LIVRE XXXIII
« Le P.Ferrier vient de sortir de céans, qui n)'a témoigné qu'il était bien fâché de la lettre de M. Arnauld, et qu'il croyait que vous en avez été affligé. Je lui ai dit ce que vous m'avez mandé.
a Adieu, mon très cher et très fidèle ami, je serai pour vous inviolaLlement ce que je vous ai promis, c'est-à-dire jusqu'à la mort la personne du monde sur qui vous pourrez compter le plus assurément, et qui conservera pour vous des sentiments de tendresse, d'estime et de respect que rien ne sera jamais capable d'altérer. »
M. de Coraminges, étant reparti de Paris pour Vincennes, se présenta devant S. M. environ le 18 de septembre. Avant que de parler au roi, il trouva M. de Rodez, nommé à l'archevêché de Paris, et s*étant entretenu avec lui de toute cette affaire, il le fil convenir de plusieurs choses, et entre autres qu'après la déclaration que ces messieurs avaient envoyée au pape louchant leur doctrine, qui était toute catholique, on ne pouvait plus sans injustice les accuser d'hérésie et leur reprocher d'être rebelles au Saint-Siège. M. de Paris, en étant tombé d'accord et lui ayant avoué qu'une telle accusation serait injuste, lui dit que le roi ne demandait rien autre chose, sinon que ces messieurs donnassent des marques positives de leur soumission au pape par la réception de ce bref. A quoi M. de Comminges ayant réparti qu'il y travaillerait, ils allèrent ensemble trouver le roi, qui témoigna à ce prélat qu'il était très satisfait de sa conduite, qu'il l'estimait et était persuadé que tout autre que lui n'y aurait pas réussi ; qu'il l'avait mandé pour lui rendre ce témoignage et pour le conjurer de s'appliquer à l'achèvement de cette affaire, en portant ces messieurs à donner au pape tout le consentement qu'il attendait d'eux ensuite de leur acte de soumission. M. de Comminges promit à S. M. qu'il ferait tous ses efforts pour y réussir puisqu'elle l'ordonnait ainsi.
Tous ceux qui avaient de l'amour pour la vérité et pour la justice furent surpris du silence de M. de Comminges sur le mauvais traitement qu'on lui avait [fait], et sur ce qu'il avait perdu dans cette audience l'occasion du monde la plus favorable pour représenter au roi combien ce bref était injurieux à l'Église et aux évêques, et comment il avait été fabriqué à dessein de maintenir l'opinion chimérique de
l'infaillibilité et l'autorité souveraine et absolue du pape sur toutes les églises. 11 y avait lieu de représenter à S. M. que les Jésuites abusaient de son autorité et de sa bonté en remployant pour favoriser ce dessein de Rome, dans la vue de conserver les intérêts de leur compagnie, qui les portaient à vouloir toujours se maintenir dans leurs erreurs, et que dans toute cette affaire ils n'avaient agi qu'en fourbes qui n'avaient point d'autre intention que de tromper ceux avec qui ils traitaient. Mais il y a de l'apparence que ce prélat jugea qu'il n'était pas temps de parler ainsi au roi, et qu'il était plus à propos de se ménager pour quelque autre occasion.
M. deComminges, étant revenu à Paris, assembla MM. de La Lane et Girard pour leur faire part de ce qui s'était passé à Vincennes^ et les exhorta de faire toutes choses pour donner au roi le consentement que S. M. attendait d'eux. 11 leur fit comprendre qu'absolument ils devaient faire quelque chose de plus que ce qu'ils avaient fait. Ils s'en défendirent quelque temps, et comme ils avaient arrrèté avec MM. de Saint-Cyran, Singlin, Guillebert, etc., d'en demeurer à l'acte qui avait été envoyé au pape, ils refusèrent d'aller plus avant. M. de Comminges se rendit aussitôt à l'hôtel de Belair chez M. de Saint-Cyran, où il coucha. Il conjura cet abbé de ne pas tenir ferme en une occasion qui leur était favorable pour se mettre à couvert de la persécution dans tout le reste de leur vie ; et comme M. de Barcos ne se laissait pas (léchir par ses raisons, il y joignit les humiliations et les prières, et se mit à genoux devant lui pour lui témoigner par cette action le désir qu'il avait de les voir tous à l'abri de tous les maux qu'ils souffraient depuis tant d'années. Cet abbé, s'étant rendu à cette conjuration, prit la plume en main et dressa un acte de déclaration sur ce bref, et le lendemain, dès que M. de Comminges fut parti, il le communiqua à xMM. de La Lane et Girard, qui le rebutèrent, et conclurent d'en demeurer à leur premier acte qu'ils avaient envoyé au pape sans rien faire de plus, ce que M. Girard se chargea de déclarer à ce prélat.
Cette déclaration ne satisfit nullement celui à qui il la fît ; il le reçut mal et lui témoigna n'être point satisfait de leur procédé, et lui exagéra tous les maux dont ils étaient mena-