‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 293 sur 455 · LIVRE xxxni · texte numérisé non relu

LIVRE xxxni

ils ont un autre biais, qui est d'adresser ce bref aux évêques de France ; il sera mis entre les mains des agents par le P. Annat; ils assembleront les prélats qui sont à Paris. Ce bref nommera des évêques auxquels le pape donnera un pouvoir pour les choses, spirituelles. Le roi adressera sa déclaration au Grand Conseil pour les temporelles, et ainsî ces bons Pères trouveront les moyens de se satisfaire. On dit déjà que les archevêques d'Auch et de Toulouse, les évêques de Saint-Papoul et de Luçon seront de ces commissaires. L'on m*a parlé ensuite de la lettre de M. Arnauld, du 1" août, dans le sens que quelques-uns de nos amis y ont repris. Les gens du monde, qui ne savent pas ce que c'est que la vérité et à combien de choses on est engagé pour la soutenir, la trouvent trop forte, et croient que M. Arnauld parle trop de lui-même en ce qui regarde la paix de l'Église, comme si elle dépendait de lui. Mais comme ce n*est pas cela qu'il a voulu dire, il m'a été aisé de répondre et d'en faire même convenir avec moi. L'on ne dit donc point que cette lettre porte un si grand préjudice. L*on dit bien qu'elle expose furieusement M. Arnauld, mais elle ne fait rien que n'eût fait également l'acte de ces messieurs. Car, ou ils refuseront de signer ce qu'on leur présentera, et en ce cas M. Arnauld est commis et exposé avec eux; ou ils l'accepteront, et il était exposé en le refusant comme il le serait quand il n'aurait point parlé. Que fait donc cette lettre ? Les gens du monde concluent qu'il a été plus fin que les autres et plus sincère, et qu'il a fort bien compris qu'on ne pouvait rien attendre de favorable du côté de Rome, et qu'il ne fallait pas se persuader que les Jésuites s'y employassent pour procurer une paix qui ne leur fût pas avantageuse. Voilà comme on parle. Car je vous supplie très humblement de croire que je vous rapporte simplement ce qui a été dit, et que tout ce que je fais est d'adoucir certaines expressions dont ces gens-là se servent, et desquelles je ne voudrais pas me servir, parce que je ne voudrais pas parler comme ils font des personnes pour qui j'ai tous les égards et toutes les considérations possibles. Mais je vous assure, monsieur, que j'en suis touché sensiblement, et que je n'ai jamais souhaité avec tant de passion une retraite entière que je le fais à présent. J'y pense continuellement, et je prie Dieu pour cela de tout mon cœur.

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Je voiis supplie de lui demander la même grâce pour moi.

« Ces gens triomphent de la division que cela fera naître parmi les défenseurs de la vérité, et comptent ceux qui seront pour eux et ceux qui seront contre; et ils disent bien que cet acte sera la cause de la persécution qui se renouvellera contre ceux qui ne voudront pas tout signer, étant persuadés que ceux qui Font donné signeront tout.

« Ils parlent de MM. de La Lane et Girard auxquels on fera aussi rendre compte pour ceux qu'ils ont entendus par eorum et omnium etc. J'avais eu la pensée de vous proposer les moyens qui me semblent propres pour sortir avec honneur de cet embarras; mais je n'ose, et j'aime mieux me tenir au simple et naïf récit des pensées et des desseins de nos adversaires; Deus autem in cœlo. Je suis en lui tout à vous. Du môme jour, l'on m'a dit que M. de Beauvais n'approuvait pas l'accommodement, ce que j'ai confirmé; que MM. de Luçon et d'Amiens, nommés pour examinateurs du Journal avec les archevêques de Paris et d'Auch, s'en vont dans leurs diocèses et ne s^en veulent pas mêler. »

On jugeait assez raisonnablement des dispositions de MM. de La Lane et Girard par des apparences assez plausibles, mais ils n'avaient nullement dans le cœur le dessein de signer purement et simplement le formulaire et d'abandonner la doctrine de Jansénius, et l'événement a fait voir sur cela leurs véritables sentiments. Mais ils avaient donné lieu à ces jugements si désavantageux à leur réputation par de trop grandes avances. M. d'Andilly même, qui avait agi avec tant d'ardeur dans cette affaire de l'accommodement dont le succès lui avait paru comme indubitable, écrivit à M. Hermant, le 7 de ce mois, pour lui donner avis que M. d'Angers était fort résolu de ne point exécuter le nouveau bref lorsqu'il lui serait envoyé, et le prier d'en avertir M. de Beauvais, afin qu'il se conformât à cette conduite. Mais la fièvre de ce prélat, qui s'était changée en double tierce, ne lui permettait guère d'avoir de longs entretiens sur une chose de cette importance. Le même M. Hermant, ayant reçu en ce temps-là une copie de la lettre de M. Arnauld à M. de La Lane, fit cette réponse le 10 à M. Taignier qui la lui avait envoyée :

« La lettre de M. Arnauld à M. l'abbé de Valcroissant devrait lui ouvrir les yeux et lui faire compter pour rieu

tous ses avantages imaginaires. Ces deux messieurs sont admirables quand ils veulent que leurs prétentions soient nos règles, et quand ils persuadent malgré nous aux personnes ennemies ou indifférentes, que nous sommes persuadés. Je ne vois que beaucoup de maux à attendre de la fermeté avec laquelle ils s'arrêtent dans leurs imaginations. Mais Dieu nous en garantira, s'il lui plaît, et n'abandonnera jamais sa vérité.

« M. Arnauld m'a mandé qu'il n*a pu savoir par quelle intrigue cette petite lettre a été imprimée. Elle Texpose beaucoup certainement, mais je crois qu'elle sauve toutes choses en l'exposant, et qu'il est de la dernière importance de faire voir qu'il n*y a point en lui est et non. »

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