‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 296 sur 455 · LIVRE xxxni · texte numérisé non relu

LIVRE xxxni

mandé, que si vous eussiez su que nos amis eussent écrit à iM. de Comminges que vous n'y aviez point de part, que vous n'eussiez pas écrit à ce prélat^ et que si on vous demandait en particulier votre sentiment, que vous diriez que l'acte en soi ne vous plaît pas et que vous n'y avez aucune part. Cela était plus que suffisant pour répondre à ceux qui disaient qu'on leur avait assuré que vous l'approuviez.

« Mais ce qui m'a encore plus surpris est la conjoncture que l'on a prise pour rendre votre lettre publique. Car elle était moins nécessaire que jamais. On a obtenu un bref du pape pour porter les évoques à faire condamner les cinq propositions comme étant tirées du livre de Jansénius et condamnées en son sens. Cela n'a aucun rapport à ce que nous avons fait, n'en rapportant rien, n'écrivant point à M. de Comminges. Ils ne disent point que c'est pour exécuter ce que l'on prétend que nous avons pu promettre. Rome n'en parle point non plus. Aussi M. de Comminges dit que nous pouvions dire : JS/ihil ad nos, qu'il n'y peut prendre part, ne regardant en rien ce qu'il avait écrit et envoyé de notre part au pape. Personne ne conteste cette vérité que quelqu'un de nos amis qui nous porte cette charité de nous supposer ce que nos amis ne supposent pas ou au moins ne supposent pas encore; que ceux qui témoignent tant de zèle contre ce que nous avons fait leur donnent des armes pour nous combattre. Car il est aisé de nous servir de votre improbation pour prouver que nous nous sommes engagés à condamner le fait de Jansénius, puisqu'il ne peut y avoir que cela qui vous le fait condamner, et tous ceux qui tiennent le même langage. Je ne vois donc pas à quoi cela peut être utile pour la cause de la vérité, de faire parler les principaux de ceux qui l'ont jusqu'à présent défendue, de l'avoir abandonnée. Et pour votre réputation, dont vous faites le principal de votre justification, il me semble qu'elle était assez à couvert par la lettre que vous aviez écrite à M. de Comminges et par celle que nos amis lui avaient écrite, en casque l'on vous reprochât qu'ayant eu part à cet acte, vous ne vous rendez pas à ce qu'on prétend exiger de nous. Vous eussiez été alors en droit de produire la copie de la lettre écrite à M. de Comminges, et d'en demander une de celle que nos amis lui avaient écrite. Mais sans tout cela, n'ayant pas la patience

que quelque chose de public parût que l'on pourrait vous imputer, ou que nos ennemis ou quelque puissance prétendit se prévaloir de votre nom, vous n'aviez qu'à prendre la peine d'écrire à M. de La Lane, ou à quelqu'un de nous, que vous appreniez que Ton faisait courir le bruit que vous approuviez notre acte depuisque vous l'aviez vu. Il eût été aisé de vous satisfaire, comme on le fait dans la relation que Ton a faite, où l'on met que vous n'aviez pu convenir avec presque nous tous de quelque terme que l'on avait mis dans un projet pour la paix; que vous vous étiez retiré dans votre solitude ordinaire, etque l'on ne pouvait répondre de votre disposition ni des absents. Je trouvais seulement ce terme de répondre trop peu avantageux pour vous. Mais votre lettre ayant paru depuis, il n'a paru rien de trop. Cela vous justifiait entièrement, sans nous condamner et sans vous exposer au blâme d'un grand nombre de personnes qui ont de l'estime pour votre personne. Et je vous puis assurer par la connaissance que j'ai des personnes de piété qui voient et entendent ce que Ton dit dans le monde de nos affaires par ce qui paraît au public, que votre réputation y a plus perdu que gagné. £t c'est encore là un des grands sujets de ma grande peine, étant assuré que les impressions que l'on prend de vous par votre conduite envers nous font un grand tort à la bonne cause que vous défendez, et encore plus au bien que l'on doit attendre de vos ouvrages, de votre vertu et bon exemple. Dieu m'est témoin si je tâche de la défendre et de la ménager autant qu'il m'est possible. J'ai caché autant que j'ai pu ce que j'ai cru lui pouvoir nuire, et comme je la crois plus importante à l'Église que la mienne propre, il me semble que je n'aurais nulle peine avoir flétrir et diminuer la mienne par l'augmentation de la vôtre. Plusieurs se trompent de s'imaginer que notre réputation consiste à s'éloigner de tous les termes qui ont l'apparence de rendre trop de respect à la constitution du pape où il y a un fait décidé que nous n'estimons pas véritable, et au jugement duquel aucun de nous ne peut acquiescer comme vrai, sans craindre le scandale que l'on donne et les fautes que l'on peut commettre en parlant avec trop peu de respect des décrets et des jugements des papes et des supérieurs, quoiqu'injustes; surtout ceux qui n'ont ni science, ni vocation, ni mission à parler de telles

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choses, et cela sans jugement, saus nécessité, à toutes sortes de personnes indifféremment, comme de dire : Anathème au pape et à son bref dernier, ainsi qu'a dit un ecclésiastique à une personne de qualité qui en fut bien mal édifiée, quoiqu'elle honore tous ceux qui ne voudraient pas souscrire à la condamnation du livre de M. d'Ypres. Je sais bien que vous n'approuvez nullement semblables excès ; mais il est fâcheux que ceux qui témoignent vous être plus attachés et qui s'autorisent de votre nom parlent avec tant d'imprudence et de zèle mal réglé. Ils n'ont point de honte de nous imposer en assurant que nous nous étions engagés par notre acte à nous soumettre à condamner M. d'Ypres et à signer le formulaire.

« M. Haslé venant à Paris vint avec cette impression, et quand il a vu ceux qui avaient signé cet acte, il a eu grande joie d'en voir ia fausseté. Mais ce qui m'a plus surpris est qu'il semble que vous soyez dans ce même sentiment dans la lettre que vous m'avez écrite, et à M. de La Lane encore plus clairement. Il semble que vous ayez oublié les termes avec lesquels la soumission que nous promettons au pape est limitée. En effet, les Jésuites jusqu'à présent ne l'ont pas pris de la sorte, et il est très fâcheux que cette interprétation désavantageuse vienne et se répande dans le monde par nos amis mêmes. Et outre que cela n'est point dans la vérité, je ne suis point persuadé, comme je vous ai déjà dit, que votre réputation dépendît de l'improbation de notre acte; puisque vous avez eu des raisons très solides de n'y prendre point de part, et à tout ce qui s'est proposé depuis votre retraite devers nous, par la crainte que vous aviez que les Jésuites n'abusassent de tout ce qu'on leur pourrait accorder; quoiqu'il n'y eût rien contre la vérité de nos sentiments et la sincérité chrétienne; et j'avais toujours cru que vous le prendriez de la sorte, et que nous vous aurions pour principal défenseur de notre acte, tant pour la bonté et amitié que vous avez pour nous, que pour le bien de la cause commune, et je ne me saurais persuader que vous ne le soyez pas encore, en cas que nos ennemis voulussent lui donner une interprétation contraire à nos véritables sentiments, que vous savez comme nous-mêmes. Car laissant [à] part la faute de fermeté que l'on peut avoir faite de se fier trop à des gens en qui il a paru si peu de sincérité,

VOUS savez trop bien que sans rien forcer dans nos termes, ni se servir d'équivoques, on a lieu de faire voir que l'on ne s'est engagé qu'à donner des marques de soumission plus grandes pour l'adhérence à la foi décidée, et de respect pour le fait. Et je ne comprends pas comment vous pouvez croire que ce que vous écrivez là-dessus ne nous saurait nuire, et qu'il ne regarde que votre justification qu i vous expose à la persécution, et à quoi vous vous soumettez plutôt qu'à l'opinion que l'on prenne que vous avez manqué à la sincérité. Car si vous [y] eussiez manqué en y prenant part, il faut donc que nous y ayons manqué. Et ne croyez-vous pas que nous dussions aussi bien que vous préférer la persécution à celte opinion de manque de sincérité, et que ce jugement qu'en forment et publient tous ceux qui ne l'approuvent pas parce que vous ne l'approuvez pas ne nous soit plus sensible que tous les maux que nous peuvent faire nos ennemis? Et après cela, vous vous étonnez du bruit que l'on fait sur ce que vous avez écrit I Je vous supplie de vous mettre à notre place, et si vous souffririez paisiblement un tel jugement de vos propres amis, et si, étant persuadé que vous n'avez blessé en rien ni la vérité ni la sincérité, vous ne tâcheriez pas de vous défendre contre ceux qui vous l'imposent et qui supposent que l'on a promis de faire tout ce que le pape ordonnerait, qui est bien différent de l'aveu que vous supposez que nous devrions faire pour édifier l'Église de notre trop grande facilité de traiter avec des personnes qui n'ont nulle fidélité et bonne intention pour la véritable paix de l'Église. Je veux croire qu'en écrivant votre lettre, vous n'avez point eu intention de nous taxer, mais tout le monde qui n'est pas si habile pour le prendre dans le sens que vous m'écrivez l'ont (sic) prise pour une improbation et condamnation, en taxant de défaut de sincérité de s'être servis de moyens malhonnêtes pour procurer la paix de l'Église. Et comme personne ne demeure presque dans la modération, exagérant en bien ou en mal tout ce qu'il approuve ou condamne, on ne doit rien exposer au public qui ne soit dans la dernière exacleté (sic) et nécessité, surtout lorsqu'il sera sujet à la censure de tout le monde par le parti que l'on prend de part et d'autre. Je ne doute pas que l'on ne vous ait écrit les discours et les gloses que l'on en a faits. C'est à quoi je

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ne m^arrête guère quand il n'y a qu'à souffrir. Voici le sentiment que l'on m'a écrit d'un ministre d'État à qui l'on porta votre lettre. Il répondit : « Que M. Arnauld était un « esprit singulier qui n'épargnait personne, et qui faisait « paraître une extrême hardiesse en traitant d'apostats ceux « qui ne suivaient pas aveuglément ses pensées. » Cela fut dit à un évéque qui ne nous est pas défavorable. Une personne de grande qualité, qui prend votre parti, soutient que cette lettre n'était point de vous, par cette preuve qu'elle n'est pas seulement mauvaise en sa substance, mais en son expression, et qu'elle était mal écrite. Il a voulu par là se consoler en vous défendant. Une personne qui lui est bien proche, et qui avait beaucoup de douleur de cette lettre par l'estime qu'elle fait de nous et de vous, a dit qu'elle nous voyait maltraités de vous. Voilà ce que m'écrit une personne sincère et pour qui vous avez beaucoup d'estime. Jugez par là de combien de façons on parle de votre lettre. « En voilà trop sur ce sujet. Vous y ferez en la présence de Dieu l'attention que nous devons faire sur des affaires importantes, où beaucoup de gens de bien dégagés de passion et qui ont amitié pour nous trouvent que nous y avons blessé la justice et l'amitié, et causé beaucoup de division et de murmure de part et d'autre.

tt Pour moi, j'en ai beaucoup de douleur, non ce me semble pour la part que j'y ai, mais pour les maux et scandales que cela cause dans les uns et les autres. Je prie Dieu que tout cela s'étouffe bientôt. Si tout le monde était dans la même humeur et disposition où sont ceux avec qui je suis présentement, l'on n'eu aurait fait aucun bruit et Ton n'eu aurait pas dit un mot. On a empêché une personne qui s'y trouve bien offensée d'écrire pour justifier sa conduite sur ce point, n'ayant rien fait dans cette affaire et écrit que de conforme à vos sentiments, en le prouvant par des projets et des formulaires que vous avez faits. On ne parle pas du dernier, où vous ne vous rendiez que par violence, et si l'on eût demandé nos avis ou voulu croire, personne n'en aurait rien dit, ni donné notre acte au public pour l'en faire juge, suivant cette maxime des Pères que l'on gagne plus souvent pour la vérité, même qui nous regsfrde, en souffrant qu'en combattant; surtout quand c'est contre nos amis qu'il faut se justifier, la patience et le

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silence étant le meilleur parti souvent en telle rencontre.

« Et comme j'ai à vous parler sur la personne à qui vous croyez que j'ai trop d'attache, je suis bien aise que vous sachiez sa modération à ne pas produire ce qui peut contribuer à sa justification. 11 y a plus de deux mois qu'il a fait des remarques fort exactes sur toute la réponse que vous avez faite contre son écrit.

« Je ne puis pas vous assurer, et encore moins vous persuader qu'il a parfaitement bien justifié son écrit contre tout ce que vous lui objectez, mais au moins vous pouvez bien croire qu'il est très persuadé qu'il justifie bien son écrit. Et cependant depuis qu'il l'a mis entre nos mains et celles de M. Guillebert pour le revoir et le transcrire, il n'en demande pas seulement des nouvelles. Il l'a fait pour vous, il ne nous porte point à le rendre public, contre ce que m'avait assuré M. Nicole, que la nécessité seule de le faire transcrire avait contraint de le donner à M. Lancelot et à M. de Pontchàteau pour en avoir une copie au net. Cependant j'ai appris avec douleur qu'elle se répand jusque dans les provinces, que les dames du monde l'ont vue et toutes sortes de personnes sans en avoir l'ombre de nécessité. On ne voyait point cet écrit, et quant je l'ai vu, il n'y était plus question du point qui y est traité quand on a rendu publique votre réponse. Ce que je vous puis assurer de lui est que quand il prétendrait avoir plus d'avantage sur l'écrit d'un ami que vous ne prétendez en avoir sur le sien, qu'il serait incapable de produire ainsi une réponse en public, et tout ce qu'il pourrait faire serait de s'adresser à l'auteur pour lui faire voir en quoi il se trompe. Il est vrai que j'ai beaucoup d'estime de sa science et de ses lumières ; mais j'en ai encore davantage de sa retenue et de sa conduite dans de pareilles rencontres, ne fuyant rien tant que de produire quelque chose au public qui ^viennede lui, quelque bon qu'il fût, et encore plus quelque chose qui ferait voir en quoi son ami se trompe. Car si l'on croit qu'il est important de produire une vérité au public, il n'est pas nécessaire que ce soit en réfutant l'avis contraire au nôtre, mais bien de satisfaire à notre ami, qui désire de savoir de nous notre sentiment, sans l'étendre au delà du nécessaire, comme il semble que vous avez fait, et comme vous en jugerez quand on aura fait transcrire votre réponse toute

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