CHAPITRE XXIÏ
M. SingliD continue ses plaintes eoutre M. Arnauld touchant rimpression de sa petite lettre et lui en écrit une grande.
Quoique la lettre de M. Arnauld à M. Singlin pour justifier sa conduite dût être capable d'en demeurer là, il voulut pousser à bout l'éclaircissement dans lequel ils venaient d'entrer à l'occasion de cette petite lettre du !•' août, qui avait été imprimée et distribuée, et lui en écrivit cette grande, le 10 de septembre :
< Je vous ai toujours cru si sincère et si équitable que je ne désire point faire d'autre juge que vous de la justice de nos plaintes,étanttrèsassuré que si vous aviez su au vrai comme les choses se passent, vous ne vous seriez pas tant hâté d'écrire la lettre que vous avez écrite contre notre acte, et encore moins auriez-vous voulu qu'on la rendît aussi publique que Ton a fait et qu'on l'imprimât. Personne ne s'est plaint de ce que vous n'y aviez point pris de part. L'on le disait même à ceux qui avaient droit de le demander, quoi qu'il ne fût avantageux ni pour vous, ni pour nous, ni pour le bien de la paix, ni pour la cause de la vérité.
« Et cela est si vrai que cela a été su assez publiquement; que M. Le Tellier l'a dit à Madame de Sablé, le P. Annat à des gens de la cour, le P. Ferrier à ses amis ; et vos amis qui n'approuvent pas cet acte, sans l'avoir jamais vu, m^s
8*étonnentde ce que vous n'en étiez pas, Tout dit à toute la terre. On l'a mandé deBeauvais, de Rouen et d'autres provinces. Il me semble que cela vous devait être plus que suffisant pour ne pas craindre qu'on vous Timputàt, et pour craindre encore moins que l'on pût être scandalisé d'un acte qui ne se voyait pas encore, et que Ton pouvait plutôt croire bon que mauvais, à le juger par les personnes qui l'avaient dressé et approuvé. Mais on voit une telle prévention d'esprit à l'égard de tout ce que Ton pouvait faire et accorder, que c'était assez que l'on agréât quelque chose pour le condamner, et surtout sachant que. vous n'y aviez point de part, ayant plus d'estime de vous seul et de [votre] créance que de nous tous, (ce n'est pas en cela que je les blâme, laissant un chacun dans la liberté d'estimer et prendre créance à qui bon leur semble), ils n'ont pas laissé d'improuver même quelque chose que vous aviez approuvé, tant ils sont zélés, et nos articles mêmes.
« Mais ce qui me touche et afflige sensiblement, est de voir des personnes qui n'ont ni science, ni lumière, ni vertu, ni prudence, étant la plupart des séculiers ignorants en ces matières, se mêler de parler et de juger de toutes choses, de nous censurer et coddamner, étant vrai à la lettre d'eux : quœ ignorant, blasphémant. Et dans ce qu'ils en pourraient avoir de connaissance, ils en parlent souvent sans jugement, sans prudence et sans nécessité à toutes sortes de personnes, et à contre-temps, en sorte que cela ne produit que des bruits, des murmures et des plaintes contre les uns et les autres, et souvent contre tous, sans que je sache que personne en eût été édifié et à qui cela puisse servir.
u Je ne vous parle que de ce que j'ai vu et entendu, qui m'en a fait gémir devant Dieu, n'y voyant en aucune sorte la conduite de Dieu, mais beaucoup d'imprudence et de témérité, pour ne rien dire de plus, qui ne faisait que faire faire des fautes aux personnes de piété et à [ceux] de nos amis qui sont dans la cause commune. Je sais bien que vous n'êtes pas capable d'approuver tous ces excès, mais vous leur devez imposer silence autant qu'il vous est possible, et ne vous servir que des gens [assez] sages pour ne pas dire tout ce qu'ils savent de vos sentiments, et tout ce que vous leur dites ou ne leur dites pas. Et puisque j'en suis là, encore