CHAPITRE XXI
Lettre de la Mère Agaès à M. d'Angers, son frère. Quelques-uns de ses amis prennent part à son afQiction. Jugement des gens du monde sur la lettre de ce docteur.
Parmi toutes ces afflictions continuellement entassées par l'ordre de Dieu les unes sur les autres, iM. Arnauld ne laissa pas de recevoir des consolations de la part de quelques personnes qui lui étaient unies par Tamour de la vérité, et qui préféraient la cause de l'Église à leurs avantages particuliers*. 11 sut qu'une religieuse de Port-Royal, instruite de la rupture de cette paix, avait envoyé à M. d'Angers le 6 septembre ce billet qui ne respirait qu'un grand amour pour la vérité :
c Puisqu'il n'y a plus rien à espérer du côté des hommes, c'est maintenant que nous devons faire paraître que nous avons désiré la paix pour le bien de l'Église... ^ ».
M. l'abbé de Pontchâteau, qui conversait encore en ce temps-là avec le grand monde, et qui aimant la vérité, aimait aussi et honorait beaucoup M. Arnauld, qu'il regardait comme un de ses principaux défenseurs, lui donnait de temps [en temps] des avis considérables sur les affaires de l'Église, dont celle de la paix était devenue depuis quelques mois une matière de dispute. C'était une choâe assez considérable de voir un proche parent du cardinal de Richelieu avoir tant de zèle pour la doctrine de saint Augustin, mais Dieu le disposait insensiblement par là à un mépris général de tout ce qu'on estime dans le monde et à une retraite générale. Le 9 du mois de septembre, il écrivit celte lettre à M. Arnauld :
« J'ai eu depuis peu un entretien avec une personne qui
1. Uermant avait d'abord écrit : ... avantages particuliers. La Mère Catherine Agnès de Saint-Pau/, gui était sa sœur par la naissance, mais qui lui était beaucoup plus étroitement unie par les liens de la grâce que par la proximité du sang, lui envoya le 6 septembre ce billet tout parfumé de cette onction sainte dont elle était merveilleusement remplie. Puis il a barré celte phrase.
2. V. Lettres de la Mère Agnès (Édition Rachel-Gillet-Faugère), t. IIj p. 107.
45^ MÉMOIRES DE GODBPROI HERMANÎ
me donne occasion de vous écrire, et je crois même y être obligé parce que j*ai appris de certaines choses qui me semblent si essentielles que je serais coupable si je les dissimulais, quoique j*eusse beaucoup de raisons pour le faire et que j'aie juste sujet d'appréhender qu'on me dise : Quu est iste, etc, ? Mais je ne me mets pas en peine de ce qu'on me pourra dire, pourvu que je puisse servir de quelque chose par les avis que je vous donnerai et que je vous supplie de donner à M. Singlin.
u J'ai donc su, monsieur, que M. Tévéque de Comminges est fort embarrassé de sa personne, et qu'il ne sait par où sortir de l'engagement où il s'est mis. 11 en a parlé à M. de Toulouse, qui lui a dit tout franc qu'il n'y avait qu'un seul moyen qui était de signer, et on croit qu'il le fera. On croit de même que ceux qui se sont soumis au pape le feront; au moins est-on persuadé qu'ils le doivent faire, et on ne croit pas du tout qu'ils puissent expliquer la soumission qu'ils ont faite de ce qui regarde le droit, puisque ce n'est point cela dont il est question, et que l'on n a point fait le formulaire pour le droit, et que l'on n'a point refusé jusqu'à présent de signer ce qui regarde la foi; de sorte qu'on ne feint pas de traiter de fourbes ceux qui ont signé la soumission au cas qu'ils aient eu cette restriction dans l'esprit, et on est persuadé qu'on [est] en droit de leur demander qu'ils adhèrent à tout ce qui viendra de Rome. C'est ce qui fait supprimer ce bref, parce qu'il n'est pas assez positif, et on y a écrit pour en avoir un autre qui ordonne la signature, et par lequel on envoie une formule qui sera la même en subtance que celle du Clergé, ou qui pourra être plus dangereuse. L'on propose même quelque chose de plus. Car ils ont dessein de faire condamner des propositons extraites en propres termes du livre de M. d'Ypres. C'est ce qu'on a attiré par la dépêche de Rome, étant très certain qu'on n'en eût jamais rien envoyé si l'on j n'y avait point écrit, et [que] l'on eût joui de la trêve que les brouilleries politiques nous avaient procurée. Ce qui pourrait arriver de meilleur serait que l'envoi du nouveau bref fût reculé jusqu'à ce qu'il y eût un nonce en France et qu'il y vînt un légat ensuite de l'accommodement, qui eût tout le pouvoir nécesssaire. Mais comme il se pourra faire que les Jésuites ne veuillent pas différer si longtemps,