Livre xixiti
de procurer beaucoup de mal, et rien ne peut tant nuire à Port-Royal. M. deComminges en est dans une colère et une affliction extrêmes; car enfin cela blesse tout à fait son honneur. Nous avons aussi beaucoup de sujet d'en être mécontents en particulier, mais cela ne m'empêche point de faire tout ce que je puis pour apaiser les autres, comme M. Singlin vous le pourra témoigner. Vous pouviez nous ménager un peu davantage. Vous saviez que nous étions dans le dessein de vous donner sur cela toutes sortes de satisfactions quand l'occasion en serait venue. Vos amis en qui vous vous confiez ici vont un peu vite, et ne considèrent guère le mal qu'ils causent et à vous-même, et à tous vos amis, et à la cause même. Quoi I dans un temps où il fallait tous s'unir pour empêcher un mauvais usage du bref, ou pour y résister si on en fait un mauvais usage, il fallait que le public vît cette division entre nous; que les Jésuites en fissent trophée et en prissent occasion de tout pousser, et que nos ennemis mêmes eussent ce moyen de vous faire persécuter nouvellement ! Tout ce que vous pouvez désirer pouvait se faire d'une autre manière qui n'eût nui ni à vous, ni à nous, ni à [la] cause. Si vous n'étiez qu'à vingt lieues d'ici, je vous irais trouver pour voir avec vous ce qui se peut faire. M. de Commioges est résolu de faire sur ce sujet un écrit pour se justifier. Il travaillait pour empêcher tout mauvais effet de ce bref, et même pour faire l'afi'aire de Sorbonne. Mais il dit qu'il ne peut plus rien, et que cette lettre lui fait perdre toutes ses mesures. Voyons, au nom de Dieu, quel remède on pourrait apporter. 11 me semble qu'il aurait suffi de dire dans cette lettre que vous n'avez point eu de part à ce dernier acte, sans condamner absolument notre conduite. Et il est, ce me semble, très facile de vous justifier sans nous condamner, et de donner un bon tour à votre conduite et à la nôtre. Si vous continuez dans le môme dessein, les Jésuites n'ont que faire d'écrire contre nous pour montrer qu'en vertu de nos paroles nous sommes obligés de condamner le sens de Jansénius, et que nous ne pouvons refuser de le faire sans passer pour menteurs, trompeurs et infidèles ; car il me semble que vos lettres et celles de M. Nicole attachent à cela la nécessité de la défense de votre conduite. Vous pourriez le prendre d'une manière moins injurieuse et moins nuisible à la
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cause, qui vous justifierait fort bien et qui ne nous nuirait point. Je vous conjure d'y bien penser avant que d'aller plus avant, et de ne pas tant écouter quelques-uns de vos amis que vous désobligiez entièrement ceux qui ne le sont pas moins, et qui sont, je vous assure, plus touchés en cela de l'intérêt de votre personne que de toute autre chose.
« Pour moi, quoique je vous représente et quoi qu'il arrive, j'espère que rien ne me séparera jamais de vous. Je ferai tout ce qui sera en moi pour déclarer toutes choses à votre avantage ; et si vous étiez dans la même disposition à notre égard, et que vous voulussiez y contribuer, on pourrait peutêtre empêcher beaucoup de mal. Je m'assure que vous recevrez plusieurs lettres sur ce même sujet. Nous avons préparé un récit de tout ce qui s'est fait jusqu'au départ du paquet de M. de Comminges. Vous avez vu le commencement ; je crois que vous serez satisfait de ce que l'on dit sur le dernier acte. Je vous prie de le revoir et de me mander si vous y trouvez quelque chose à redire. On verra ici quel usage on en fera. Nos amis d'ici Font vu et approuvé. Je n'ai pas pu écrire à M. Nicole sur sa dernière. Je vous salue et vous embrasse de tout mon cœur, et avec autant de respect et d'amitié que si cette petite division n'était pas. »
11 n'y a rien de si dur à une personne innocente que quand ses amis l'obligent à faire tous les jours de nouvelles apologies. M. Ârnauld, qui méritait peut-être plus de louanges que de plaintes et de reproches, était réduit à cette fâcheuse extrémité; mais il n'en était pas plus abattu, et sans rompre avec ses amis, il allait droit à la défense de la vérité, qui était le but qu'il fallait avoir principalement devant les yeux dans un temps où il s'agissait de toutes choses. Ce fut dans cet esprit qu'il répondit ainsi à la lettre de M. de La Lane le 6 de septembre :
« J'ai répondu si amplement aux plaintes que Ton fait de ma lettre en écrivant à M. Singlin qu'il serait inutile... ' ».