CHAPITRE XXV
Relation des conféreuces du P. Ferrier publiée avec beaucoup de retrauchemeats.
Toute la modération de M. Arnauld lui avait été inutile à l'égard de ceux qui n'avaient pu souffrir la publication de sa lettre du 1" août, quoique faite sans sa participation. Les lettres qu'il avait écrites pour se disculper n'avaient servi qu'à les aigrir plus que jamais, et au lieu de se guérir par la lecture de ces lettres, ils attribuaient avec invectives l'impression de celle qui leur causait tant de peines et de chagrin à des personnes de considération, accusant particuhèrement M. le duc de Roannez d'en avoir distribué des copies, quoique par des considérations de charité et d'hon- I neur ils dussent épargner le nom de ce seigneur, qui n'en "' avait donné que très peu de copies, et à des personnes qui n'en pouvaient faire un mauvais usage. Ils se plaignaient
hautement de ce que M. Ârnauld étant seul de son côté, et n'ayant presque pour lui que ce duc et un très petit nombre d'amis, il s'exposait ainsi à découvert à la fureur de ses ennemis et les mettait eux-mêmes hors d'état de le pouvoir assister. Selon eux, il n'avait pour lui que ce seigneur, M. de Sainte-Marthe et quelques autres non docteurs et sans aucun nom, et qui ne portaient pas coup dans l'affaire. Cependant la vérité était qu'il avait plus de docteurs et d'ecclésiastiques de marque de son côté qu'il n'y en avait pour ceux qui faisaient ces plaintes contre lui, la plupart même de ceux qu'ils comptaient pour eux étant pour ce docteur, ou plutôt pour la cause de l'Église qu'il soutenait, et ayant toujours persévéré dans cette union.
M. de Comminges aurait voulu obliger M. Arnauld par le moyen de M.M. de La Lane et Girard à une rétractation de sa lettre, ou au moins à une explication qui en ôtât le mauvais sens qui lui déplaisait, et déclarait que saos cela il ne pouvait faire de relation de toute l'affaire et ne s'en voulait plus mêler.
Ces deux théologiens, voyant la nécessité pressante qu'il y avait de publier cette lettre,dressèrent une relation à laquelle ils joignirent une partie de la lettre que M. Arnauld avait écrite à M. de Comminges pour se retirer du traité et de ses suites» et leur dessein était de la faire imprimer, ainsi que l'un d'eux s'y était engagé lui-môme en écrivant à ce docteur. Mais ce dessein fut changé parce que ce prélat, duquel ils dépendaient en toutes choses, ne jugea point à propos qu'on publiât cette relation ni que l'on fit voir aucun extrait de la lettre de M. Arnauld, parce qu'il avait assuré dans le temps qu'il croyait que les Jésuites agissaient de bonne foi, que tout le monde était d'accord, sans en excepter même ce docteur, de tout ce qui s'était fait en sa présence, et il en avait usé ©insi pour ne pas empêcher le bon effet qu'il attendait de la négociation, et que ces Pères lui faisaient espérer chaque jour.
Ainsi MM. de La Lane et Girard changèrent cette relation en un imprimé qu'ils voulaient faire courir, où ils avaient mis leur acte tout entier avec un extrait de l'écrit qu'ils avaient donné à M. de Comminges le jour de l'envoi du paquet à Rome, dans lequel ils lui déclaraient que par l'acte qu'ils lui avaient mis entre les mains pour être envoyé à
Sa Sainteté, ils n*avaient nullement entendu parler au nom de M. Arnauld ni des autres particuliers qui étaient à la campagne, mais seulement en leur nom et au nom de leurs amis qui étaient alors à Paris. Mais cet écrit n'étant pas encore au gré de tout le monde, la publication en fut suspendue pour un temps, et ces messieurs se contentèrent de publier partout que M. Arnauld se plaignait d'eux injustement, puisqu'il était constant que les actes qui avaient été faits ponr terminer l'accommodement n'avaient pu être faits en son nom, et qu'ils l'en avaient excepté par une déclaration expresse. Néanmoins ce remède ne les contentait pas encore, parce que les amis de M. Arnauld leur reprochaient que M. de Gomminges, M. Singlin et quelques autres avaient toujours parlé sur le fait de ce docteur comme s'il eût été consentant du résultat de toutes leurs délibérations, ce qui n'étant pas véritable, il semblait que M. Arnauld ne pouvait moins faire que d'écrire à ceux de ses amis qui étaient scandalisés du consentement qu'on l'accusait d'avoir donné à cet accommodement la manière avec laquelle il s'en était expliqué dans ses lettres à M. de Gomminges et à M. de La Lane. Enfin ils publièrent cet écrit sans s'arrêter aux difficultés que M. de Saint-Gyran [et] M. Guillebert avaient faites sur celte publication dans la pensée qu'elle blesserait M. de Gomminges. M. d'Andilly s'étant trouvé à Paris en ce temps-là fit un grand bruit contre la publication de ces actes, dont l'un était entier et l'autre n'était qu'un extrait. [IIJ fit avertir les libraires qu'il croyait y avoir part d'en suspendre encore la publication pour un temps, et cependant, ayant conféré avec MM. de La Lane et Girard, il les porta à consentir à celte suspension. Ensuite il leur fit comprendre que le dernier acte qui concernait l'exception qu'ils avaient donnée tant de M. Arnauld que des autres qui étaient dans les provinces était injurieux à M. de Gomminges, qui avait dit à plusieurs personnes que tout le monde, et même M. Arnauld, étant* d'accord touchant l'accommodement, il fallait nécessairement le retrancher de leur écrit et y substituer quelque autre chose en la place, ce qu'ils lui promirent. Ainsi, au lieu de l'extrait de cet acte, ils firent imprimer un autre acte qu'ils avaient dressé