LIVRE XXXI II
d'octobre, le tout sans oppositions ou appellations, etc.
Ce nouvel arrêt ayant été donné dans la Chambre des vacations, MM. Le Coq, de Corbeville et de Saveuses furent nommés pour être les commissaires de cette exécution. Et M. Le Tellier assura M. le Président de Novion qu'en même temps le roi donnerait en son Conseil un fédit] par lequel il ordonnerait que les réguliers exécuteraient les arrêts du Parlement touchant le règlement de leurs suffrages.
La Chambre des vacations ayant averti le doyen de faire assembler extraordinairement la Faculté le jeudi 27 du mois de septembre, MM. Le Coq et de Saveuses, commissaires nommés par la Cour, se rendirent en Sorbonne ce jour-là sur les neuf heures du matin, assistés de M. de Stain, fils et substitut de M. le Procureur général, et d'un greffier de la Cour. Ils furent reçus par les docteurs que la Faculté avait nommés pour cet effet, et après avoir pris leurs places, M. Le Coq prenant la parole leur exposa en peu de mots le contenu en leur commission, et ordonna au greffier de faire la lecture de Tarrêt; ensuite de quoi M. de Stain, prenant ses conclusions pour l'exécution de cet arrêt, fit un discours sur Timporlance de cette affaire, loua le zèle que la Faculté avait toujours fait paraître pour maintenir son ancienne doctrine et sa discipline, et finit par une exhortation qu'il fit à tous les docteurs de demeurer fermes dans ces sentiments, et de rendre toujours toufe l'obéissance qu'ils devaient aux ordonnances et aux arrêts de la Cour; et il conclut à ce que les arrêts fussent insérés dans les registres de la Faculté sans aucun retardement et sans délibération. M. le Doyen ayant voulu proposer la chose à l'assemblée pour en délibérer, sur l'ouverture qu'en fit le syndic, M. Le Coq leur déclara qu'ils n'étaient point venus pour être présents à aucune délibération, mais seulement pour leur faire enregistrer l'arrêt du Parlement tel qu'il venait d'être lu, sans autre forme. Le P. Lombard ', de l'ordre des Carmes, se leva et demanda à ces messieurs d'être ouï sur ce qu'il avait à dire touchant cette exécution. Mais comme son discours commença par les arrêts du Conseil qui cassaient ceux du Parlement, et voulait faire valoir
1. Paul Lombard, carme du grand couvent de la place Maubert, mort en 1690.
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la possession des réguliers, M. Le Coq lui dit qu'il se pourvoirait en temps et lieu par devant la Cour, qui était toujours portée à entendreles plaintes de ceux qui s'estimaient [condamnés] injustement. Mais ce carme dit qu'il s'opposait à l'exécution et à l'enregistrement de cet arrêt, et demandait l'exécution de celui que le Conseil avait rendu sur cette affaire avec connaissance de cause et d'une manière bien différente de celui du Parlement, qui avait été rendu sans ouïr les parties et sans avoir été informé de la justice de leur droit, prolestant que ses confrères et lui se pourvoiraient par devant le roi. Comme MM. les conseillers se retiraient, il entra dans la salle de Sorbonne un huissier du Conseil qui demanda si la Faculté était assemblée, et apprenant qu'elle Pétait, lui signifia un arrêt du Conseil, selon que M. Le Tellier en était convenu avec M. le Président Novion. Cette signification inopinée fut comme un coup de foudre qui accabla tous les réguliers et tous ceux qui ne mettaient leur appui que dans le grand nombre de leurs suffrages» et il s'en trouva de si téméraires qu'ils dirent que toute cette affaire était un jeu de jansénistes, quoique l'on ne sût pas la veille de l'assemblée s'il y aurait un arrêt ou non.
Si jamais il y avait eu un règlement nécessaire pour l'honneur et pour la gloire de la Faculté, c'était celui-là. Car la conduite des réguliers y était si déréglée que ces assemblées autrefois si graves et si augustes n'étaient devenues qu'une cohue tumultueuse de gens sans retenue et sans raison. Tous les avis les plus contraires au bon sens étaient embrassés par ces docteurs; et dès que l'un des chefs de leur parti ouvrait la bouche pour en faire l'ouverture, on entendait quarante ou cinquante voix s'élever presque en même temps pour dire tout de suite : c Je suis de l'avis de M. un tel. » Les plus sages et les plus pieux docteurs n'y remarquaient plus aucun vestige d'honneur et d'équité, ni aucune trace de l'ancienne discipline, et demandaient à Dieu par leurs prières et par leurs gémissements qu'il les délivrât d'une si dure et si honteuse tyrannie. La Providence les en exauça, et c'est une chose très remarquable que dans le temps même que le Conseil avait nommé des commissaires pour examiner le Journal de M. de Saint-Amour, le Conseil du roi et le Parlement se réunissent pour autoriser