‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 297 sur 455 · LIVRE xxxiii · texte numérisé non relu

LIVRE xxxiii

apostillée, y ayant plus de cinq cents remarques qui tiendront bien autant que votre réponse, qui est de vingt-trois feuilles. Mais comme Ton n'a point de chaleur pour cela, et qu'on ne voit point de nécessité, on ne se hâte point de faire rien transcrire. Ce que j'y ai remarqué est que je ne vois personne d'infaillible dans ses raisonnements ni dans les faits qu'il rapporte. Ce n'est pas à moi à me rendre juge entre vous deux. J'y ai appris bien des choses dans tous les deux. En lisant votre réponse seule, elle me fit suspendre le sentiment de l'écrit, et dans cette diversité de sentiments, je suis très aise que l'on n'ait point de nécessité de prendre parti. Car Ton n'en viendrajamais là, selon toutes les apparences, de se contenter que l'on dise qu'on reçoit les constitutions. Au reste, je ne sais si vous avez bien pensé à ce que vous m'avez écrit sur le sujet de l'attachement prétendu que j'ai de croire aveuglément tout ce que cette personne dit, comme un oracle et comme étant infaillible.

« 11 est sans doute que j'ai beaucoup de vénération pour tous ses sentiments sur l'Écriture Sainte et ce qu'il nous dit de la tradition et de la doctrine de l'Eglise, ne sachant personne qui ait plus de lumière que lui. Mais cela ne me fait pas rendre à tous ses avis dans des choses morales contestées quand je ne conçois pas ses raisons, quoique je suppose qu'il en a de bonnes et qu'il n'y a que sa propre conscience et sa lumière qui lui font suivre ce qu'il propose. Et pour preuve que je ne le mets pas en la place de Dieu en le prenant lui seul pour la règle de la vérité, vous nous avez vus avec M. Guillebert ne le suivre pas dans son avis touchant la réception des bulles, et par cela seul que tous les autres étaient d'un avis contraire. Et quoique je sois assez persuadé par tout ce que j'ai vu qu'il a écrit sur ce sujet que l'on ne s'engage non plus à la créance du fait, en disant seulement que l'on reçoit les constitutions et que l'on s'y soumet, que par tous les projets que l'on avait faits pour rendre la soumission due au pape sans s'engager à la créance du fait, je n'aurais pas voulu le faire, voyant tout le monde dans un autre sentiment. Je ne sais donc d'où vous prenez que je ne mets point de bornes à la soumission que je lui rends et que je le constitue en personne infaillible en lui rendant une obéissance aveugle. Et vous prétendez le prouver par la diversité des sentiments que

cette personne a eus, quoiqu'il ne s'ensuive pas de ce qu'une personne change de sentiments en s'éclaircissant plus particulièrement de la conduite que tient l'Église dans la réception de ses décrets, que l'on tombe dans Terreur en l'écrivant. 11 a dit d'abord ce que son sens et sa propre lumière lui a suggéré à la proposition d'un décret où le fait était décidé avec des propositions de foi.

v Et sMl n'est jamais permis de changer de sentiment ni de croire les personnes qui en peuvent changer, Ton n'aurait pas dû croire saint Augustin, qui en a changé; ni Port- Koyal n'aurait pas dû vous croire vous-même sur leur dernière signature, ayant eu de vous [il y a] trois ou quatre ans un autre modèle bien diflTérent, que vous m'avez dit depuis que vous n'auriez pu conseiller, ayant eu d'autres lumières depuis ce temps-là. 11 me semble que vous avez en cela blessé l'équité, de vous être si souvent servi contre lui de son premier sentiment différent de ses derniers. Dans le premier, il n'a apporté aucune autorité, et n'a pas cru en préférer ce que sa propre raison lui a suggéré à ce qu'il a trouvé de la conduite de l'Église en consultant l'antiquité. Cependant, c'est le reproche que vous lui faites souvent dans vos lettres, et dans des mémoires que vous avez rendus publics et que Ton m'objecte souvent. Il n*est pas question de son ancien sentiment, s'il est bon ou non ; mais de savoir si celui qu'il propose est véritable. Voilà de quoi il s'agit, et non pas de s'imaginer, comme on me l'a dit et que Ton fait courir, que la lassitude de la persécution, l'envie de conserver son abbaye et d'y établir des religieux l'a fait changer plutôt de sentiments que la vérité, le bien et la paix de l'Église. Pour moi, je ne crois pas qu'on puisse former et publier un tel jugement' contre un homme de bien sans crime, à moins d'en avoir des preuves évidentes, et que la solide vertu que l'on avait cru être en lui n'était que feinte et imaginaire. Kt je ne sais si dans toutes les justes plaintes que vous pouvez faire, vous en pouvez trouver aucune qui ait Tomhre d'un tel jugement, qui vous fît passer pour un lâche prévaricateur de la vérité par un intérêt humain, et pour se procurer pour un peu de temps un intérêt temporel et passager. Mais ce qui m'a encore beaucoup surpris (car il faut que je vous décharge mon

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