‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 288 sur 455 · LIVRE xxxm · texte numérisé non relu

LIVRE xxxm

ôté par le pape qui se l'attribue à lui seul. On le leur arrache, quoiqu'ils l'aient reçu de Dieu, et qu'ils ne le doivent jamais perdre, pour le donner à ce nouveau tribunal, et le faire exercer en leur place par quelques petits moines et deux cardinaux, ou savants, ou ignorants. Ce tribunal universel, ou pour mieux dire très universel, et cet office de l'Inquisition attire à son jugement toutes les causes au deçà et au delà des monts; ill'étend môme au delà des mers, et s'attribue une souveraine juridiction sur toute l'Église catholique répandue par toute la terre. Ni les privilèges des personnes, ni la coutume des lieux, ni les conventions et les traités qui ont été faits entre la cour de Rome et celle de France, n*ont aucun pouvoir contre :e souverain tribunal. Par ces traités, il est défendu d'appeler aucun français en jugement hors du royaume de France. On ne laisse pas d'appeler à l'Inquisition romaine les évêques mêmes par un usage nouveau, en se contentant d'afGcher l'exploit de leur citation à Rome dans le champ de Flore; et par ce même usage, qui est un véritable abus, on les condamne d'hérésie en les dépouillant de leurs évéchés, sans savoir même l'accusation qui leur a été intentée, sans qu'ils se sentent coupables d'aucune faute, sans avoir été mandés, sans qu'on leur en dise la cause, en leur absence et lorsqu'ils sont aux extrémités du monde. Il en est de même à l'égard des rois, et leur cause en est encore beaucoup pire. Plus ils ont de sujets, et plus ils sont exposés à recevoir des injures. Ils sont contraints de souffrir des hérétiques dans leurs États, de se servir de leurs forces et de faire quelquefois des traités et des alliances avec eux, même contre leurs ennemis catholiques. Je dirais, si tout le monde ne le concevait assez quand même je me tairais sur cette matière, qu'il D'y a point de rois sur la terre à qui le tribunal de l'Inquisition de Rome soit plus pernicieux et plus redoutable que nos rois très chrétiens, que l'auguste sang des Bourbons, que la postérité des Bourbons, que notre roi si bon et si juste, Louis Dieudonné, qui règne présentement. » M. Faure allait entrer plus avant en cette matière si M. l'archevêque d'Auch, qui jusqu'à ce temps-là ne l'avait pu écouter sans beaucoup d'impatience et de chagrin, croyant que tout ce qu'il disait ne tendait qu'à lui faire injure, ne l'eût interrompu là-dessus avec un grand bruit, qui fut ans-

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si excilé en même temps par MM. Grand ia, Houllé, Guyart*, jacobin, et plusieurs autres moines. La chose alla même si avant que MM. Bossuet et de Hodencq, de Navarre, voulurent faire délibérerde la Faculté" s'il ne se taisait promptement, comme si par ce discours il se fût rendu coupable du crime de lèse-majesté. Mais les plus considérables docteurs de cette assemblée empôclièrent cette violence, soutenant que chacun pouvait dire son sentiment avec liberté, et que personne ne devait croire être offensé dans son honneur dans les discours que les particuliers disaient selon la disposition de leur esprit sur les matières dont il s'agissait en ces sortes de délibérations. Néanmoins le bruit et le tumulte qui s'éleva contre M. Faure, les menaces qu'on lui Bt et les injures qui lui furent dites empêchèrent les docteurs qui opinèrent après lui de réfuter ce que M. d'Auch avaU dit si mal à- propos pour' le tribunal de rinquisition. Tous les docteurs de sa faction, et jusqu'à quarante-deux moines donnèrent des avis conformes au S'en. Les aulres docteurs qui passaient pour les plus sages et les plus habiles de leur corps en ressentirent une profonde douleur de se voir ainsi trompés et en même temps accablés par la multitude de tant de suffrages mendiés et si contraires aux anciens règlements. Les uns demeurèrent dans le silence, les autres sortirent de rassemblée sans en attendre la conclusion, et se proposèrent de chercher quelques moyens pour sortir d'une si dure et si dangereuse servitude. Le plus grand nombre forma la conclusion ; et il fut dit non seulement qu'on ne parlerait plus de celie affaire, mais qu'à l'avenir on ne mettrait plus rien en délibération que sur la proposition du syndic. Ainsi le parti des moines demeura victorieux; mais cet^e victoire lui fut funeste, et il ne perdit jamais tant qu'en se procurant ce malhen'*eux avao?age. Les Jésuites seuls en profitèrent, et continuèrent de répandre impunément de toutes paris leur doctrine de rinfaillib'lité du pape même dans les fa» ts. Caria Faculté eût mieux fait de réprimer leur insolence opiniâtre que de se diviser ainsi elle-même. Quelques docleurs avaient

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