LIVRE xxxiii
plus du tout. Plusieurs personnes qui virent ce malheur firent toute diligence de le sauver. Mais il fut impossible; il semble que Dieu ne le voulait pas. Personne ne se jeta à la nage dans l'eau à cause de sa grande rapidité. On ne put jamais trouver la clé de la chaîne qui tenait quelques nacelles au bord; et néanmoins on la trouva pour sauver le cheval. Le corps ne fut trouvé que le mercredi suivant sur les dix heures du matin, auquel jour nos Pères étaient venus pour en faire une particulière recherche. On le vit seulement flotter et descendre sur l'eau avec une grande vitesse. On le pécha aussitôt, et on le porta à l'église de Langey*, où il fut honorablement enterré. On lui trouva un petit Journal où il avait écrit la veille ainsi qu'on reconnut à cause que c'était à la fin du Journal où même il avait mis son arrivée à Tours, l'argent qu'il avait sur lui et le nombre de ses papiers, et à la fin, étaient ces mots : « Quoique nous ne pensions pas à la mort, elle ne laisse pas de penser à nous, et elle nous surprendra peut-être lorsque nous y penserons le moins.
tt Je n'ai autre chose k ajouter sinon que je le recommande très particulièrement à vos saintes prières, et que Dieu me fasse la grâce de profiter de celte mort.
<( Je suis, Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant frère. Gab. de Boissy. »
Telle fut la mort subite et lamentable selon le monde de ce bon religieux, qui avait toujours eu beaucoup de zèle pour la doctrine de saint Augustin et d'amitié pour ses disciples. Il était natif de Pontoise, mais son père en était sorti pour se faire bailli de Mérudans le diocèse de Beauvais. Les deux derniers évêques de Beauvais avaient toujours eu beaucoup de considération pour lui à cause de la douceur de son esprit et de la sagesse de sa conduite. Le dernier mort de ces deux évoques avait fait ce qu'il avait pu pour le retenir dans la cure de Saint-Quentin, le peuple étant venu en foule lui demander pour cela son entremise avec instance. Mais le général de sa congrégation demeura toujours inflexible. Son frère l'a survécu pendant plusieurs années
\. Sic. Il s'agit de Langeais, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Ghinon (lodfeet-Loire).
500 MÉMOIRES DE GODEFROI nERMANT
etatravaiHé utilement dans les diocèses de Bourges, de Coutances, de Reims et de Châlons pour la conversion des hérétiques, s*étant rendu habile dans les controverses. L'alné a fait un petit ouvrage de piété, et le cadet, ayant donné pour son coup d'essai la défense du livre de Thomas a Kempis pour Tattribuer à son ordre, a mis en lumière de temps en temps quelques petits traités de controverse.