‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 332 sur 455 · Ms. : remarqua · texte numérisé non relu

Ms. : remarqua

514 MÉMOIRES DE G9DEFR01 UERMANT

coDSéqueoce, M. de Paris lui répliqua qu'il ne pouvait pas s'empêcher de faire un récit très exact au roi de tout ce qui s'était passé dans l'assemblée de la Faculté, parce qu'il savait très bien que S. M. s'en informerait de lui; et il ajouta qu'il eût voulu pour beaucoup de choses qu'il se fût abstenu de dire tout ce qu'il avait dit de l'Inquisition, parce qu'il savait bien que S. M. n'en serait pas satisfaite. M. d'Auch répliqua que le roi n'avaitque faire d'être informé de telles bagatelles; néanmoins depuis cette parole on le vit tout changé et comme interdit.

M. Cocquelin, qui était avec M. l'abbé Le Tellier*, ayant parlé dès le commencement de l'assemblée conformément à ce qu'avait dit M. de Mince, soutenant que la conclusion avait été altérée, et M. d'Auch lui ayant alors imposé silence comme s'il eût parlé impertinemment, reprit ce qu'il avait dit et fit voir en peu de mots le tort qu'on faisait à la Faculté de vouloir ainsi changer ses conclusions, et qu'il n'y avait rien déplus contraire à sa conduite que celle de l'Inquisition; il loua beaucoup M. de Paris et conclut comme lui.

L'avis de M. Morel étonna la plupart de ses amis ; car il blâma le procédé de M. Grandin, l'accusant d'avoir fait beaucoup de choses sans jugement et sans conduite dans l'exercice de sa charge. Mais comme M. Grandin l'avait méprisé et ne s'était pas mis en peine de le consulter dans les rencontres difficiles où il s'était trouvé touchant la doctrine de l'infaillibilité et de l'inquisition, et qu'on n'avait pas songé à lui pour le faire syndic, il ne put pas s'empêcher de déclamer ainsi contre M. Grandin, et de se ranger à l'avis de M. de Paris, qui forma la conclusion, ayant pour lui la pluralité des suffrages.

Les réguliers protestèrent à ce que ce qui se passait dans la Faculté^ et particulièrement [à ce que] la conclusion qui se faisait ne pût nuire à leur droit, ni y porteraucun préjudice. Quoique la Faculté n'eût rien voulu conclure en leur faveur, ils dirent que c'était unefl'et del'animosité des jansénistes, et que l'on verrait bientôt comment ils s'efforceraient de se rétablir dans la Faculté, parce qu'ils savaient qu'on avait travaillé en secret à ce rétablissement.

1. Gharlea-Maurice le Tellier (1642-1710), fils du chancelier. II fut élevé sur le siège de Reims en 1671.

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L'assemblée étant finie sur les deux heures, M. de Paris ne put point aller à Vincennes pour rendre compte au roi de ce qui s'y était passé ; mais il écrivit un billet à S. M. dans lequel il lui mandait la conclusion qui s'y était faite. Le roi ayant conféré de ce billet avec MM. de son Conseil, trouva à redire aussi bien qu'eux aux mots qui regardaient le tribunal de l'Inquisition, parce que les docteurs ne disaient pas clairement que la Faculté n'avait jamais reconnu ce tribunal et l'avait toujours jugé contraire à ses maximes et à celles de toute la France; et ils crurentqu'il était d'une très grande importance défaire connaître au pape par la conclusion delà première Faculté de théologie du royaume qu'on rejetterait tout ce qui viendrait de Rome parce canal. Ces ministres conseillèrent au roi de faire changer ces mots de la conclusion, et de faire mettre à leur place : Facultas nunquam agnovit Inguisitionem.

S. M. mit à l'heure même la main à la plume et écrivit une lettre de deux grandes pages à M. de Paris pour lui recommander de substituer ces mots en la place de ceux qui y étaient. Ce prélat, ayanlreçucette lettre sur les huit heures du soir, alla dans le même instant trouver le sieur Bouvot, grand appariteur et secrétaire de la Faculté, et après lui avoir demandé le plumitif de la conclusion du matin, il la fit changer, et y fit mettre ces mots qui étaient écrits de la main même du roi.

M. de Paris ayant ensuite informé S. M. de tout ce qui s'était passé dans la Faculté, et [après] qu'il lui eut rapporté tout ce que M. d'Auch y avait dit en faveur de l'Inquisition, le roi fut très mal satisfait de ce protecteur perpétuel des mauvaises causes, et témoigna que s'il ne le renvoyait pas à Auch, c'était parce qu'il voulait rétablir l'ordre dans la Faculté, et y faire condamner la doctrine de l'infaillibilité du pape et de son autorité souveraine sans qu'il y parût de violence. Parole digne de la sagesse du roi ; mais qui avait* pu aussi être observée en d'autres rencontres, l'esprit de violence étant tout à fait contraire aux choses de la religion. Aussi commença-t-on dès le lendemain à négliger ce principe, et à donner une autorité absolument décisive au bref du pape, qui n'était guère préférable au tribunal de l'Inquisition.

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