‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 287 sur 455 · LIVRE xxxiir · texte numérisé non relu

LIVRE xxxiir

de l'Église dans ses besoins et de la doctrine chrétienne, qu'il est le zélé défenseur du droit français en qualité de roi très chrétien. Est-ce qu'il souffrira qu'on lui impose le joug de ce nouveau tribunal, qui a été inconnu aux premiers siècles, odieux à toutes les nations, formidable à l'Église catholique, et qu'on l'impose en même temps à un royaume très noble et très libre dont il n'est redevable qu'à Dieu seul?

« Et afin que vous sachiez quelle est l'origine de l'Inquisition, quels en ont été les progrès et l'autorité, et quel droit elle s'attribue sur toutes les principautés et les puissances de la terre, sa première institution s'est faite pour réprimer les erreurs des Vaudois et des Albigeois, qui s'étaient répandues de toutes parts, et elle a été commise d'abord aux moines mendiants de Tordre de Saint-Dominique et de Saint-François. D*abord qu'elle parut dans Paris, quoiqu'elle ne fût point encore environnée de cet équipage si terrible où l'on la voit maintenant, elle ne laissa pas de se rendre redoutable dès son berceau même, et en l'année 1456, le 49 de juin, elle fut frappée et battue de ruine par le jugement de la Faculté de théologie et de toute l'Université de Paris assemblée aux Mathurins, et condamnée par nos ancêtres, qui prononcèrent contre elle un jugement plein de gravité. On voit même par les registres de la nation de France qu'ils chassèrent de l'étendue de leur territoire l'inquisiteur de la foi. Paul IIP, voyant que ce tribunal inventé par les moines était fort avantageux pour augmenter la majesté et la domination du pape, jugea à propos de l'embellir et de l'orner; il tira pour l'exercer de plusieurs familles religieuses un certain nombre de personnes, à qui il donna pour chefs et pour présidents deux cardinaux, vers l'an 1540 ou 1542. Les autres papes Jules III", Paul V, Pie IV, Pie V, Sixte V», augmentèrent celte juridiction et la fortifièrent en la comblant de nouveaux privilèges. On accuse devant ces juges toute sorte de personnes, de quelque rang, dignité, sexe, âge, ordre, condi-

\. Alexandre Farnèae (1467-1549), élu pape sous le nom de Paul III en 1534.

2. Jean-Marie du Mont, archevêque de Siponte, élu pape en 1550 sous le nom de Jules III. Il mourut en 1555.

3. Félix Montalte (1521-1590), élu pape en 1585 sous le nom de Sixte V.

tioQ et qualité qu'elles puissent être, laïques, clercs, prêtres, évoques, archevêques, primats, patriarches, ducs, marquis, princes, rois, empereurs, d'avoir abusé des sacre ments, d'avoir de mauvais sentiments louchant la foi, de favoriser ceux qui en ont, de tolérer directement ou indirectement les hérétiques, de violer les privilèges des moines et d'en empêcher l'usage; (nous n'inventons rien pour rendre ce tribunal odieux, ce sont les propres termes des Bulles et du Directoire de linquisition) ; d'avoir troublé les inquisiteurs dans Texercice de leurs charges. Un homme est accusé de ces chefs par trois personnes inconnues, par ses propres ennemis qu'il n'est permis ni de nommer, ni de découvrir, ni de déclarer; et sur cela un homme en son absence et sans être ouï, de quelque condition qu'il soit, magistrat, évéque, roi, empereur, sera condamné; on le livrera aux supplices, on le privera de son honneur, de son sceptre, du droit qu'il a pour gouverner son royaume, et en dégageant ses sujets de la fidélité qu'ils lui doivent religieusement garder en vertu de leur serment; s'il est sur les lieux, on le jettera dans une noire prison. S'il confesse quelque chose des articles dont il est accusé, on lui fera souffrir le dernier supplice; si ne se reconnaissant coupable d'aucune faute, il ne se peut résoudre à se calomnier lui-même, on lui fera passer malheureusement tout le reste de sa vie dans les ténèbres d'un sale cachot; on le contraindra de se rouler misérablement dans la puanteur et dans l'ordure, ayant toujours devant les yeux les spectres horribles des furies infernales et les peintures horribles des démons.

« Y a-t-il q uelqu'un qui puisse se souvenir d'être né libre et d'être homme, sans avoir une juste horreur de ces jugements si injustes, et une extrême aversion pour une cruauté si barbare? Mais comme les évêques et les rois tiennent le premier rang, les uns dans l'Église et les autres dans leurs États, c'est à eux aussi à qui la domination de l'Inquisition [romaine] ' doit paraître plus pernicieuse et plus insupportable qu'à aucun autre. Plusieurs se plaignent avec justice que le droit qu'ils ont déjuger de la doctrine catholique et de ceux qui ont des sentiments contraires à la foi leur est

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