‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 284 sur 455 · LIVRE XXXllI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXllI

brigue toute formée pour laquelle on avait fait venir des docteurs de fort loin, comme M. BaiHy, chanoine de Melz, M. Savary, etc.

M. Faure, du diocèse de Limoges, dit qu'ayant été élevé dans'une école qui avait toujours eu beaucoup de respect pour les évéques et pour la vérité, il serait pour cette fois d'un sentiment contraire à celui des évèques qui avaient opiné devant lui, pour s'atlacher uniquement à la vérité. Que M. l'archevêque d'Auch avait combattu avec beaucoup de chaleur pour la thèse du collège de Clermont et pour l'Inquisition de Rome, et qu'il avait dit sur ce sujet beaucoup de choses dont il ne fallait exposer qu'une très petite partie, dont la première était qu'il n'y avait point de docteurs de Paris qui fussent entrés en dispute sur la question du mouvement de la terre, mais que toute la question avait été touchant le pouvoir de l'Inquisition; que les thèses du collège de Clermont prétendaient être le même que celui du pape et de l'Église, universelle, et qu'il n'y avait pas de chrétien qui pût souffrir que l'on fit celte injure à l'autorité de TÉglise, qui est infaillible. Il demandait si M. l'archevêque d'Auch pouvait prétendre que ce sentiment fût véritable, et qu'aucun théologien fût capable d'approuver ce qui avait été condamné par tant d'anciens et de Bouveaux décrets de la Faculté ; qu'il n'était nullement vraisemblable que M. le Premier président fût luimême auteur de ces thèses comme s'il les eût écrites de sa propre main, et que, quand même cela serait vrai, elles n'en seraient encore que plus dangereuses, étant certain que Ton serait encore dans une nécessité d autant plus grande de s'y opposer qu'elles auraient été composées par une personne plus illustre, et que cette considération les rendrait encore plus capables de nuire au public. Qu'encore que M. le Premier président et M. son fils eussent bien voulu faire une déclaration publique qu'ils n'avaient point eu d'intention d'attribuer aucun pouvoir à Tlnquisition de Rome, qu'ils savaient bien n'être point reçue en France ; mais que les thèses de Clermont étaient entre les mains de tout le monde et exposées aux yeux du public; qu'un évêque avait eu raison de dire que le tribunal de l'Inquisition de Rome n'était point celui du pape, mais que les Jésuites eux-mêmes l'avaient déjà dit devant lui. Car

rioquisition ayant condamné Rabardeau, Bauny, Gellot et quelques autres jésuites, ils ont écrit que le tribunal de rinquisition était celui d'une puissance étrangère, et non celui du pape, auquel toute l'Église se doit soumettre; ils n'ont pas laissé de soutenir après cela dans ces thèâles du collège de Clermontque ce qui avait été décidé par l'assemblée de l'inquisition avait été jugé par le pape même et par toute rÉglise. Que la demande que M. d'Auch avait faite, 81 au cas que l'on eût fait quelque faute à Rome, c'était à Paris à la corriger, était tout à fait déraisonnable et injurieuse, personne ne pouvant ni douter ni ignorer combien de choses ont été faites à Rome mal à propos dans les derniers siècles, qu'il a fallu corriger, non seulement à Paris, mais dans tout le royaume de France; et que l'on a condamné dans les assemblées de la Faculté de Paris quantité de choses qui eussent été approuvées à Rome. Que l'on ne s'était pas mis en peine de s'enquérir où une doctrine que l'on voulait soumettre à une censure avait pris naissance, en quel lieu elle avait paru la première fois, ni de s'informer du rang et de la dignité de ses auteurs, mais qu'on examinait seulement en ces sortes d'occasions si elle était vraie ou fausse, si elle était conforme à l'Écriture et à la tradition de l'Église, ou si elle lui était contraire. Qu1l se pouvait bien faire que les Romains, et peut-être tous les Italiens et encore les Espagnols, écouteraient volontiers les éloges de l'inquisition, mais que les oreilles et les esprits des Français n'étaient point capables d'y prendre aucun plaisir. Et quant à ce que M. d'Auch prétendait, que par là on avait procuré le repos public, et que les Italiens et les Espagnols avaient plus de religion et de piété que les Français, M. Faure demandait si dans l'une et l'autre Espagne il y avait moins de personnes qui blasphémassent le nom de J. C. que dans ce royaume très chrétien ; et'si les Maures, les juifs, les impies et les philosophes extravagants et fanatiques n'étaient pas encore plus détestables et plus corrompus que nos huguenots. Pour ce qu'il venait de dire du repos public, il était certain que les guerres des Pays-Bas auraient été bientôt apaisées, et que les provinces qui ont été séparées de la domination du roi d'Espagne seraient encore sous son obéissance, si la crainte de rinquisition ne les eût contraintes de se soulever et de prendre

Page 1