‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 281 sur 455 · La phrase est iuachevée aa ms · texte numérisé non relu

La phrase est iuachevée aa ms

censure; qu'il ne voyait pas qu'il y eût rien en cela de si pestilentiel que Ton disait, ni qui méritât que Ton fît de si grands efforts pour le combattre avec tant de chaleur, de bruit et de contestation. Qu'au contraire Tutilité et la piété se faisaient paraître en même temps dans cette conduite, que ceux qui y avaient part étaient des personnes dont la foi était parfaitement connue de TÉglise, de TÉtat et de notre roi très chrétien ; que cette thèse avait été composée et polie dans la maison même deM. le Premier président de Lamoignon, en sa présence et avec son consentement, et que c'était peut-être lui-même qui l'avait limée; qu'il n'élait nullement croyable qu'un si grand homme, qui tenait un rang si élevé et si sublime dans l'État, qui avait tant de lumière et de pénétration d'esprit, une connaissance si générale de toutes sortes de choses^ tant de prudence et de maturité de jugement, eût souffert qu'on eût composé et écrit quelque chose chez lui, qu'ensuite on l'eût imprimé et publié, et que son fils aîné, qui est un jeune homme d'un esprit rare et excellent, et qui a déjà acquis beaucoup d'érudition, le soutint en sa présence et dans une très grande assemblée d'auditeurs illustres qu'il y avait amenés dans le plus célèbre jour de l'année pour ces sortes d'actions, s'il eût cru qu'il y eût rien en cela qui fût contraire aux droits du roi, aux lois du royaume et à la saine doctrine. Que quand même il y aurait eu dans cette thèse quelque chose que des hommes pointilleux et malveillants eussent pu prendre en mauvaise part, la prudence et la justice obligeaient plutôt à passer cela sous silence qu'à entrer mal à propos dans un examen odieux, et qu'il valait beaucoup mieux épargner l'honneur et la réputation du père et du fils, que de les aigrir et de s'attirer leur aversion et leur haine par un excès de diligence, étant des personnes qui ne manqueraient jamais d'occasion et de pouvoir de les obliger, ou de leur témoigner le ressentiment qu'ils auraient de cette injure. Mais quand même il ne faudrait avoir aucune considération pour eux, et que l'on crût devoir agir en cela par passion et par un zèle de parti, il ne voyait pas que la position dont il s'agissait mérilât aucune censure; qu'il était prêt de soulenir qu'elle ne contenait rien qui ne fût juste, sain et catholique, étant assuré qu'un très grand nombre de docteurs seraient aussi de son sentiment; qu'en effet il ne

voyait pas ce que Ton y pouvait trouver à redire; qu'il ne savait pas si c'était que l'on y disait que la terre demeurait stable et immobile, et cela ne pouvait être repris, puisque c'était une doctrine appuyée sur le témoignage de l'Écriture ; qu'il ne savait point aussi si c'était à cause que Galilée, qui était un savant mathématicien, avait montré que la terre était dans un mouvement perpétuel. Mais saint Augustin a dit avec beaucoup de sagesse que l'autorité de TÉcriture est préférable à tous les esprits du monde; et c'était sur Tautorité de l'Écriture que le tribunal de l'Inquisition s'était fondé pour condamner l'extravagance et la folie de Galilée, qui avait reconnu la puissance de cette juridiction et avait souscrit à la censure qu'il avait prononcée contre lui, ne pouvant pas se plaindre d'avoir été condamné par un jugement qu'il avait depuis approuvé lui-même. Que si Rome avait commis quelque faute par cette conduite, Paris ne devait point entreprendre de la corriger, et que la Faculté de théologie ne devait pas entreprendre de s'élever au-dessus d'un tribunal qui porte le nom d'Inquisition de l'Église universelle.

Il demandait si la Sorbonne ou l'École de Paris oserait prononcer son jugement contre celui des cardinaux qui président k cette Inquisition, et contre celui de tant de savants hommes tirés et choisis de plusieurs familles religieuses, et préférer son sentiment :\ leur censure. Serait-ce que Ton aurait peine de voir qu'on attribue à l'Église romaine et au pape un jugement qui n'est prononcé que par l'Inquisition seule? Mais personne ne s'était jamais plaint en France que Fon attribuât au roi les arrêts du Parlement, ni que l'on dit que S. M. défendît une chose quand cette cour Favait défendue. Qu'enfin il n'y avait point de catholique qui pût trouver mauvais que l'on attribuât un si grand pouvoir au pape et à l'Église romaine, qui est la mère de toutes les Églises du monde, et que les peuples respectent avec raison comme le rempart et la forteresse de la religion chrétienne; que si ces hommes timides croyaient qu'il y eût du péril à soutenir que le pape ne peut tromper ni être trompé, non pas même lorsqu'il prononce sur des questions qui concernent les sciences humainfs et les mathématiques, c'étaient des songes et des spectres qu'ils se formaient pour s'épouvanter eux-mêmes

434 MÉMOIRES DK GODEFROI IIERMANT

à plaisir et sans aucun fondement, ou pour épouvanter les autres, puisque Ton n*avait rien proposé de cette nature dans la thèse du collège de Clermont, et qu'on n'en avait pas même eu la moindre pensée. Qui pourrait en effet s'imaginer que les Jésuites, dont la prudence était connue de leurs adversaires mêmes, eussent tellement perdu l'esprit que de proposer si à contre-temps des sentiments si odieux? Et quand même ils l'auraient voulu, pourrait-il être croyable que le Premier président d'un Parlement qui venait de condamner avec tant de sévérité une doctrine contraire à nos rois et au royaume, eût voulu prêter aux Jésuites pour un tel usage un fils qui lui était si cher, et couvrir leurs prétentions de l'autorité de son nom? Qu'une absurdité si étrange ne devait nullement entrer dans l'esprit des docteurs de la Faculté de Paris; que le P. Darouys, auteur et président de cet acte, avait souvent assuré avec serment qu'il n'en avait jamais eu la moindre pensée, et que, s'ils le jugeaient à propos, il se trouverait dans leur assemblée pour protester, et même avec jurement, qu'il n'avait point voulu attribuer à l'Inquisiliou de Rome ni au pape aucune chose qui ne lui fût due ou qui pût porter préjudice au roi ou au royaume, ou qui fût contraire aux derniers arrêts rendus sur la matière de la puissance du pape. Que si cela ne leur suffisait point, M. de Lamoignon, très digne fils de M. le Premier président son père, pour détruire tous ces vains prétextes de crainte, avait déclaré en termes exprès, dès le commencement de cette dispute de Clermont, qu'il n'avait rien déféré en cela à l'Inquisition de Rome; qu'il n'avait aucun dessein de lui donner ni attribuer quoi que ce soit qui ne lui fût attribué selon les lois du royaume; qu il fallait, après une déclaration si franche et si ingénue d'un jeune homme d'une naissance si noble, et qui avait exposé si nettement sa doctrine et ses véritables sentiments sur ce point, que tout le monde se tînt en repos, et particulièrement cei^x qui avaient excité de si grands troubles à l'occasion de cette dispute; que le nom même de l'Inquisition était odieux à plusieurs personnes, mais qu'il ne le devait être qu'aux hérétiques, qu'à ceux qui aiment les nouvelles opinions et aux fauteurs des schismes, au lieu que tous les bons catW>liques l'aimaient, et qu'il était en vénération à tous les vrais

enfants de l'Égiise romaine. Qu'à la vérité, les peuples des Pays-Bas l'avaient eu en horreur du temps de nos aïeux, et qu'il avait même été abhorré en France; mais, qu'en était-il arrivé ? On avait vu naître de cette aversion des différends et des guerres intestines; que les sièges et les ruines des villes en avaient été la suite; que l'on avait livré pour ce sujet de sanglants combats, et que la paix ne s'était pu faire qu'en arrachant de tout le corps de ces provinces cette partie du Pays-Bas qui est voisine de l'Océan et la plus considérable de toutes les autres, et qu'en l'enlevant de l'ancien domaine* du roi catholique après qu'elle avait été plongée dans Terreur et dans l'hérésie, ce qui était une chose déplorable, et qu'elle s'était entièrement séparée de la voie du salut et de la piété catholique. Qu'on ne pouvait exprimer de combien de misères différentes toute la France a été remplie en un seul siècle ; combien il y a eu de temples ruinés, de monastères détruits, de villes renversées de fond en comble ; combien de milliers d'hommes massacrés, combien de peuples réduits à la dernière désolation, et combien d'hérétiques répandus de toutes parts dans les plus grandes et les plus fertiles provinces du royaume. Que cependant il n'y avait rien eu de plus facile que d'éviter de si grands et de si horribles maux qu'en établissant en France le tribunal de l'Inquisition, comme on avait fait dans les Pays-Bas. Que les Espagnols avaient été beaucoup plus sages que nous, et les Italiens incomparablement plus heureux en érigeant ces formes de jugements ecclésiastiques si sévères, par le moyen desquels la foi s'est conservée dans son entier, la piété n'a reçu aucune atteinte, la religion s'est maintenue dans sa pureté; et par le supplice de peu de personnes l'audace d'une infinité d'autres a été heureusement réprimée. On a vu les guerres assoupies, la concorde et la paix conservées, et ces provinces heureuses n'ont su ce que c'était que ces monstres des hérésies, ce que saint Hiérôme attribuait autrefois à notre France comme un avantage particulier. Que quelque aversion qu'on ait en France pour la puissance de l'Inquisition de Rome, le roi et les cours souveraines de sou royaume ne l'ont pas toujours détestée; que nos ancêtres

Page 1