LIVRE XXXIV
soQ lui suffit pour lui donner sa voix, outre un petit intérêt personnel, bas et grossier, de mériter par ce suffrage d'être souvent mis au rang des examinateurs des bacheliers, ce qui dépend du syndic. Il nomma pour conscripteurs ceux qui Tétaient auparavant.
M. de Mince déclara d'abord dans son avis qu'il ne louait ni ne remerciait M. Grandin d'avoir exercé dignement cette charge, parce qu'il était convaincu du contraire par les thèses que ce docteur avait approuvées en trahissant la doctrine de la Faculté, guia prodiderat doctrinam fiacuUatis. H témoigna être surpris de ce qu'on jetait encore les yeux sur ce docteur après avoir été si honteusement flétri par les arrêts du Parlement, qui l'avaient interdit des fonctions de sa charge de syndic, dans lesquelles il n'avait été rétabli que par la pure commisération de la Faculté qu'il avait engagée dans sa tlétrissure à cause de sa perfidie et de sa mauvaise conduite, il parla en peu de mots de l'obligation qu'elle avait de relever sa réputation touchant son ancienne doctrine, à laquelle M. Grandin avait donné une si rude atteinte par son imprudence, par son ignorance et par sa passion, et que pour cela elle devait jeter les yeux sur un homme vigoureux, sage et désintéressé, qui se fût déjà signalé par son zèle pour l'ancienne doctrine; qu'il n'en connaissait point dans la Faculté en qui toutes ces qualités se rencontrassent ensemble que M. de Bréda, auquel il donnait sa voix par cette considération. Il confirma tout de nouveau l'opposition qu'il avait faite à la confirmation de la conclusion du premier jour de septembre, il se plaignit de ce qu'on l'en avait repris si mal à propos. 11 soutint contre ce que M. d'Auch avait dit qu'il n'y avait plus lieu de s'opposer après qu'une conclusion avait été prononcée, que c'était le jour de s'y opposer si on la trouvait défectueuse, ou de la confirmer si elle était sans reproche, et non pas seulement celui de la relire et de la notifier à tous les docteurs, comme l'avait prétendu cet archevêque ; et qu'ainsi il s'y opposait encore une fois enprononcantsonsuffrage.il poussa fortement l'Inquisition, et dit ne pouvoir pas ne point approuver tout ce que M. de Paris et M. de Luçon en avaient dit. Il suivit leur avis pour les conscripteurs, à la réserve qu'il en nomma un autre en sa place.
512 MÉMOIRES DE GODEPROl HERMANT
Cette nomination de M. de Brédé* pour conscripteur étant fort désagréable au parti des fauteurs de l'Inquisition, M. Grandin, pour lui donner l'exclusion, représenta à la Faculté qu'il était curé de Gonesse, et M. de Mince repartit que la qualité de curé de Houilles n'avait point exclu M. Grandin des fonctions [de syndic] de la Faculté.
M. Koullé, curé de Saint-Barthélémy, remontra dans son avis que M. de Bréda était trop faible et d'une santé trop délicate pour faire cette charge, et qu'il était à propos de ne rien changer dans le syndicat, puisque d'ailleurs M. Grandin avait toutes les bonnes qualités qu'on pouvait désirer pour cette charge, qu'il était fort et vigoureux pour en supporter toutes les fatigues, ainsi qu'il l'avait reconnu dans l'exercice que ce docteur en avait fait pendant plusieurs années. 11 fut davis de laisser la conclusion en l'état qu'elle avait été dressée, et pour le reste fut de l'avis de M.d'Auch.
MM. Joysel et Saussoy dirent que M. de Bréda avait la vue si faible que quelquefois il ne voyait goutte, et que lorsqu'il avait fait la fonction de syndic, il s'était déchargé sur son neveu M. I^ Vasseurpour faire lire les thèses qu'on lui présentait pour signer. Mais M. de Bréda protesta qu'il avait lu exactement toutes les thèses qu'on lui avait présentées, et que s'il en avait fait lire quelques-unes par son neveu, c'avait été plutôt pour Texercer que pour son propre soulagement et pour se décharger sur lui.
Tous les théologiens de la communauté de Saint-Sulpice nommèrent MM. Grandin et Guischard pour conscripteurs, et ne dirent rien ni de l'Inquisition ni de la thèse des Jésuites.
M. Guyard donna mille éloges aux religieux, déplora comme un grand malheur le retranchement de leurs voix, combla de louanges et d'actions de grâces, M. Grandin, le nomma pour conscripteur, dit que c'était l'usage de donner cette fonction au syudic quand il était sorti d'emploi, et donna l'exclusion à M. Guignard parce qu'étant principal des grammairiens de Navarre, il aurait trop d'inclination et d'attachement pour la Faculté des arts. M. Fortin, opinant après lui, le tourna en ridicule, et dit qu'il avait eu quelque
\. Le conscripteur de Brédé, curé de Gonesse, semble ne pas devoir être confondu avec de Bréda, curé d'une grande paroisse de Paris.