LIVRE XXXIII
que ceci est dit comme par parenthèse, n'est-ce pas une chose pitoyable d'apprendre partout que vous avez fait une réponse à M. de La Lane où vous lui avez bien lavé la tête? M. Floriot le dit k P. R. des Champs à un ecclésiastique du collège des Grassins avec une déclamation contre ce que nous avions fait, et Promé à plusieurs en cette ville. Un de vos amis vous écrit avec la dernière confiance ses sentiments. Je veux qu'ils ne soient pas tous justes. Vous lui faites la grâce de lui répondre, et il faut aussitôt que cette réponse devienne publique, et que la personne en soit déshonorée. On garde l'original pour cela, qui est déjà contre la civilité et Tamitié de laisser Toriginal entre les mains d*un correspondant, et ne laisser qu'une copie à l'auteur à qui s'adresse cette réponse. Quoique dès que je sus que M"" de Sablé l'avait vue, je donnai l'ordre que je pus pour empêcher qu'elle ne se vît. J'en parlai à M. Thaumas, qui me le promit, mais il n'a pas tenu sa parole, ou il avait déjà débité cette nouvelle. Et je ne m'en étonne pas; car je sais qu'il n'a aucune retenue à dire ce qu'il sait qu'il peut croire être contraire à ce que vous approuvez, sans avoir égard si cela vous expose et nous condamne. Le prétendu zèle de la vérité lui fait, et à ses semblables, blesser en une infinité de manières par leur imprudente conduite la vérité, puisqu'elle est inséparable de la véritable sagesse, et qu'il faut aussi bien pouvoir dire avec l'Apôtre : Loquor verba sobrietatis et veritatis.
« Quand je fais réflexion aux lettres que vous a écrites feu M. de Sainl-Cyran et à d'autres^ et que je vois la manière de ceux qui font profession d'honorer la vérité en se mêlant de parler et d'agir dans la cause de l'Église et de la vérité, cela me fait gémir devant Dieu, me rend la vie ennuyeuse, et me fait désirer de m'éloigner loin de tout ceci pour n'en entendre plus [parler], et pour gémir en secret les fautes que j'ai commises et celles de nos amis. Je prie Dieu plus que jamais qu'il rompe le peu de liens qui me restent pour m'aller retirer dans le secret de la solitude, afin de n'avoir plus à me mêler de toutes ces affaires et que Ton n'entende plus parler de moi. Car je ne puis plus porter tout ce que je vois et entends dans toutes ces affaires; tout ce que nos adversaires ont pu et pourront faire ne me pouvant jamais faire tant de peine (et étant à quoi on s'attend, et il y a à
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proGter dans leur injustice, infidélité el persécution) que ce que nos amis nous font souffrir.
« Excusez si je suis si peu la réponse de votre lettre ; je ne puis m'empêcher de vous décharger mon cœur de ce qui me touche le plus. Je sais que vous avez assez de bonté pour le souffrir. Je continuerai de la sorte, non pour prétendre de répondre à toutes vos raisons, mais pour vous dire simplement mes sentiments; il me semble que pour agir dans la vérité et sincérité, que vous n'aviez point besoin de témoigner que vous improuviez notre acte, puisqu'il nous a [été] déclaré par M. Nicole que vous n'y vouliez prendre aucune part. Et en effet il fut donné à M. de Gomminges avant que vous l'eussiez vu, et c'a été par hasard que vous le vîtes, témoignant même à M. Hamon que vous ne souhaitiez pas le voir, qu'il ne vous fût pas porté pour vous solliciter à y prendre part, trouvant bonne la raison que M. Nicole nous dit, qu'il était mieux que vous n'en fussiez pas ; que s'il en arrivait du bien, vous en jouiriez ; que s'il en arrivait du mal par la mauvaise conséquence que Ton en pourrait tirer à Rome par nos ennemis, vous seriez plus libre ensuite de défendre la vérité. Ce fut la même pensée qui retint M. de La Lane de vous la porter le lendemain, afin que l'on pût dire avec plus de vérité que vous n'aviez plus voulu prendre part à rien depuis que vous vous étiez retiré dans votre solitude. En cette manière cela ne vous commettait point ni ne vous offensait point, personne de nous ne s'étant offensé de ce que vous n'aviez pas les mêmes sentiments que nous. Chacun est libre dans ses sentiments et dans sa propre conscience pour ne pas approuver et faire ce que les autres ont fait; mais je ne pense pas qu'on ait la même liberté à improuver les sentiments des personnes que nous ne devons pas estimer moins habiles, éclairées et vertueuses que nous, avec qui nous avons une liaison étroite d'amitié dans la même cause de la défense de la vérité, se trouvant surtout seul de différent sentin)ent des huit ou neuf avec qui on avait agi de concert dans la même cause. Vous pouviez donc en demeurer là, en répondant à ceux qui supposaient que vous désapprouviez Tacte, qu'il n'était point vrai que vous eussiez déclaré votre Jugement là-dessus, et que vous n'aviez voulu y prendre aucune part. J'avais parlé conformément à ce que vous m'aviez