‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 320 sur 455 · LIVRE XX XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XX XIII

amis, eut raisoQ d'avoir mandé, quand il apprit l'entière rupture de cette affaire, qu'il prévoyait que Ton rejetterait le tout sur la lettre de M. Arnauld son frère. Néanmoins cette accusation commençait à devenir glorieuse à ce docteur, et elle le fut encore davantage dans la suite. Le même M. d'Angers témoignait que M. d'Alet ne s'ébranlerait point par le nouveau bref; mais quoiqu'il ne jugeât pas si avantageusement de la disposition de iM. de Pamiers, l'événement a fait assez voir le contraire.

M. Taignier était alors caché dans Paris, où on l'informait de tout ce qui se passait à chaque moment touchant cette affaire du nouveau bref, dont il a dressé une relation exacte. Au milieu de ces délibérations, il reçut de Reims une lettre du P. Gabriel de Boissy, chanoine régulier, qui lui apprenait la triste mort du P. Nicolas de Boissy, son frère, religieux du même ordre, prieur en ce lemps-là de Saint-Nicolas de Monlfort, et qui l'avait été longtemps de Saint-Quentin de Beauvais, où il avait fait aussi avec beaucoup d'édification la fonction de curé. Voici ce qui était porté par celle lettre :

(y Monsieur,

« Il a plu ù N. S. de m*ouvrir une grande plaie dans le cœur par la mort funeste de mon très aimable frère qu'il a permise. J'adore avec humilité les secrets de ses jugements, et je lui fais très volonliers un sacrifice de ce que j'avais de plus cher en ce monde. Mais ce qui m'a sensiblement louché a été la façon de sa mort.

« Il a été misérablement enveloppé dans les eaux, et quoique l'innocence de sa vie, la candeur de ses mœurs, la sainteté de son àme ne me fassent rien juger qu'en bien, il est fâcheux de voir qu'il est mort comme s'il n'avait rien eu de recommandable. Quasi non esset unctus oleo. Il avait une estime et un respect tout particulier pour vous, et comme je sais que vous lui faisiez la grâce de l'aimer, j'ai cru que vous seriez bien aise d'apprendre quelques particularités sur sa fin. Il était venu à Paris pour des affaires importantes de sa maison, et aussi pour obtenir de ne plus retourner en Bretagne, à cause des emplois qu'il y avait, dont il demandait d'être déchargé. Ayant terminé ses affaires, le P. général ne lui voulut point accorder ce qu'il

demandail, mais au contraire, il lui donna ordre exprès d'Auteuil où il était allé pour retourner incessamment à Montfort. Mon frère reçut cet ordre à Sainte-Geneviève le 20 d'août dernier sur le soir, et le lendemain il se leva dès deux heures du matin pour faire ses préparatifs et se mettre en chemin nonobstant toutes ses répugnances. 11 arriva à Orléans le jeudi 23, veille de Saint-Barthélémy. Il en pouvait sortir le jour de Saint-Louis, mais nos Pères de Saint- Euverte lui firent tant d'instances qu'il y passa la Saint- Augustin. Le lendemain 29, il se mit dans une cabane et descendit sur Peau jusqu'à Tours. Il avait pour compagnie dans cette cabane quelques jeunes libertins extrêmement dissolus dans leurs paroles. N'ayant pu durant deux jours par son exemple, ses bons avis et sa douceur rien gagner sur eux, il prit résolution étant à Tours de les quitter, aimant mieux marcher à pied, et s'exposer au péril des eaux qui étaient extraordinairement débordées, que demeurer plus longtemps en leur compagnie. 11 coucha à Tours le 30 dans l'hôtellerie de Saint- Louis, où ayant témoigné à l'hôte et à l'hôtesse le déplaisir qu'il avait de sa compagnie, il les pria de le faire souper en particulier. Sur ces entrefaites, un gentilhomme breton, intendant de la maison de M. de Vendôme, lui vint faire offre de son cheval et de prendre sa place dans la cabane, à cause qu'il était un peu incommodé du cheval. 11 accepta l'offre et partit le lendemain, qui était un mercredi 31 d'août à dix heures du malin. Il prit son chemin le long de la levée, qui conduisait à Cinq-Mars. La rivière était tellement débordée qu'on ne voyait pas le chemin sur la levée, qui était tellement couverte d'eau qu'on ne voyait pas la levée*. Ayant avancé environ quatre heures et demie, à une demi-lieue du bourg de Cinq-Mars, son cheval fit un faux pas, d'où le voulant retirer, son cheval qui était fort et vigoureux retourna trop rudement en arrière, tellement que les deux pieds de derrière manquant au cheval au défaut de la levée, il se précipita à la renverse dans la grande eau avec son cavalier qui disparut d'abord; mais peu de temps après on le vit, ses deux mains jointes élevées en haut hors de l'eau, et fut en cet état l'espace de deux cents pas, et puis il ne parut

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