‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 4 sur 455 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Réponse de M. d'Andilly à M. de Comminges sur les premières propositions de cet accommodement. On en envoie un grand mémoire à cet évêque.

M. d'Andilly, qui était plein d'estime et de respect pour la personne et le mérite de M. l'évêque de ,Comminges, reçut avec autant de joie que d'étonnement cette proposition de paix qui était tout à fait conforme à son inclination. On n'a point la première réponse qu'il lui en fit, mais voici les propres termes de la seconde, datée du 25 août :

« Vous avez vu par ce que je vous ai mandé ensuite de votre lettre du 7, quel a été mon étonnement d'une proposition que l'on aurait si peu attendue, et votre lettre du 16, que je viens de recevoir, l'augmente encore de telle sorte que je ne puis considérer cela que comme un miracle. Car quel moyen de douter que la chose ne soit véritable, puisque vous en êtes persuadé, et que vous connaissant au point que je fais, je vous crois moins capable qu'homme du monde de vous laisser éblouir par de fausses apparences. Que si donc les parties de M. Arnauld agissent, comme je le veux croire, d'aussi bonne foi que je suis assuré qu'il agira, j'espère fermement, avec la grâce de Dieu, que ce qui paraissait impossible se trouvera facile dans l'exécution, puisque du côté de delà les intérêts de M. Arnauld ne passeront que par vos mains et du côté de deçà que par celles de M. ***, qui sont deux personnes qui chacune se peut fier à l'autre comme à elle-même, et qu'ainsi, si ceux qui traiteront de l'autre côté agissent de la même sorte, je ne vois nulle difficulté à terminer promptement cette affaire par un accommodement raisonnable, vu principalement ce que vous avez si judicieusement représenté qu'il faut commencer par éviter les poursuites, comme on commence toujours par une trêve pour en venir à une paix.

« Voilà ce que je vous puis mander maintenant touchant l'affaire en général, parce que les personnes dont M. Arnauld prend conseil ne sont pas encore de retour d'un voyage d'où on les attend à toute heure.

« Mais cependant, pour avancer toujours les choses, je vas

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VOUS dire mes sentiments, auxquels je serais fort trompé si les leurs ne sont conformes, et je vous les dirai sans aucun ordre, comme ils me viendront dans l'esprit.

« Connaissant au point que je fais l'humeur de M. Arnauld et de ceux auxquels il se confie, je puis sans crainte vous répondre deux choses : Tune qu'aimant autant la paix qu'ilsfont ils entreront de tout leur cœur dans un accommodement, et l'autre qu'ils conviendront sans peine et avec une sincérité non pareille de tout ce que vous jugerez raisonnable et qu'ils croiront pouvoir faire en conscience. Et ce point là de leur conscience étant le pivot sur lequel tourne toute l'affaire, c'est ce qu'il faut éclaircir à fond, puisque tout ce qu'on établirait sans cela tomberait par terre. Et je vous en puis parler avec certitude, parce que je connais en cela le fond de leur cœur à tous comme le mien propre. Or ils sont tellement persuadés de ne pouvoir passer aucun autre titre que celui qu'ils ont déjà signé, que si l'on s'opiniâtrait à y vouloir changer quoi que ce soit, ce serait travailler en vain que de vouloir entrer plus avant en conférence.

« Mais comme cette reconnaissance qu'ils ont faite et donnée en bonne forme est plus que suffisante pour assurer l'hypothèque de la somme pour laquelle on les poursuit, ce serait une pure chicanerie que de ne s'en pas contenter. Ainsi il n'y a pas lieu d'y changer seulement un iota. Quant au reste, je n'aurai nulle peine à vous rendre absolument maître de l'affaire, sachant quelle est votre sagesse, votre capacité et votre équité. Et pour en venir au particulier, je suis très persuadé que vous ne trouverez rien de plus raisonnable que de rendre à M. Arnauld ce qu'on lui a ôté injustement par cette censure qui ne pourrait du tout subsister lorsqu'on jugerait l'affaire au fond, et qu'en effet, ce n'est rien demander que de demander qu'on remette les choses en tel état qu'elles étaient auparavant, moyennant quoi M. Arnauld cessera toutes les poursuites qu'il pourrait faire avec justice pour les dommages et intérêts qu'il aurait tant de droit de prétendre.

« Que si l'on dit que c'est vouloir donc que l'on lui donne et ne donner rien de son côté, je réponds que quand on a ôté par violence le bien à un homme, on ne saurait prétendre que ce soit lui donner quelque chose que de le lui

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rendre, el que c'est au contraire donner quelque chose à celui qui le lui a ôté que de ne le point poursuivre en réparation du tort qu'il a fait.

« Mais je passe plus avant. Car qu'y aurait-il de plus raisonnable que de rétablir M. Arnauld dans le rang dont vous savez mieux que tout autre comme il a été injustement dépossédé, puisque vous étiez un de ses juges? Et je doute néanmoins que Ton doive proposer cela de crainte que ce ne fût un obstacle à cet accommodement que je souhaite de tout mon cœur. Voilà donc pour ce qui regarde M. Arnauld.

« Et quant à ses amis, je n'y vois nulle difficulté, n'y ayant qu'à cesser de les poursuivre. Et vous remarquerez s'il vous plaît que ce qui rend cet accommodement très facile du côté des parties de M. Arnauld, s'ils veulent agir de bonne foi, est qu'excepté de le remettre dans la jouissance du bien qu'on lui avait séquestré, ainsi que M. de *** s'y était obligé par écrit à une condition qui a été très ponctuellement exécutée et au delà, les dites parties n'ont autre chose à faire qu'à ne rien faire. Tellement quequoiqu'ayant opprimé M. Arnauld, ils sortiront de cette affaire avec tout l'avantage qu'ils sauraient désirer selon le monde. »

M. d'Andilly ayant envoyé cette réponse de son chef et sans en avoir donné aucune part à M. Arnauld ni à aucun de ses amis intéressés dans son affaire, M. Singlin et quelques autres n'en furent pas entièrement satisfaits, et crurent qu'elles' étaient trop fortes en ce qu'il avait mandé que les religieuses de Port-Royal ne pouvaient faire autre chose que ce qu'elles avaient déjà fait.

Quelques jours après, on écrivit à M. Arnauld pour l'engager à dresser un mémoire qui expliquât ses intentions et celles de ses amis. Quoiqu'il fût de dix ou douze pages, il le fît en un jour, étant assisté de M. Nicole, et il y expliqua fort nettement sa pensée et celle des religieuses touchant cette affaire, et ils crurent que ce mémoire devait servir au moins pour justifier la conduite de ces filles dans l'esprit des évêques de Languedoc qui voulaient procurer la paix de l'Église, et qu'il devait être assez clair pour empêcher qu'ils ne prissent de fausses mesures en s'imagi-

1. Sic, il b'agit sans doute des exigences d'Arnauld d'Andilly.

nant que ce docteur et ses amis pourraient se rendre à quelque signature équivoque selon laquelle ils pourraient dire qu'ils n'auraient pas condamné M. d'Ypres, quoique leurs adversaires pussent aussi leur attribuer de Tavoir condamné.

Ce mémoire ayant été envoyé à Port-Royal, il y fut fort approuvé, et M. de Sacy, à qui on le montra ensuite, témoigna en être fort satisfait. Mais l'empressement de M. d'Andilly, qui voulait qu'on l'envoyât promptement à M. de Comminges, ayant empêché d'en faire part à M. Singlin, il n'en fut nullement content, non plus que de la lecture qu'on lui en fit quelques jours après, parce qu'il lui semblait qu'on ne s'abaissait pas assez, qu'on parlait trop fermement et qu'on se découvrait trop. M. Guillebert, docteur de Sorbonne, se trouva du même avis que lui, et tous deux ayant prié M. Arnauld, le 13 de septembre, de les venir voir dans leur retraite, leur premier entretien fut [sur] ce sujet. Mais leurs raisons, bien loin de persuader M. Arnauld, lui firent voir davantage la nécessité de ce mémoire. Car il reconnut dans leur conversation que ce qu'ils y trouvaient le plus à redire était qu'il y excluait trop formellement les déclarations équivoques et ambiguës, ce qui l'obligea de leur dire avec quelque force qu'il aimerait mieux qu'on lui eût coupé le poing que de rien signer qui eût un double sens. Tel a toujours été son amour pour la sincérité chrétienne. Il leur dit la même chose des constitutions, qu'il ne les signerait jamais, et ils lui avouèrent qu'on ne les devait pas signer simplement ; mais il vit en même temps la disposition où ils étaient de se contenter de quelque déclaration équivoque, ce qui lui parut indigne de cette même sincérité.

Ils voulurent ensuite l'engager à écrire une lettre à M. de Comminges qui contînt des protestations générales de se rendre à tous les accommodements raisonnables. Mais il leur représenta que cela ne disait rien et ne donnait aucune instruction à un négociateur, et que de plus, il ne jugeait point qu'il fût à propos que son nom parût en toutes ces affaires, ni qu'il s'engageât à rien. Et ils se rendirent à cette raison, ce qui n'empêcha pas qu'une personne du monde qui s'entremettait de {sic) cette affaire ne lui vînt encore faire la même proposition quelque temps après; mais il la rejeta absolument.

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