet le 28 août, jour de Saint-Augustin :

« Vraiment, monsieur, à cette heure que je sais ce que contient le nouveau bref, je dois être encore bien plus hardi que je n'étais dans mon billet précédent à vous mander que je ne veux point douter que l'accommodement ne vous fasse présentement autant de peine comme il vous avait causé de joie. Oui, monsieur, je ne veux nullement douter que vous ne disiez désormais tout haut à vos amis avec cette franche et ardente générosité qu'on a toujours tant aimée et tant honorée en vous : « Nous avons été pris pour dupes. » Je suis bien mortiûé, monsieur, de ne pouvoir avoir le plaisir, dans Téloignement où je suis, de vous entendre faire cette déclaration ouverte, sinon d'abord dans votre chambre, au moins dans ce cabinet où vous m'avez

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fait quelquefois la faveur de me mener pour me dire de cer laines choses en confiance. Vous voyez, monsieur, ce que c'est de ce bref; vous voyez à quoi il porte les choses ; vous voyez les inconvénients horribles des promesses qu'on a faites; vous voyez à quelle extrémité on est réduit; vous voyez comme on est tombé honteusement dans un piège dont on ne saurait se tirer qu'en se faisant de grandes blessures. Vous voyez comme ce bref ne va qu'à renouveler une persécution qu'on croyait assoupie, et qu'à mettre de nouvelles armes entre les mains de ceux qu'on pourrait appeler des furieux et des frénétiques dans le langage libre et figuré des Prophètes et des saints Pères.

« Ha! monsieur, ne nous attendons jamais d'obtenir une véritable paix en traitant avec ceux qui n'ont pas voulu se réconcilier avec la vérité, et qui n'ont jamais tendu qu'à nous la faire abandonner, sans avoir eu la moindre pensée de s'en approcher et de lui rendre quelque hommage.

« On ne saurait trop le répéter et en témoigner trop d'étonnement. Comment a-t-on pu se fier à des hommes qui se sont montrés rebelles à la lumière, et qui n'ont prétendu que d'être immuables dans la haine de la doctrine de saint Augustin, et que de nous faire entrer adroitement avec eux dans cette détestable haine? Comment s'est-on confié à des gens qui visiblement ne cherchaient qu'à nous faire tomber des mains les armes avec lesquelles nous défendions cette céleste doctrine qui est l'héritage précieux de l'Église de J.-C?»

« Voilà très assurément quelle a été leur prétention. Ils n'ont eu dessein que de nous afl'aiblir, que de nous désarmer, que de nous couvrir audacieusement de honle après nous avoir affaiblis et désarmés.

« Humilions-nous donc. Monsieur^ humilions-nous en ce saint jour du grand docteur de l'humilité, de nous être laissé surprendre par des prétextes spécieux, par des surfaces trompeuses, par de vaines apparences, par les artifices et les embûches que notre ennemi nous a présentés. Humilions-nous d'avoir donné les mains et d'avoir eu part à un traité et à une pacification où l'on ne voit nul caractère et nulle trace de celte vigueur chrétienne et de celte fermeté sacerdotale, de celle hardiesse héroïque, de celte souveraine intrépidité avec lesquelles on doit exposer

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